Simon Denizart
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Festival de Jazz de Montréal 2018 | Entrevue avec Simon Denizart

Un peu moins d’une année après la sortie de son dernier album Darkside, Simon Denizart s’apprête à fouler la scène de l’Astral le 29 juin dans le cadre de cette 39ème édition du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM). Le Français d’origine connaît bien ce lieu pour y avoir dévoilé le lancement d’un album qui l’a fait connaître sur la scène jazz.

À l’époque, le pianiste y présentait Beautiful People, dans une configuration en trio avec la contrebassiste Jeanne Corpataux-Blache et le batteur Simon Bellemare. Depuis, les chemins se sont séparés et le Parisien s’aventure seul dans l’interprétation d’une musique instrumentale à la croisée des chemins d’artistes programmés au FIJM comme l’Italien Ludovic Einaudi (4 juillet au Centre Bell) ou même le Québécois Jean-Michel Blais avec qui nous avons pu échanger au sujet de son concert le 29 juin prochain à la Maison Symphonique.

 

« Je ne pensais pas rester ici »

Avant de s’installer devant ce fier piano de l’Astral, Simon Denizart n’imaginait pas que sa carrière décollerait au Québec. « Pour être franc, je ne pensais pas rester ici, avoue-t-il. J’ai fini l’Université, puis mon plan était de retourner en France ou d’aller aux Etats-Unis ». C’est finalement un prix du public au concours de la relève du Festival de Rimouski et la réalisation de son premier opus Between Two Worlds en 2015 qui dicteront son destin.

L’accomplissement sera évidemment cette reconnaissance de Radio-Canada qui désigne Simon Denizart comme sa Révélation 2016-2017. Et s’il « n’est pas à plaindre », s’installer dans ce difficile circuit musical provient essentiellement d’une démarche nourrie par de recherches assidues. Cette reconnaissance obtenue, il la doit surtout à lui-même :

« L’Université était une formation technique avec quelques cours de professionnalisation assez restreints. Ce n’est pas vraiment l’endroit où j’ai appris la carrière… »

Dépasser les frontières physiques et musicales

S’il faut jouer du coude dans ce milieu, les possibilités de jouer en ville sont toutefois nombreuses et des scènes, Simon Denizart en a évidemment foulé de nombreuses. Elles conduisent même à atteindre « un plafond, le public étant très restreint » selon ses dires. Pour l’artiste, le besoin de s’exporter au-delà des frontières est primordial, lui qui a déjà fait déjà trois tournées en Europe et particulièrement en France, son pays natal. Et s’il dépasse des frontières, Simon Denizart bouscule aussi les lignes d’un jazz moins traditionnel et plus expérimental. De son point de vue, et sous certaines conditions, chaque projet tient une place dans le milieu de la musique :

Si tu le mets bien en scène et que tu travailles fort dessus, je suis sûr qu’il y a toujours un public pour tout. C’est juste d’être capable de le trouver et le cibler, de créer aussi des événements à la hauteur de leurs attentes !

À l’image des Britanniques GoGo Pinguin et Mammal Hands, le pianiste français s’engouffre dans un genre à multiples courants : « Ma priorité, plus que le « jazz », est de faire mes compositions, dit-il sans détour. Elles sont ultra hybrides parce que j’adore la pop, le rock, le reggae, la musique africaine et latine. » Ces influences, Simon Denizart les tient en partie de ses parents qui écoutent les Beatles. « C’est sûr que j’ai toujours été plus proche d’une musique populaire qu’un jazz intellectuel. »

Crédit photo: courtoisie

Aller vers l’essentiel

À l’écoute de Darkside paru en 2017, l’évolution musicale est donc perceptible. Et Simon Denizart en est fier : « Je sais que dans l’avenir ça va beaucoup changer ma façon de composer, songe-t-il. Je pense que c’est hyper important pour un compositeur d’évoluer mais c’est difficile. Il faut un fil conducteur. »

Le fil conducteur, il ne s’est d’ailleurs pas dessiné de facto. À la recherche d’un premier album de piano solo aux textures eighties à la Nils Frahm, le jeune homme verra son projet changer de direction par un homme : Robert Langlois. L’ingénieur son du Studio 270 guide alors le pianiste dans la réalisation de ce troisième album en se concentrant uniquement sur le piano.

C’est sûr que ça impliquait pour moi de changer complètement ma façon de jouer. Parce que je ne pouvais pas jouer tout d’un trait, on s’est retrouvé à juxtaposer des dizaines d’enregistrements de pianos à traiter et y appliquer des effets.

Le résultat est épuré, fait de nuances et de points de ruptures. Pour Simon Denizart, cela lui a permit d’aller plus à l’essentiel de sa musique vu comme « un aboutissement de [ses] deux premiers albums qui étaient dans la même esthétique, dans le même genre d’idée musicale très mélodique et introspectif avec du rythme. »

Entre percussion et surprise à l’Astral

Du rythme, c’est probablement ce qui va animer la performance de Simon Denizart le 29 juin à l’Astral pour le FIJM. Alors qu’il se demandait comment interpréter en solo les titres de Darkside dans un contexte de concert, le pianiste s’est finalement tourné vers un percussionniste « absolument incroyable » en la personne d’Ellie Miller (Jazzamboka). En effet, le percussionniste l’accompagnera à la calebasse et aux congas pour appuyer le côté percussif avec des sonorités proche de l’électro. « Il apporte une modernité, renchérit-il. »

Jouant au FIJM la même soirée que le groupe pop Metronomy, Simon Denizart est toutefois réaliste quant à l’évolution d’un jazz qui perd de sa superbe. Il pense même que l’ouverture d’esprit des festivals est nécessaire : « Et c’est tant mieux pour les jazzmen aussi, renchérit-il. Ça nous met un coup de pied au derrière à essayer de tout le temps chercher des choses un peu différentes et à progresser. »

En spectacle, le pianiste privilégie donc la qualité en sélectionnant ses dates afin de mieux préparer sa performance en amont. Il prend aussi volontiers exemple sur des artistes jazz locaux comme Anomalie ou Jazzamboka qui ont bousculé les codes traditionnels en promouvant respectivement la musique électronique et africaine.

La nouvelle vague du jazz est là sous nos yeux. À découvrir ce vendredi 29 juin à 18h à la salle de l’Astral, tout simplement.

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