Jeremy Dutcher
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Festival de Jazz de Montréal – Jour 7 | Jeremy Dutcher au Club Soda : renaître en chansons

Quelle performance sincère et émouvante qu’a livrée Jeremy Dutcher mercredi soir au Club Soda lors du Festival International de Jazz de Montréal ! Avec un mélange judicieux de discours politiques et de musique teintée d’influence classique, il a su capter l’attention de son public dès son apparition sur scène et surtout, de la maintenir jusqu’à la fin.

La démarche de Jeremy Dutcher est particulière. Lors de ses études en musique classique, une aînée de sa communauté Wolastoqiyik au Nouveau-Brunswick lui a parlé de documents préservés au Musée canadien de l’histoire à Gatineau. C’est là qu’il est tombé sur le travail de l’anthropologue William H. Mechling qui a visité la communauté au début des années 1900.

Dans ces archives, des enregistrements et des textes de chansons en dialecte wolastoqiyik s’y trouvaient et sont devenus la base de son projet musical. Son objectif : redonner vie à ces chansons et prouver que la langue de ses ancêtres est toujours vivante, malgré les prédictions peu reluisantes de Mechling. C’est exactement ce qu’il a réussi à faire en utilisant ses talents de ténor et de compositeur. D’ailleurs, les enregistrements avec lesquels Dutcher a travaillé pour créer ses pièces ont été utilisés tout au long du spectacle. L’ajout de ces extraits à travers les chansons permettait de voir le processus créatif de l’artiste qui interprétait la mélodie qu’il avait imaginée.

Ce mélange peut sembler étrange, entre morceaux d’archives et la touche néo-classique amenée par la voix, le piano, le violoncelle et les tambours, mais celui-ci créé plutôt le véhicule parfait à ces chansons trop longtemps laissées dans l’oubli.

L’homme du peuple

Ce qui est aussi marquant chez Jeremy Dutcher, autre que sa voix de ténor et ses talents au piano, est sa chaleur et sa sociabilité. Le contact avec son public semblait naturel et il parsemait ses interventions de petites anecdotes qui ont bien fait rire! Son plaisir et son aisance sur scène transparaissaient à tout moment et une complicité s’est rapidement créée entre lui et son public.

Son désir d’inclure les gens dans sa performance et de leur expliquer la signification de certaines chansons était apprécié. C’est de cette façon qu’on a pu constater que les messages véhiculés dans ces pièces vieilles d’une centaine d’années étaient toujours d’actualité avec ce mantra qui revenait sans cesse : protéger la terre.

Une touche d’activisme

Ce n’est pas le seul message à caractère politique que l’artiste a abordé pendant sa performance. À mi-parcours, il est sorti des pièces de son album Wolastoqiyik Lintuwakonawa pour interpréter une chanson en anglais sur les femmes autochtones disparues, un sujet qui lui tient particulièrement à cœur.

La critique de Justin Trudeau et de son gouvernement ne s’est pas arrêtée là. Lors de l’élection du premier ministre, Dutcher composait la mélodie pour accompagner une pièce parlant du travail d’un chef. La comparaison entre les conseils octroyés dans la chanson et les agissements de Trudeau était facile, surtout avec les décisions parfois discutables de son gouvernement sur des enjeux tels que l’environnement et la réconciliation avec les peuples autochtones.

L’engagement de l’artiste n’est pas nouveau. Lors de la remise de son Prix Polaris en 2018, Dutcher avait fait un plaidoyer sur l’importance du maintien de la langue et de la renaissance des peuples autochtones partout au Canada. Sa voix a porté loin et, espérons-le, continuera à le faire encore longtemps.

 

Première partie : un retour au Festival de Jazz pour Eleni Mandell

Pour ouvrir la soirée, Eleni Mandell était de retour au Festival de jazz après 10 ans d’absence. Forte de son nouvel album, elle a joué plusieurs de ses chansons écrites dans un contexte bien particulier. Enseignant la musique dans une prison de femmes, c’est à travers les ateliers qu’elle a effectués avec les détenues que la majorité des morceaux ont vu le jour.

Presque chaque pièce venait avec sa petite introduction pour nous partager le contexte de sa création, donnant du même coup plus de profondeur à celle-ci. Souvent assez rythmées, les chansons avaient toutes une petite touche country pas méchante du tout. Une mise en bouche agréable avant la performance de Jeremy Dutcher.

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