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Entrevue | Fauve débarque au Québec

Le phénomène Fauve souffle sur le Québec et attise déjà les passions. Croisement bouleversant entre post-rock à la Wu Lyf et spoken word écorché vif, Fauve a l’effet d’un électro-choc sur la scène musicale en France et en les voyant à l’oeuvre mardi soir, on comprenait pourquoi. Entretien avec Fauve à l’occasion de leur passage aux FrancoFolies de Montréal.

fauve-blizzardDistribué au Canada depuis la fin mai, le premier EP de FauveBlizzard, est une oeuvre de grandes émotions. En tout juste trente-quelques minutes, le collectif a réussi à encapsuler une expression musicale de mille angoisses de la jeunesse française, sur un ton personnel, presque confessionnel, mais pourtant si universel.

« Notre démarche est très égoïste, au sens thérapeutique du terme, nous explique Fauve. On ne va pas chez le psy pour aider quelqu’un d’autre ».

La musique leur sert à « aller mieux », disent-ils, et comme plusieurs histoires à succès du milieu de la musique, l’engouement constaté en France depuis des mois et au Québec cette semaine arrive dans leur vie comme une grande surprise. « À la base, c’est un truc qui nous sert à nous, c’est un exutoire. Mais forcément, on remarque que plusieurs y adhèrent. Qu’au final, nos constats hyper personnels et plutôt égoïstes s’avèrent universels… ou générationnels, comme on nous dit ».

« C’est comme si on était à la fenêtre, qu’on fumait une clope et qu’on parlait de nos vies et de nos rapports aux autres, et que soudainement, il y avait 1500 personnes qui se pointaient pour nous applaudir, pour nous dire : ‘bravo! ça nous interpelle’  »..

Les chansons de Blizzard sont effectivement presque toutes écrites au « je ». Les thématiques abordées nous frappent pourtant de plein fouet, comme si elles pigeaient directement dans notre psyché : le quotidien lassant, la séduction bancale (la jolie Rub a Dub), la laideur urbaine de Paris, la communication maladroite, la recherche d’authenticité dans tout ce tourbillon…  Tout ça raconté avec un débit qui exprime l’anxiété sur une musique beaucoup trop apaisante. L’effet est saisissant.

Anonyme et collectif

Fauve n’en est pas à un paradoxe près. En plus de proposer une oeuvre à la fois intime et universelle, son approche peut être décrite comme « à la fois anonyme et collective ».

« C’est parti de quelques personnes qui faisaient déjà de la musique ensemble avant. Très rapidement, il y a eu cette envie de faire quelque chose sur plusieurs supports (N.D.L.R. : musique, projections, éléments visuels, vidéoclips et un discours qui vaudrait en soi un article complet), de créer quelque chose de plus chaleureux et nombreux. De monter un collectif ouvert. Cet embryon a pris le nom de Fauve ».

Photo par Pierre Bourgault.

Fauve sur la scène Loto-Québec des FrancoFolies, mardi soir. Photo par Pierre Bourgault.

Fauve est donc un collectif ouvert à géométrie variable, avec un noyau dur « en fonction du temps investi à faire grandir le projet ». Les participants (ou membres) de Fauve s’autoproclament le CORP. Et non la CORP pour éviter qu’on le confonde avec une « corporation ». Cinq ou six personnes, dont les prénoms demeurent confidentiels, non pas pour nourrir un aura de mystère, mais parce qu’ils préféraient vivre selon ces barèmes, c’est tout.

Sur le plan créatif, il y a cette idée d’effacer les ego afin de servir le projet. « Tu fantasmes un peu quand tu es jeune. T’as le fantasme du groupe de rock et puis après, ça te passe, parce que tu entres dans la vie active. Finalement, tu te rends compte que ce que tu fais, c’est vraiment juste ta soupape. Alors tu abandonnes complètement tes ambitions, mais en fait, tu n’en as plus besoin parce qu’il te reste l’essentiel : évacuer, mettre des mots sur les choses, créer ton espace de liberté. »

« Et à partir de ce moment-là, on s’est dit qu’on n’avait pas besoin de se faire chier à faire des photos pour montrer le truc et tout. Et vu qu’on n’est tous pas très à l’aise avec ça, on n’aime pas notre gueule en photos et on trouvait que c’est plus agréable pour nous de cette manière-là. »

Ce qui était d’abord un choix personnel sans grande conséquence s’est avéré un principe qui reflétait bien l’esprit créatif du groupe. « Ça collait bien avec le contenu du projet lui-même, qui est un peu impudique, dur et viscéral ».

Fauve se défend d’être dogmatique quant à son organisation hors-norme. Il n’en demeure pas moins que cette volonté intrigue les plus voyeurs et séduit les plus romantiques…

« On ne se cache pas, on ne porte pas de masque. D’ailleurs, les gens qui viennent nous voir nous voient réellement, ils voient nos visages et peuvent nous reconnaître facilement. On ne veut juste pas voir nos gueules en promo, parce que ça nous paraît impudique. »

* Fauve assurera la première partie de Benjamin Biolay ce soir au Métropolis.

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