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Festival de la Poutine de Drummondville 2016 | Entrevue avec Les Trois Accords: Mélange de styles pour une recette parfaite

Le Festival de la poutine de Drummondville se tiendra du 25 au 27 août prochain dans le stationnement du Centre Marcel-Dionne pour une neuvième année consécutive, et si on croit Simon Proulx et Charles Dubreuil de la formation Les Trois Accords et organisateurs de l’événement, on aura droit à tout un weekend. Sors-tu.ca les a rencontrés le temps d’une entrevue pour jaser du festival autour d’une bonne grosse poutine.

Charles Dubreuil et Simon Proulx en mode casse-croûte.

Charles Dubreuil et Simon Proulx en mode casse-croûte. // Photo par Laurence Dauphinais

Vous accueillerez dix poutiniers qui s’affronteront pour les grands honneurs de la Fourchette d’or, cette année. Vous en êtes à votre 9e édition. J’imagine qu’au fil des années, certaines poutines se sont démarquées. Quelles sont les poutines qui ont marqué l’histoire du festival?

Simon : Au début, on ne savait pas tous les détails de l’organisation d’un festival, mettons, combien t’as besoin de toilettes. On n’était pas sûr non plus de la consommation des gens. On s’est informé auprès d’autres événements du genre, mais tous les chiffres qu’on avait étaient tellement plus bas que ce qu’on a eu finalement!

On avait sous-estimé le fait que nous, les gens viennent pour manger de la poutine. Les restaurateurs sont souvent surpris de l’affluence qu’ils ont. Dans les poutines qui nous ont marqués, il y a celle de Denis St-Pierre et ses boules de poutine, une espèce de poutine inversée. Ou celle de Martin Picard avec une sauce à l’encre de seiche. Ça faisait que les gens avaient les dents noires! Tu pouvais savoir exactement qui l’avait essayée.

Charles : Faut pas oublier Ben La Bédaine. Quand ils arrivent, ils en imposent! Ils sont costumés, sont une gang et sont massifs. C’est des professionnels de la poutine. Dans toute l’histoire du festival, c’est les seuls qui sont arrivés réellement prêts. Des fois, les restaurateurs arrivent et pensent qu’ils ont tout vu, qu’ils sont capables de tout affronter. Mais au festival, ça se passe! Tu dois sortir 2000 poutines en 3h! Et sont là : « Pas de problème! » Des fois, Pierre-Luc (Boisvert) qui est en charge du volet bouffe, regarde ça aller et voit que leur plan marchera pas.

À toutes les années, les restaurateurs tombent en mode vétérans du Vietnam. Tu vois dans leurs yeux qu’ils comprennent pas dans quoi ils se sont embarqués et il leur reste encore deux jours. Ils n’ont plus de fromage, plus de patates, presque plus de sauce, leurs friteuses sont loadées et tout va lâcher. Et là, ils demandent de l’aide. « Pierre-Luc, peux-tu me reparler de ces deux friteuses-là, s’il te plait, et de ton fournisseur de fromage secret? » Toutes les années, c’est comme ça. Sauf, pour en revenir au point que je voulais faire, pour Ben La Bedaine qui, eux, sont arrivés super cocky : « Nous, on run le show, icitte » et y’ont runné le show!

Le Festival de la poutine de Drummondville peut être qualifié de festival de région. C’est aussi un festival où la programmation est entièrement québécoise et francophone — bien que vous ouvriez la porte avec Dead Obies et son franglais controversé. Est-ce que c’est une volonté de votre part de faire rayonner la culture québécoise ?

: Je pense que les autres festivals du genre peuvent prétendre avoir un désir absolu de faire rayonner la culture québécoise, mais il y a surtout une réalité économique, la plupart du temps. La réalité est que, au Québec, il y a une offre suffisante pour organiser ce genre d’événement-là avec des artistes locaux. Des artistes internationaux, c’est supra-cher! Nous, on est pas un festival « francophone québécois ». Du tout. Si on veut engager un artiste anglophone, on va le faire sans hésiter. Les critères pour venir c’est est-ce qu’on aime ça, est-ce que t’as le goût de venir, et est-ce qu’on a les moyens de t’engager.

: C’est aussi l’idée de faire un  festival qui touche le plus de monde. On veut visiter plein de styles de musique pour que tout le monde trouve son compte.

Justement ce mélange de styles, on le remarque dans les programmations journalières, par exemple, avec la soirée du 25 août où on verra successivement Dead Obies, 2Frères et Bernard Adamus. C’est une transition de styles assez particulière. Pourquoi ne pas avoir rassemblé les mêmes genres les mêmes soirs?

: Quand on a commencé à faire de la musique, on faisait la première partie de Grimskunk. Pour nous, ça faisait du sens. Aller voir un band hip-hop avant d’aller voir un band punk, ç’a jamais été un truc qui dérangeait. Les genres de musique, c’est cool pour placer les disques dans la bonne catégorie chez le disquaire, mais dans un contexte de festival, avoir du hip-hop, du métal et de la pop après, il n’y a rien de provocateur là-dedans. On a tendance à catégoriser les choses, mais on ne devrait pas le faire.

Simon Proulx et sa poutine qui n'arrivait pas à la cheville de ce qu'on peut savourer au Festival de la Poutine de Drummondville.

Simon Proulx et sa poutine qui n’arrivait pas à la cheville de ce qu’on peut savourer au Festival de la Poutine de Drummondville. // Photo par Laurence Dauphinais

Vous avez battu votre record de prévente cette année. Les 2500 billets se sont écoulés en moins de deux mois. Qu’est-ce qui a généré le buzz selon vous?

: Je pense que la programmation attire vraiment beaucoup les gens. Ils sont vraiment contents des artistes de cette année. Aussi, le mot s’est passé que certaines éditions étaient proches d’être sold out ou carrément sold out. Sinon, l’incitatif de « seulement 2500 billets à vendre en prévente ». Le monde s’est vraiment garroché sur les billets, et après ces 2500 personnes-là invitent leurs amis.

: Ce qui est particulier avec la programmation, on a parlé de styles variés tantôt, mais c’est aussi que les artistes qui font la première partie sont aussi des artistes qui pourraient occuper la tête d’affiche. Ça fait que c’est des soirées où tu vois un show complet d’un artiste que tu veux voir, mettons Koriass,  mais en plus tu vas voir les Cowboys Fringants, et en plus Philippe Brach.

La prévente se passe énormément plus sur le web et ce qu’on traduit de ça, c’est qu’il y a des chances que ce soit parce que ce sont des gens qui viennent de l’extérieur. La dernière étude de provenance qu’on a faite, on a appris que 50% des festivaliers viennent d’au moins 40 km de Drummondville!

: Y’a une année, on a même reçu un autobus de voyage organisé au festival! Un groupe d’asiatiques qui partait de Montréal vers Québec, qui faisait un arrêt le samedi après-midi, juste pour venir manger de la poutine.

À Montréal, on sait tout c’est qui Bernard Adamus ou Safia Nolin ou Dead Obies. À Drummondville, Dead Obies ont jamais fait de show, à part qu’au festival. Ils ne sont pas connus à Drummondville. Personne sait c’est qui à part 400 kids qui capotent sur le band. C’est cool de donner à ces 400 kids-là un bon show de hip-hop, et en plus de faire découvrir le band aux autres.

On sait qu’un festival génère à lui seul une grande empreinte écologique. Avec toute la bouffe et la bière en circulation sur le site du festival, avez-vous mis en place des initiatives pour réduire votre empreinte?

: La première année du festival, la Ville ne fournissait pas de ramasser les poubelles sur le site. Il y avait des sacs de poubelle partout, chaque jour. Là-dedans, y’avait des bières, des verres de bière, des poutines, toutes sortes d’affaires. Et on s’est tout de suite demandé ce qu’on pouvait faire pour changer ça. On a évolué vers les ustensiles et contenants biodégradables. Maintenant, la bière est en cannette qui se fait recycler. Dans le backstage, on n’a plus de plastique, c’est toute de la vraie vaisselle. L’édition passée, c’était flagrant. Je me demande si, sur le site, on a sorti plus que vingt sacs de poubelle de tout le festival. C’était vraiment stupéfiant.

: Manque juste le compost. Pour l’instant, c’est trop compliqué parce que le compost ça se corrompt vraiment facilement. Ça, c’est peut-être la prochaine étape. Il y a une barrière très difficile à franchir. On a demandé à la Ville de faire le compost mais ils n’ont pas voulu. On a essayé de le faire avec juste les restaurateurs, mais même ça n’a pas fonctionné. C’est un exemple des limites de ce qu’on peut faire. Mais, c’est sûr qu’on peut essayer chaque année de s’améliorer.

: Le reste est une question éducative. Faut que le Québec arrive à se dire que quand sur la poubelle c’est un pictogramme brun, je sais que y’a juste ça qui va là-dedans, que le métal va à telle place et le papier à une autre. On n’est malheureusement crissement pas rendus là.


Que ce soit pour aller vos montrer vos prouesses de pictogrammes de poubelle, pour entendre de la bonne musique ou pour prêter serment sur le Grand livre de la poutine que vous direz toute la vérité, rien que la vérité au moment de juger votre poutine préférée, il faut faire un tour par Drummondville et profiter du Festival de la poutine, du 25 au 27 août prochain au Centre Marcel-Dionne.

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