Béla Fleck and the Flecktones
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Festival de jazz de Montréal 2018 | Béla Fleck and the Flecktones nous laissent sans voix

Concert tout en virtuosité et créativité à l’occasion du Festival International de Jazz de Montréal : Béla Fleck and the Flecktones, ce sont quatre musiciens exceptionnels qui ont décidé de faire du jazz… avec un banjo. Pari plus que réussi.


Quatre virtuoses pour un seul prix

La soirée a commencé sur une belle surprise, puisque le directeur du Festival de Jazz est venu remettre au groupe le prix Miles Davis, une belle distinction qui récompense habituellement la carrière d’un artiste. C’est la première fois qu’un groupe entier reçoit ce prix, nous précise André Ménard, mais étant donné le talent de chacun des musiciens présents ce soir, il n’était pas question de n’accorder la récompense qu’à l’un d’entre eux.

* Photo par Benoit Rousseau.

Béla Fleck and the Flecktones, ça a été plus de deux heures d’un concert incroyable, vivifiant, loufoque et impressionnant. Les quatre artistes maîtrisent leurs instruments du bout des doigts ; il faut dire que leurs noms ne sont pas inconnus : Howard Levy à l’harmonica, à la guimbarde et au piano ; Victor Wooten à la basse, Béla Fleck au banjo et Futur Man (Roy Wooten) au « drumitar » (une sorte contrôleur de percussions inventé par ses soins) et aux percussions.

* Photo par Benoit Rousseau.

Tous sont pris dans une foule d’autres projets musicaux, mais ils parviennent à trouver du temps pour ce groupe, petite pépite parmi les mastodontes du jazz.

Ambiance fusion, mood serein

Le concert se déroule tout en sérénité. Les musiciens vivent leur musique avec un petit sourire. Deux d’entre eux sont assez expressifs, le bassiste et le percussionniste, tandis que les deux autres sont sur scène comme ils seraient en répétition : dans leur monde, très calmes, ils prennent la parole tour à tour pour des solos incroyables.

Cette ambiance très chill nous ferait presque oublier qu’on assiste à une virtuosité musicale exceptionnelle ! Victor Wooten slap aussi rapidement que s’il était sur une guitare, il a inventé une manière très personnelle d’utiliser son instrument. Future Man, quant à lui, a carrément créé un instrument de toutes pièces ! Il porte un pad comme un instrument à cordes, sanglé sur sa poitrine. Armé d’une trentaine de touches, il survole les rythmiques et les sonorités avec un sourire immense. De son côté, Béla Fleck enchaîne les notes à une vitesse folle sur un banjo qui porte des ailerons de guitare violets. Enfin, Howard Levy, profondément dans son monde, apporte à la musique une base de piano, mais se lève plusieurs fois par morceau pour se précipiter sur le devant de la scène, empoigner un micro et nous régaler par des solos d’harmonica.

* Photo par Benoit Rousseau.

Performances spontanées

La musique de Béla Fleck and the Flecktones donne une belle part à l’improvisation. Chaque morceau est très rythmé, les changements de mesure sont omniprésents, et tour à tour les musiciens s’avancent sur scène pour des solos toujours impressionnants. Dans le public, tout le monde agite sa tête et danse sur son siège en souriant. La joie du groupe est communicative. Pas question de se lever par contre : les changements de rythme sont tellement rapides qu’on est vite perdu ! Les musiciens font le choix de ne pas prévoir de setlist, ce qui colle parfaitement avec la spontanéité de leur musique. Chacun leur tour, ils choisissent depuis la scène un morceau dans une longue liste imprimée avant le concert. Le programme est donc éclectique et alterne entre leurs plus vieux singles (Sex in a Pan, Sinister Minister, Hurricane Camille) ou des morceaux plus récents (Life in Eleven, Juno, Vertigo).

On a vécu pendant ce concert deux heures d’harmonie totale avec les musiciens. Ici, pas de spectacle démesuré, pas de production scénique incroyable ; mais des musiciens extrêmement talentueux, à l’écoute, qui improvisent pendant de longues minutes et retombent toujours sur les rythmes chaotiques de leurs morceaux. On a pu constater aussi le talent de l’équipe qui les accompagne, des ingénieurs du son à celui des lumières, et qui ont contribué à faire de cette soirée un souvenir mémorable.

Première partie efficace

En première partie, nous avons eu droit au talentueux Delvon Lamarr Organ Trio. Un ensemble jazzy, qui a la particularité de se construire autour d’un orgue électrique. Trois musiciens très talentueux, qui déroulaient un programme un peu plus répétitif que Béla Fleck mais très efficace. Les arrangements étaient bien pensés, les morceaux très agréables et les solos assez impressionnants. On n’a pas vu l’heure passer !

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