Jean-Michel Blais
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Festival de Jazz de Montréal 2018 | Entrevue avec Jean-Michel Blais

À quelques jours de l’ouverture de la 39ème édition du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM), le pianiste Jean-Michel Blais se dévoile dans une longue entrevue. Il revient sur son dernier album, ce concert fabuleux à venir le 29 juin prochain à la Maison Symphonique (avec le prodige islandais Ólafur Arnalds) et sa tournée qui le verra fouler le sol européen.

Artiste québécois au succès devenu international, Jean-Michel Blais ne perd pas la boussole et retourne parfois dans sa région natale, celle du Centre-du-Québec. « Je suis en résidence pour la semaine à Nicolet, dit-il au bout du fil. On est là plus de douze heures par jour pour pratiquer en vue du (Festival de) Jazz ». Car oui, c’est déjà le 29 juin prochain que le pianiste foulera les planches de la Maison Symphonique pour un concert attendu.

 

« Plus il y a de limitations, plus il y a de créativité »

Jean-Michel Blais est arrivé sur la scène musicale un peu par hasard en 2016 avec son surprenant Il, un album acclamé par la critique. Avec le recul, le musicien estime que ce premier disque est davantage un essai improvisé qu’une pièce aboutie puisqu’il n’était pas préposé au succès. Enregistrer son plus récent album Dans ma main résulte donc d’un processus plus complet autour de son concept électro-acoustique alliant pop et musique classique. Il en résulte une oeuvre étonnante, bonifiée par une expérience empreinte de liberté. Pour lui, dans un paradoxe sage, « plus il y a de limitations, plus il y a de créativité ».

Si le processus s’avère plus complexe, il débouche sur une expérimentation perpétuelle. « Je fais plein d’erreurs, mais je les aime », s’amuse-t-il à confier. Captant parfois les bruits ambiants, le jeu de Jean-Michel Blais laisse place à une grande part d’improvisation soudaine qui se lie à une forme de mélancolie aux allures transcendantales à découvrir sur scène :

L’idée en concert est de décupler un peu tout et d’aller dans les extrêmes. Ce qui est improvisé à la base le sera encore plus. Les pièces plus minimalistes vont être explorées davantage et les portions électroniques aussi.

« Je ne sais pas comment je vais dormir la nuit »

C’est cette audace musicale que les spectateurs pourront admirer le 29 juin prochain dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM), un événement qu’il apprécie particulièrement. « Une des premières choses que j’ai faite en arrivant à Montréal, c’est d’aller au Festival de Jazz, dit-il avec nostalgie. Je trouve ça fascinant, il y a toujours une scène jazz incroyable qui existe! »

Depuis deux ans, la réalité est donc devenue bien différente pour Jean-Michel Blais qui joua les deux dernières éditions au Balcon et à la Cinquième Salle de la Place des Arts. Soutenu par des programmateurs qui apprécient son art, ils lui permettent d’envisager des projets originaux comme l’an dernier en reprenant des oeuvres minimalistes de Philip Glass ou Max Richter en version électronique en compagnie de CFCF, Foxtrott et Bufflo. Désormais, c’est de la Maison Symphonique qu’il est question. Un tout autre calibre dont il n’aurait jamais imaginé fouler les planches un jour :

C’est complètement débile, c’est plus du double de ce que j’ai déjà joué! Je ne sais pas comment je vais dormir la nuit car la barre est haute. Il faut focuser sur la musique que j’ai à offrir et me faire confiance.

Dans un double programme, le Québécois partagera la scène avec Ólafur Arnalds. Un artiste au style comparable qu’il connaît sans le connaître ayant en commun des amis dans le milieu musical. Pour cette soirée, le public peut s’attendre à une contemplation auditive unique. Accouchera-t-elle d’une collaboration entre les deux pianistes, malgré un emploi du temps chargé pour l’artiste islandais ? «  J’aimerai beaucoup, s’exclame Jean-Michel Blais. Mais je ne pense pas que ça va être possible. On verra, qui sait, si durant la journée il a un peu de temps… ». L’invitation est lancée. Reste à voir si elle se concrétisera à l’image de sa tournée à venir. 

Photo par Dominic McGraw

Décoincer la musique classique

Depuis sa place dans le Top 10 des meilleurs albums de 2016 décerné par le Time, tout s’enchaîne vite pour ce pianiste arrivé sur le tard dans le milieu de la musique professionnelle. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jean-Michel Blais jouait pour le plaisir en parallèle de son rôle d’éducateur spécialisé avant de se retrouver sur les routes du monde.

Dans le cadre de sa prochaine tournée, Jean-Michel Blais fera escale dès le mois prochain au Montreux Jazz Festival (découvert l’an dernier), au Royaume-Uni (Londres et Manchester) avant de revenir aux Etats-Unis et au Canada. Un parcours de plusieurs milliers de kilomètres qui nécessite une organisation minutieuse : « Tout ce qui est électronique tient dans un sac à dos, avance-t-il. Je voyage minimalement comme l’est mon setup sur scène. Ce n’est pas évident mais ça demande de l’adaptabilité. »

Fort d’une reconnaissance auprès des médias et du grand public américain depuis ses débuts, le compositeur québécois ne sera pas en terrain conquis lorsqu’il traversera l’Atlantique. S’il considère qu’un intérêt pour ses pièces existe, la réception en concert n’est pas la même. Sans prétention aucune, il mise sur son attitude naturelle. Celui qui veut décoincer le classique précise : « Ce que j’ai à offrir, c’est une chaleur humaine et une authenticité (…) À Paris, j’ai fais asseoir tout le monde à terre à la Gaîté Lyrique. C’était du jamais vu! ». Et à l’instar de l’expérience parisienne, chaque lieu de tournée lui apporte quelque chose. S’il s’attend à un public réceptif, l’ami de Chilly Gonzales estime son succès encore naissant outre-Atlantique :

Je ne suis pas le premier à mélanger là-bas le piano avec de l’électro. Par contre, ma musique fait beaucoup voyager les gens dans l’imaginaire, les grands espaces, de ce qu’ils imaginent de l’Amérique du Nord…

Elle est là l’essence même de la musique néo-classique de Blais : un subtil mélange de mélancolie et réjouissance quant à cette prochaine note qui nous transportera, quant à cette prochaine destination qu’elle nous fera rejoindre.

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