Festival de Jazz de Montréal
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Festival de Jazz de Montréal – Jour 6 | Nick Murphy et Tamino envoûtent les festivaliers

Près d’une semaine après son ouverture, la 40e édition du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM) accueillait mardi soir rien de moins que Nick Murphy. Dans un spectacle envoûtant qui faisait écho à celui du talentueux Tamino à l’Astral, celui qui s’appelait autrefois Chet Faker aura joué plus d’une heure devant une Place des Festivals fortement remplie, pour donner au Grand Événement TD la justification de son nom. 

 


 

Comme peuvent en témoigner les festivaliers du Santa Teresa 2018, l’Australien est un homme imprévisible. L’an dernier, celui qui s’est fait connaître à travers par sa reprise virale de No Diggity avait joué avec le frein à main malgré une prestation séduisante. Car après six titres, plus rien. L’artiste s’en alla dans l’incompréhension générale pour ne jamais revenir.

Un set généreux proposé par Nick Murphy

Douze mois plus tard, le voilà de retour sur scène dans la région métropolitaine. Pour jouer un mauvais tour aux organisateurs et aux spectateurs? Non, et force est de constater que d’être programmé au FIJM n’aura pas motivé celui qui fît paraître récemment Run Fast Sleep Naked de courir vite.

Nourri par un périple de quatre ans en nomade, Nick Murphy fait d’emblée voyager le monde par la sobriété de son interprétation qui transparaîtra, a fortiori, durant son spectacle. Accompagné de quatre musiciens (batteur, pianiste, bassiste et guitariste), l’artiste n’est pas une bête de scène mais s’accapare tout de même, avec confiance, son espace de jeu pour y interpréter ses compositions complexes dotés d’une grande qualité instrumentale.

Il jouera d’entrée Hear It Now du dernier album avant d’être acclamé par des milliers de spectateurs à l’écoute du hit Gold. À ce moment, le chanteur mondialement connu ne se laissera pas impressionner par l’imposante foule qui fait face, lui qui écume les scènes de toutes tailles depuis ses débuts en 2012. Loin de la demi-douzaine de titres interprétés à Sainte-Thérèse, il offrira ainsi un généreux set de 15 chansons, comprenant plusieurs morceaux incontournables de sa prolifique carrière dont l’excellente 1998 ou encore Talk Is Cheap.

Quant aux admirateurs et admiratrices de la première heure, ils n’auront pas pu compter sur une reprise du titre phare de Blackstreet, au plus grand bonheur de l’homme de 31 ans qui ne cachait pas, en conférence de presse hier, sa lassitude de jouer le titre qui lui a valu une reconnaissance mondiale.

Ou comment être au service de sa musique, et non de ses fans.

Tamino, un talent à l’état pur

Conflit d’horaire oblige, le concert de Nick Murphy fka Chet Faker fût écourté pour certains festivaliers puisque Tamino jouait une demi-heure plus tard, à quelques mètres de la Grande Scène. À L’Astral, le Belge aux origines égyptiennes aura joué une heure des titres parus sur son sublime premier album Amir. Pas plus, non.

Mais quelle heure ensorcelante !

Seul avec sa guitare, le jeune homme impressionne du haut de ses 22 printemps, et plus particulièrement la gente féminine qui ne semble pas insensible aux traits fins de son visage. Et que dire, si ce n’est que sa gestion délicate du manche, couplée à une voix profonde, auront inévitablement transporté l’Astral vers l’au-delà. À mi-chemin entre un Jeff Buckley et un Leonard Cohen, l’artiste belge soulignera d’ailleurs son bonheur de jouer dans la ville natale du poète canadien.

Alternant avec aisance entre la guitare acoustique, électrique et aussi le banjo, l’auteur-compositeur-interprète d’Anvers est parfois intimidé autant qu’il intimide par sa grande taille frôlant les 2 mètres. Cela ne l’empêchera de discuter avec son public, s’essayant même à quelques traits d’humour en témoigne la présentation de ses musiciens invisibles.

Tamino frappera fort les esprits ce mardi soir, comme en témoigne son interprétation magistrale de Habibi. Un artiste sublime à revoir très vite.

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