Zappa Plays Zappa
Entrevue Publié le

Entrevue | Dweezil Zappa au sujet de la tournée Zappa Plays Zappa au Québec

Dweezil Zappa est de passage au Québec cette semaine pour une tournée de 7 concerts en 7 soirs avec son projet Zappa Plays Zappa. Cette série de concerts s’inscrit dans sa tournée Roxy & Elsewhere, à l’occasion du 40e anniversaire du disque mythique de son défunt père Frank Zappa. Sors-tu.ca en a profité pour rejoindre le principal intéressé au téléphone, alors qu’il se trouvait à Indianapolis. 


 

Sors-tu.ca : Vous allez jouer dans sept villes différentes au Québec, toutes à l’extérieur de Montréal. Est-ce la première fois que vous visitez le Québec en profondeur de la sorte  ?

Dweezil : Nous avons joué assez régulièrement à Montréal et Québec, mais c’est effectivement la première fois que nous explorons les plus petites villes de votre province. Il y a toujours eu une bonne réponse à notre projet par chez vous. Dès le départ, nous constations une différence marquée entre la foule de Montréal et celle d’autres villes. Les gens connaissent la musique de Frank à fond, on dirait qu’ils ont grandi avec cette musique. Il y a très peu d’endroits aussi enthousiastes que Montréal envers Zappa Plays Zappa.

 

Sors-tu.ca : Ça fait partie de votre approche d’explorer les plus petits marchés, non ?

Oui, tout à fait. Nous essayons de jouer le plus possible dans les petites villes. C’est une opération un peu grassroots, si tu veux. Souvent, les gens apprécient que l’on se déplace pour aller jouer dans leur ville. Ils n’ont pas à faire deux heures de route pour se rendre à Montréal et nous voir dans une grande salle comme le Métropolis. Ils peuvent nous voir dans l’intimité d’une plus petite salle, plus près de chez eux. Ça crée des liens différents.

Cette tournée vise à souligner le 40e anniversaire de l’album Roxy & Elsewhere. Quelle place occupe cet album dans la vaste discographie de Frank Zappa ?

C’est un album central, vraiment. Les premières performances de Roxy & Elsewhere ont eu lieu en 1973, à peine quelques années après Freak out (le premier album, en 1966).  L’album a été lancé quelques mois plus tard.

Ce qui ressort de cet album, c’est sa complexité. La musique de  Frank s’est développée et complexifiée à mesure qu’il trouvait des musiciens capables de l’interpréter. En même temps, c’est funky, il y a des groove bluesés, mélangés à des compositions modernes sophistiquées. C’est vraiment le seul album qui comporte cet équilibre entre les deux. Qui plus est, on y retrouve son meilleur travail à la guitare. C’est un album chouchou des fans : il contient tellement de variété et de groove.

Personnellement, je dirais que c’est l’introduction parfaite à l’univers musical de Frank pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de le voir jouer live de son vivant.

 

220px-Zappa_Roxy_&_ElsewhereEst-ce difficile de réinterpréter les oeuvres de son père, en y mettant sa touche personnelle sans les dénaturer? 

C’est délicat. Nous essayons de jouer les chansons de façon fidèle à l’originale, surtout sur le plan de l’instrumentation et des timbres musicaux.  Mais il y a beaucoup de moments d’improvisation qui sont prévus dans les oeuvres de Frank ; il composait de cette manière.

Prends un orchestre, par exemple. Souvent, c’est leur job de jouer ce qui a été composé tel quel, des décennies plus tard. Ils doivent s’abstenir de réinterpréter l’oeuvre, ils doivent respecter les idées de l’artiste, telles quelles. Mais Frank a prévu des moments d’improvisation. C’était très ingénieux de sa part, parce que ça assure une certaine pérennité à son oeuvre. Ça permet à sa musique de rester vivante, d’évoluer dans le temps.

 

Les connaisseurs de Frank Zappa n’arrivent pas à comprendre comment il a pu composer, monter, interpréter et enregistrer autant de musique de son vivant.

C’est effectivement prodigieux. Ce qui est spécial, c’est qu’il pouvait composer une oeuvre sans instrument, à tout moment de la journée.  Par exemple, il pouvait écrire une chanson à bord d’un avion.

 

Tu as déjà mentionné en entrevue que, malheureusement, plusieurs personnes percevaient Frank Zappa comme une banale curiosité, alors que tu le vois davantage comme un compositeur classique qui utilisait un band rock au lieu d’un orchestre. As-tu l’impression qu’il existe plusieurs fausses impressions au sujet de ton père ?

Oui, et c’est l’une des raisons principales pour lesquelles je tiens ce projet (Zappa Plays Zappa) en vie. Je sens qu’il faut rééduquer les gens au sujet de mon père. Plusieurs personnes se fient beaucoup trop à ce qu’ils ont entendu à la radio et croient connaître son oeuvre alors qu’ils ne connaissent pas tout un pan de sa création. Si les radios avaient osé diffuser son matériel instrumental plus sophistiqué, je crois que nous aurions aujourd’hui une impression beaucoup plus réaliste de la richesse de son travail.

 

Par exemple, on a souvent l’impression que c’est une affaire de gars, Frank Zappa… Que les musiciens et les nerds s’y intéressent, surtout.

C’est un préjugé répandu, mais de moins en moins vrai. La façon dont j’approche le spectacle y est pour beaucoup. Je rends l’oeuvre de Frank plus accessible, en communiquant beaucoup d’informations, de mises en contexte. Il y a des éléments très complexes à la musique de Frank Zappa, des trucs que le commun des mortels ne saisirait pas nécessairement, mais ça peut être expliqué de façon intéressante et assez simple.

Tout ça pour dire que c’est vrai qu’au départ, nous voyions surtout des hommes de 60 ans et plus lors des spectacles. Mais il y a progressivement de plus en plus de jeunes et de femmes qui y assistent aussi. Et ils l’apprécient différemment. Ça leur permet de découvrir tout un univers musical.

Un bon exemple, c’est notre claviériste Chris (Norton). Il n’a que 26 ans.  Il ne connaissait rien de Frank Zappa avant de visionner le DVD de Zappa Plays Zappa. À partir de ce moment, il en est devenu obsédé, et maintenant, il fait partie du band.

Je dirais même que c’est rendu l’un de nos mandats principaux : nous permettons à une nouvelle génération de s’inspirer de cette musique.

 

* Zappa Plays Zappa –  40e anniversaire de Roxy & Elsewhere sera présenté à Laval (22 octobre), Sherbrooke (23), Saint-Hyacinthe (24), St-Jean-sur-Richelieu (25), L’Assomption (26), Québec (27) et Rimouski (28).

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