Etienne Fletcher
Entrevue Publié le
  • Léa Viens Rédaction Stagiaire à la rédaction

Entrevue avec Étienne Fletcher | La voix bilingue de l’Ouest canadien

L’auteur-compositeur-interprète fransaskois Etienne Fletcher était de passage au Verre Bouteille à Montréal cette semaine, dans le cadre de sa tournée québécoise. L’artiste garde le sourire malgré la température maussade qui mine la ville et nous raconte avec chaleur son parcours entre l’ouest et l’est du pays.

Une dualité singulière

Le nom d’Etienne Fletcher parle de lui-même; l’auteur-compositeur-interprète est un produit complètement bilingue, héritage que lui ont passé ses parents, originaires du Québec et de la Saskatchewan. « Ma mère est une Simard de Laurier-Station, alors on a passé beaucoup d’étés à St-Flavien quand j’étais enfant. Et du côté de mon père, c’est les Fletcher de Regina, en Saskatchewan, des anglophones qui ne parlent pas un mot de français. Ils ont décidé de combiner tout ça, de fonder une famille à Regina et d’élever leurs enfants en français », relate l’artiste.

Pour Fletcher, choisir entre les deux langues était donc quelque chose d’impensable. « Dans l’industrie musicale, choisir dans quelle langue se produire, c’est toujours un défi. Je pense qu’avec mon identité bilingue, si je n’avais privilégié qu’une des deux langues, il y aurait un côté de moi auquel je n’aurais pas eu accès, une dualité linguistique que je voulais avoir en spectacle et en écriture ». C’est avec cette idée en tête qu’il réalise en 2017 les EP Side A et Face A, deux mini-albums respectivement composés en anglais et en français, qui marient avec assurance des sonorités rock, folk et même un peu de dance, ce qui crée ce que l’artiste aime appeler un son « rock des prairies».

Son passage au Verre Bouteille, accompagné de ses musiciens Sean McCannell à la guitare et Gaelan Malloy à la batterie, marque l’une des dernières dates avant que se termine sa tournée au Québec, qui prendra fin le 9 février prochain. Le trio s’envolera ensuite vers la Suisse, où il sera de passage au festival Voix de Fête, qui se veut un phare pour les musiques francophones actuelles. « On était en Belgique en octobre, on s’en va en Suisse en mars, et je vois que le public européen s’intéresse à ce qu’on fait et qu’il apprécie de voir qu’il y a des francophones dans l’Ouest canadien. On n’en parle pas énormément de la francophonie de l’Ouest, mais je trouve que depuis quelques années, les Acadiens par exemple ont vraiment une cuvée d’artistes qui font le pont entre l’Europe et le Canada », explique l’artiste, pendant que ses musiciens s’affairent sur scène à terminer le test de son. « J’ai l’impression qu’il y a comme une vague d’intérêt qui commence à se manifester pour voir ce qui se passe dans l’Ouest, et on est quelques artistes prêts à se présenter », ajoute-t-il.

Une réception québécoise intéressante

L’enthousiasme du public européen n’est d’ailleurs pas le seul à prendre de l’ampleur face à la musique entrainante du fransaskois; il est nominé à huit reprises au gala des prix Trille Or, dont dans les catégories Artiste solo, Découverte et EP – mini album. Son vidéoclip pour la chanson Chérie, Chéri est également en nomination.

La réception de la tournée au Québec est elle aussi positive, ce qui est un soulagement pour le trio, qui s’est produit dans des salles de plus grandes villes comme Ottawa et Montréal, mais qui a également exploré des coins plus régionaux du Québec. « Ici au Québec, vous êtes vraiment dans votre propre bulle d’artistes, de salles, de circuits à faire. Alors j’avais comme but de voir si je pouvais rentrer là-dedans, de voir si j’allais être bien reçu », explique l’artiste.

En plus de faire découvrir de nouveaux endroits au trio, les dates de spectacle en région ont l’avantage de permettre aux musiciens de pratiquer leur français. « Je joue sur scène avec un band anglophone, et pour eux, apprendre le français à Montréal, ce n’est pas évident parce que tout le monde parle un petit peu anglais. Ils me disent qu’ailleurs en région, que ce soit au Tim Horton’s, au dépanneur, ou après un show, c’est toujours en français, donc ça donne beaucoup de charades, d’essai-erreur… C’est très beau à voir et c’est bon pour eux aussi. Mon guitariste Sean, par exemple, me disait qu’il pense que dans les deux dernières semaines, il a évolué plus en français que la dernière fois qu’on avait passé un mois à Montréal ».

De nouveaux projets pour l’année 2019

Après la sortie des deux EP, combinés par la suite sur un vinyle où leur nom prend tout leur sens puisqu’il comporte réellement un côté en français et un autre en anglais, Etienne Fletcher travaille maintenant avec ses musiciens sur un nouvel album. « La question, c’est de savoir si on fait des singles, un album au complet, ou un autre EP…  Je suis là-dedans, en train d’essayer de trouver la direction qu’on peut prendre cette année pour le prochain lancement », explique l’artiste avec enthousiasme. Outre l’album, il a également plusieurs projets pour l’année 2019, dont se lancer sur sa présence en ligne. « Pour moi, la priorité c’était de roder notre show live, d’avoir une tournée, commencer à avoir un public, et maintenant que cette boule-là commence à rouler, je vais me concentrer sur le contenu en ligne », explique Fletcher. Lui et ses musiciens ont également enregistré 3 chansons live dans un studio des Laurentides avec un vidéaste de Montréal, et comptent les lancer bientôt pour donner une idée au public de leur son et leur énergie.

L’année s’annonce donc chargée pour le trio, qui compte travailler sur du nouveau matériel et espère continuer à se produire un peu partout au Québec et à l’international. « On va revenir en juillet faire une tournée, et on espère être présents dans quelques festivals du Québec. C’était aussi un objectif que je m’étais donné pour 2019, commencer à entreprendre un voyage ou une tournée en Europe, alors avec notre spectacle en Suisse, je trouve que les choses s’alignent bien ».

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