Kurt Vile
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Entrevue avec Kurt Vile | « Je ne veux pas juste écrire des paroles qui ne veulent rien dire »

Artiste prolifique, Kurt Vile était de passage à Montréal vendredi 2 août dans le cadre d’Osheaga pour interpréter, sur la scène de la Vallée, quelques titres de son immense répertoire, dont ceux du récent album « Bottle It In ». Entrevue avec un musicien sincère qui perpétue, depuis près de quinze ans, le pur héritage musical américain. 

Il y a déjà une année que le natif de Philadelphie ouvrait, dans le cadre du Festival d’été de Québec, le spectacle de l’illustre Neil Young face à 90 000 spectateurs amassés sur les plaines d’Abraham. « C’était irréel, incroyable », se souvient un Kurt Vile lucide sur la situation exceptionnelle qui se présentait à lui. « J’étais définitivement effrayé. J’ai commencé avec la chanson Wheelhouse qui est assez technique, et j’ai manqué une petite note dans l’intro. Ca m’a bloqué pour le reste du set, mais on a fait du mieux qu’on pouvait. C’était un honneur ».

L’influence de Dylan et Young

Outre ses références telles que John Prine, Tom Petty ou même Bruce Springsteen, Kurt Vile s’inspire allégrement d’un folk qui, par le biais de Bob Dylan et Neil Young justement, berce les mélomanes depuis le début des années 1960. « Bob Dylan influença Neil Young mais, d’une autre manière, je suis sûre que Young influença Dylan. Évidemment, tout le monde observait Dylan parce qu’il est un pionnier. Et ses paroles… il est l’un des plus grands écrivains de notre temps et il est tout ce qui nous rattache aux racines de la musique folk. Neil Young a saisi cette torche dans sa propre version et il est, à ce jour, incroyable », souligne l’artiste de 39 ans qui refuse de se proclamer fondateur de The War On Drugs (anecdote à découvrir dans notre balado en fin d’article).

C’est par l’écoute de Dylan que le feu ardent de la création spontanée s’est notamment manifesté chez Kurt Vile. Si le guitariste ne sait d’ailleurs pas comment se créent ses chansons, il ne dissocie pas pour autant les différentes étapes :

Le processus peut aller dans tous les sens. Tu peux commencer par jouer de la guitare et ajouter les paroles, ou chanter les paroles dans ma tête et jammer en studio sur le piano, le banjo, ou la guitare. Je fais ça depuis un moment, et ma seule règle est de ne rien forcer.

Pour l’artiste, l’écriture tient aussi un rôle poétique à l’image de textes qui s’inspirent de ses références. « Les paroles sont aussi importantes que la performance. Je ne veux pas juste écrire des paroles qui ne veulent rien dire. C’est toute la question de se perdre hors de l’espace, mais dans un même temps de rester les pieds sur terre et penser aux racines. (…) Je fais ma propre version de ces choses là », », explique-t-il sur les sofas de la tente média d’Osheaga.

 

Une amie nommée Courtney

Si de toute évidence Kurt Vile a réussi, par ses influences, à se créer son propre style, ce n’est pas pour autant qu’il ignore la scène contemporaine qui regorge de talents. Citant Cate Le Bon, Chris Cohen, Big Thief ou même Aldous Harding, il ne peut cependant s’empêcher de mentionner sa désormais meilleure amie, « l’incroyablement adorable » Courtney Barnett.

Ouvrant pour Kurt Vile lors de la tournée australienne de l’album Wakin on a Pretty Daze (2013), ces deux âmes timides ont finalement produit ensemble l’album Lotta Sea Lice (2017), fruit d’une rencontre inattendue. « J’ai entendu la chanson Depreston qui m’a vraiment subjugué. Après ça, j’ai simplement voulu faire une chanson avec elle », se remémore soudainement le musicien. « J’étais inspiré, je l’écoutais tout le temps et j’ai commencé à écrire une chanson en ayant en tête de faire un duo. (…) J’avais le sentiment qu’elle serait partante, mais je n’étais pas sûre… et elle l’était ! Je voulais que ce soit plus qu’un single parce que ça se perd. Si tu as un vrai EP de douze pouces, tu le vois sur le mur et t’en es fier ».

Concilier travail et vie de famille

Des albums studio tels que Lotta Sea Lice, Kurt Vile en a assez pour remplir une étagère lui qui en compte huit sur plus de dix ans de carrière. Mais ce chiffre gargantuesque a pour nécessité de le faire voyager beaucoup hors du foyer. Une adaptation fût nécessaire et désormais, les choses vont mieux pour ce père de famille.

Ma femme ne travaille pas et elle reste à la maison avec les enfants qui vont à l’école. Je sens que ça n’aurait pas été possible si chacun de nous avait un emploi ‘’normal’’. Chacun de nous n’aurait pas été heureux de la situation. Ma famille adore ma musique, elle croit en elle.

Il en résulte un passage estival réussi dans la « magnifique ville » de Montréal pour sa seconde fois à Osheaga. Donnant sensiblement un meilleur spectacle qu’en février dernier au MTELUS, Kurt Vile s’affirme toujours plus sur scène.

« Si tu m’avais questionné à ma dernière visite, j’étais pas totalement à l’aise de jouer en festival comparé aux clubs. Mais maintenant, on est plus confortables. On a un spectacle très organique et on est confiants en tant que musiciens. J’aime vraiment jouer en extérieur avec plus de monde, mais j’aime aussi aller en studio. Je m’adapte mieux qu’auparavant. »

 

Écoutez ici notre rencontre exclusive avec Kurt Vile à Osheaga

 


* La photographie d’en-tête est l’oeuvre de Jo MacCaughey
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