Raphaël Bouchard
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Entrevue avec le soliste Raphaël Bouchard pour la Soirée des Étoiles aux Grands Ballets

Pour la deuxième édition de la Soirée des étoiles aux Grands Ballets, le soliste québécois Raphaël Bouchard prendra part à cette soirée prestigieuse sur trois soirs, les 30 et 31 mai et le 1er juin à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, avec l’élite mondiale du milieu de la danse.

Raphaël Bouchard court après le temps ces jours-ci. Au moment de notre entretien, il sortait d’une répétition de la Symphonie No 5 de Beethoven, un monument, qu’il dansera la saison prochaine aux GB dans la chorégraphie de l’Américain Garrett Smith. Un avant-goût de la création, dont Raphaël Bouchard parle comme d’« un clin d’œil de sept minutes » sera présenté en primeur au cours de cette Soirée des étoiles.

Le danseur de bientôt 34 ans, né à Baie-Saint-Paul dans Charlevoix, est revenu au Québec en 2015 après 10 ans passés avec les Ballets de Monte-Carlo et deux ans avec le Pacific Northwest Ballet de Seattle. Il se produira à trois reprises durant la Soirée des étoiles, la deuxième étant dans Vessel, une création spéciale d’Andrew Skeels sur les musiques pour chorale de Tchaïkovski qui fera 15 minutes; et la troisième, Dov’è la Luna, une messe solennelle pour sept danseurs dont il présentera un pas de deux de six minutes avec sa compatriote Maude Sabourin pour laquelle il ne tarit pas d’éloges.

Maude Sabourin et Raphaël Bouchard en répétition. Photo par Sasha Onyschenko.

« Maude est une super bonne copine à moi, dira-t-il avec un enthousiasme bien senti. On a fait l’École de danse ensemble, puis elle est venue me rejoindre aux Ballets de Monte-Carlo où on a dansé 10 ans ensemble. Nous sommes super contents de nous retrouver ici aux Grands Ballets maintenant, et à cette Soirée où les plus grandes stars internationales viendront danser avec nous.»

Dov’è la Luna, c’est quelque chose de très pur, très linéaire, très musical aussi, et assez sensuel. J’aime bien la structure classique, mais tout autant lorsqu’elle est défigurée avec talent. Et ce sera agréable aussi de danser une pièce de mon ancien directeur, Jean-Christophe Maillot, comme de revenir à la maison.

La rencontre de tous ces grands danseurs et danseuses, des vedettes de si grande envergure, est sûrement hors de l’ordinaire? « La danse est une grande famille, répond-t-il. Le monde de la danse est petit, et tout est relié. Les gens pensent que la danse est un milieu fermé, probablement parce que les liens entre nous sont très forts. On est quasi 12 heures ensemble par jour, et 24 heures sur 24 quand nous sommes en tournée, ce qui crée des relations de proximité qui restent ensuite. »

Maude Sabourin et Raphaël Bouchard en répétition. Photo par Sasha Onyschenko.

Du plongeon à la danse : deux disciplines plus similaires qu’on pourrait le croire…

Raphaël est le frère du plongeur olympique Maxim Bouchard. Lui-même, ce qui est assez singulier pour un danseur, a fait du plongeon pendant cinq ans avant de se tourner vers la danse. Comment est-il passé du tremplin à la barre? « Ça s’est vraiment fait par hasard. Quand j’étais en secondaire au collège, nous pouvions choisir des cours de musique ou de danse. Moi, j’avais choisi la musique, mais j’ai détesté l’instrument sur lequel je suis tombé, le cor français. Des amis m’ont dit de venir essayer le cours de danse pour voir, puis je suis resté. »

Cette année-là, il a passé une audition pour Casse-Noisette et a obtenu un rôle dans l’œuvre phare des GB. Puis, poussé encore par son entourage, il a auditionné pour l’École supérieure de ballet du Québec où il a été admis en 2001. « Je m’étais dit que j’allais arrêter de m’entraîner en plongeon pendant le mois de décembre pour Casse-Noisette, et en fin de compte, je n’ai jamais recommencé à plonger. Par contre, je donne des cours de danse à l’équipe olympique en plongeon, et c’est très agréable parce que je l’ai déjà fait et je sais sur quoi les faire travailler. Il y a vraiment une corrélation entre le plongeon et la danse, à commencer par savoir où mettre tes membres dans l’espace, avec une esthétique commune comme l’alignement des jambes et la pointe des pieds. »

Photo par Sasha Onyschenko.

Les danseurs sont-ils des athlètes? « Ah oui, s’empresse-t-il de confirmer. On se fait demander tellement de choses. Ça peut être dur des fois, comme pour n’importe quel sport. Ça prend autant de force mentale que physique, je dirais vraiment 50 – 50. Si tu n’as pas la force mentale, le physique ne va pas suivre, et vice et versa. »

Quel est son rapport à la douleur, comme composante inévitable en danse, et le risque constant de blessures?  « Tu te lèves chaque matin avec des douleurs, tu te dis j’ai tellement mal partout, comment je vais passer la journée? Mais, une fois que la machine est en route, soudainement tout va bien. J’ai quand même eu de la chance, jamais de blessure grave, sauf une fois où j’ai dû tout arrêter pendant 10 jours. On ne sait jamais quand une blessure peut se produire, mais on continue pareil. »

Il a travaillé avec des chorégraphes parmi les plus réputés, comme William Forsythe, Maurice Béjart, Jiri Kylian, et ici, Helen Blackburn, Ginette Laurin et Marie Chouinard, ce qui confirme son intéressement à la danse contemporaine. « J’ai eu la chance dans ma carrière de faire pas mal tout jusqu’à présent. C’est clair que la danse contemporaine me parle plus que le ballet classique. Mais, aux Grands Ballets, on passe d’un grand classique comme Giselle qu’on vient de présenter, à du moderne comme Andrew Skeels où l’on se roule par terre.

« Le plus important pour moi en danse est que j’adore les créations, le lien one-on-one dans un studio avec un chorégraphe, pour aller chercher les idées dans sa tête, ce qu’il veut exprimer, ce qu’il veut comme image. J’aurais aimé travailler avec Édouard Lock, c’est clair, une icône du monde de la danse. Mais je peux dire que chaque fois que j’ai fait quelque chose, je l’ai fait à fond. Quand je suis allé danser à Seattle, c’était pour voir ce que mes capacités pouvaient m’amener à faire d’autre. Et je suis allé plus loin que je pensais. Je suis devenu moi-même, et c’est très étrange comme sensation. »

Dans Minus One du chorégraphe Ohad Naharin, il improvisait un bon 20 minutes sur scène pendant que les spectateurs s’installaient avant le début du spectacle. « À chaque soir, tu appréhendes, mon Dieu, danser 20 minutes sans chorégraphie, qu’est-ce que je vais faire? Au départ, quand tu n’es pas fatigué, tu te poses 150 000 questions, mais quand tu commences à être fatigué, c’est là que sortent des choses merveilleuses. Tu ne réfléchis plus, tu laisses ton corps réagir et tu prends ton pied.

« Je ne suis pas un danseur qui a le trac, qui prend les nerfs. Je pense au contraire que le stress m’avantage, que je performe mieux. C’est mon côté compétitif envers moi-même, j’aime bien aller au-delà de mes limites. Au moment où tu es fatigué et que tu n’en peux plus, il faut encore pousser pour voir si ton corps est capable d’aller plus loin. Et mon corps m’écoute, du moins jusqu’à maintenant. »

Enfin, pour ceux qui se poseraient la question, c’est bien une photo de Raphaël Bouchard qui apparaît en gros plan sur la couverture du programme de la saison 2019-2020 des Grands Ballets.

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