Jain
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Festival de Jazz de Montréal 2018 | L’épatant one-woman show de Jain

À sa quatrième visite à Montréal, Jain n’est plus un secret pour personne. Moins d’un an après un passage remarqué à Osheaga, la chanteuse revenait cette fois dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal, emplissant assez aisément deux MTELUS. Et pour ceux qui croient que sa popularité n’est qu’un feu de paille, Jain a balayé cette impression du revers de la main avec une prestation du tonnerre, notamment nourrie par l’inclusion de plusieurs (très bonnes) nouvelles chansons tirées d’un album à paraître à la fin de l’été!


On vous évite l’allusion à la température caniculaire, mais vous devinez qu’un MTELUS aussi plein par une météo aussi suintante, ça donne lieu à un festival de sueur assez intense. Surtout quand la chanteuse insiste pour qu’on mette les mains en l’air (bonjour l’odeur!), et qu’on danse à chaque instant possible.

C’est d’ailleurs le seul aspect du spectacle de Jain qui peut « agacer » (on le met entre guillemets, parce qu’en toute franchise, ça n’a semblé agacer personne) : Jain est tellement soucieuse de faire participer son public et de semer la fête dans la salle qu’elle agit un peu comme une monitrice de camp de vacances. Des « Êtes-vous prêts? », elle en lancera deux par chanson. Des décomptes pour être certains qu’on saute tous au même moment (« 1… 2… 1-2-3-4 ») aussi. Elle sort tous les petits tours : taper dans ses mains, mettre les mains en l’air, chanter un bout en choeur, même le petit truc de faire assoir tout le parterre pour sauter tous en même temps quand la musique redevient intense. Il ne se passe pas quatre mesures sans qu’on soit sollicités.

Ça semble plaire au public, même si nous, ça nous a semblé un peu too much par moments. L’important, c’est qu’il était à peu près impossible de s’emmerder durant l’heure et demie passée avec Jain.

D’autant plus que c’est la meilleure façon de rendre un spectacle « sans musiciens » intéressant. Parce que oui, Jain se produit seule sur une scène complètement dépouillée, avec pour seul équipement une petite station de machines au milieu de la scène qui lui permet d’activer ses pistes enregistrées et ses boucles musicales crées en direct.

Le débat est toujours ouvert : l’absence de « musique live » peut en faire décrocher certains, alors que d’autres n’y voient aucun inconvénient. Mais pour ceux qui décrient cette approche, une bonne présence scénique d’un artiste charismatique est le remède par excellence. Et ça, Jain l’a vraiment bien compris.

D’ailleurs, elle dispose d’un genre de bracelet électronique wi-fi qui lui permet d’activer les boucles musicales par le biais de boutons sur son avant-bras. Pas mal comme idée. Ça libère l’artiste de son plan de travail, et lui permet de prendre d’assaut le devant de la scène plus souvent qu’autrement.

L’autre préjugé à défaire au sujet des artistes qui n’ont pas de musiciens live, c’est cette idée selon laquelle « je serais aussi bien d’écouter le disque chez moi ». Pas avec Jain! Ses versions live sont toutes adaptées à son spectacle, prennent un petit côté plus électro. Ainsi, Come est tout à fait reconnaissable et on peut la chanter en choeur, mais l’artiste y ajoute un petit jam mélodique qui n’existe pas sur l’album. Certains tempos sont modifiés, certains instruments sont remplacés par des sonorités différentes de l’originale.  C’est tout en l’honneur de l’artiste, qui cherche manifestement à se dépasser, à offrir un spectacle unique.

En ce qui a trait à sa présence scénique, on ne peut absolument rien lui reprocher. Très investie, elle danse, interagit avec la foule, ne rate jamais une note… Les éclairages empruntent aussi beaucoup à l’esthétique des shows électro, et l’écran vertical derrière elle donne lieu à des projections souvent minimalistes, mais de bon goût.  Chaque chanson devient un genre de petit tableau.

Côté setlist, alors là, c’est ce qui est le plus encourageant : l’artiste a offert un moitié-moitié de titres du premier album (les bombes Mr. JohnsonDynabeatCome et Makeba notamment) et de nouvelles chansons. Celles-ci font déjà très bonne impression dès la première écoute : on devine tout de suite que Star sera parmi les favorites de la foule sous peu, que Alright résonne déjà auprès des fans (c’est le premier single du nouvel album, et c’est disponible sur les plateformes de streaming depuis quelques semaines), que Flash sera vite appréciée. Une autre chanson intitulée Inspecta tire sa ligne mélodique du thème d’Inspecteur Gadget!

Le nouveau disque intitulé Soldier sera disponible le 24 août. Et si on se fie à ce qu’on a entendu jeudi soir, ce sera de la bombe!

Jain remet ça ce soir (vendredi) au MTELUS, avant de se rendre au Théâtre Granada de Sherbrooke samedi soir, puis de jouer à la Place d’Youville dans le cadre du Festival d’été de Québec dimanche soir. Une tournée nord-américaine est prévue pour le mois d’octobre, avec plusieurs dates aux États-Unis, et pour l’instant, un seul spectacle au Québec, soit le 25 octobre au Zénith de St-Eustache.

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