Festival de Jazz de Montréal
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Festival de Jazz de Montréal – Jour 9 | Vivre le choc générationnel le temps d’une soirée

Vendredi fût probablement la plus belle soirée à laquelle ont eu le droit les festivaliers depuis le début de cette 40e édition du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM). Entre Bahamas, Flying Horses, Jordan Officer ou encore Alex Henry Foster, le Quartier des Spectacles était en ébullition ce soir-là, mais c’était sans compter les présences lumineuses de Peter Frampton à la Salle Wilfrid-Pelletier et celle de Courtney Barnett au MTELUS.

Le meilleur adieu qu’il soit pour Peter Frampton

Comme inscrit sur les affiches du Festival et sur les tickets scannés à l’entrée du magnifique écrin de la Place des Arts, le Farewell Tour de Peter Frampton augure une soirée particulièrement émotive.

C’est donc avec vingt minutes de retard sur le programme que sonna le début du spectacle après la diffusion, sur grand écran, d’images d’archives où l’on voit Frampton sur scène ou accompagné de ses amis musiciens. Rien de grave, la foule est déjà debout à l’arrivée des quatre musiciens sur Somethin’s Happening. Puis apparaît, depuis la droite de la scène, l’idole de toute une génération.

Dans le public, ce sont des milliards de cheveux gris qui côtoient ainsi ceux de Peter Frampton. Depuis de longues années, l’artiste ne porte plus sa mythique crinière qui marqua l’identité visuelle du mythique album Frampton Comes Alive paru en 1976. Un disque vendu à des millions d’exemplaires qui prouve, pour ceux qui l’ignoreraient, que le FIJM détenait ce vendredi soir dans sa programmation un artiste légendaire. Un génie de la guitare aussi.

Toujours souriant et n’hésitant pas à raconter des anecdotes et plaisanter avec son public, l’homme de 69 ans aura fait vivre des souvenirs inoubliables à une majorité de babyboomers.

De ce spectacle, on retient sûrement une chose : on est loin de l’artiste désespéré qui tourne dans le monde pour la dernière fois sans une once d’amour pour la musique. Bien au contraire, Frampton est dans la force de l’âge, malgré ses malheureux soucis de santé.

Et si la maladie de la myosite le ronge, atteignant progressivement la motricité de ses muscles, il n’a rien perdu de sa verve en interprétant successivement les excellentes Lines On My Face, Show Me The Way et Fig Tree Bay avant une reprise instrumentale de Georgia On My Mind issue de son album à succès All Blues paru le mois dernier.

Soutenu par trois puissants amplis Marshall et jouant avec frénésie sur ses Gibson, l’artiste a des doigts de fée. La manière dont il aborde sur chaque chanson, et particulièrement sur (I’ll Give You) Money, des solos épiques fait de ce spectacle un moment littéralement magique. La montée des gammes s’avère fluide, et les bends sont parfaitement exécutés tandis que la voix ne flanche pas.

Il aura joué quelques morceaux acoustiques (All I Wanna Be (Is By Your Side), Penny For Your Thoughts), il aura rendu hommage à Chris Cornell sur Black Hole Sun et surtout, il aura réjouit 3 000 spectateurs en interprétant, dans une communion indescriptible, Baby, I Love Your Way avant de conclure une première fois sur Do You Feel.

Conflit d’horaire oblige, il restera pour Peter Frampton à jouer, en rappel, 4 Day Creep, Doctor et Weeps tandis qu’à une centaine de mètres de là, une autre génération s’embrase pour une artiste qui secoue les murs du MTELUS.

 

Courtney Barnett, ou la résurrection du grunge

Avec son rock indépendant reprenant des effluves vocales et sonores tirées à la fois de l’ex-War On Drugs Kurt Vile et des regrettés Kurt Cobain et Lou Reed, l’Australienne a offert un spectacle dément qui aura plu aux spectateurs d’un MTELUS affichant presque complet.

Accompagnée seulement d’un bassiste et d’un batteur à l’énergie contagieuse, L’Australienne de 31 ans est aujourd’hui au meilleur de sa forme après la parution de Tell Me How I Really Feel. En deux généreuses heures, elle aura réussi à varier son set de sorte à ce que le public s’anime sur l’ouverture qu’est Hopefulessness, mais aussi sur la rageuse Nameless, Faceless, tout comme Charity ou I’m Not Your Mother, I’m Not Your Bitch. Comme cela devait être lors d’un concert de Nirvana, finalement.

Barnett permet aussi quelques moments d’apaisement lorsqu’elle interprète, à l’aide de son jeu au finger picking, des morceaux tels que Depreston ou Let It Go en rappel, un duo avec Kurt Vile issu de leur album collaboratif Lotta Sea Lice. LA trentenaire ne manquera d’ailleurs pas de rendre hommage à son ami qui n’est pas là ce soir, avant de conclure avec puissance sur Sunday Roast, Ode To Odetta (provenant d’une requête de fan) et l’énergique History Eraser.

 

Si certaines histoires s’effacent, d’autres ne le seront jamais. Peter Frampton marqua une génération, qui quitta hier soir Wilfrid-Pelletier avec des étoiles plein les yeux.

Et gage que par son charisme scénique, Courtney Barnett marquera quant à elle une nouvelle génération qui, peut-être, fera de même dans 40 ans.

Nul ne le sait encore…

 

Gallerie photo de la soirée

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