Jan Lisiecki
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Festival de musique de chambre de Montréal 2017 | Jan Lisiecki parmi les grands

Le pianiste canadien Jan Lisiecki était l’invité spécial de cette 22ème édition du Festival de Musique de Chambre de Montréal et nous avons pu l’entendre dans deux concerts à la salle Pollack cette semaine, dans un programme plutôt classique mêlant pièces solos et musique de chambre.

À 22 ans, Jan Lisiecki apparaît déjà comme une valeur sûre en matière d’interprétation pianistique. Le jeune homme possède une très grande palette sonore et un jeu à la fois incarné et authentique mais surtout très humble et naturel. Rien dans le jeu du musicien n’est surfait et c’est ce qui lui permet de toucher autant de gens. Que ce soit dans sa 3ème partita de Bach entendue mercredi soir (qui fût un petit moment d’extase musicale tant ce fût passionnant, limpide, coloré) que dans la totalité du concert de hier soir, Jan Lisiecki a cette faculté de ne jamais ennuyer le public.

Nul besoin d’être d’accord ou non avec les interprétations qu’il propose (ses Chopin par exemple, pourraient être source de critiques stylistiques) puisque l’essentiel est là : avec sa maturité et sa simplicité, Jan Lisiecki s’impose comme un musicien hors pair, un vrai poète de la musique. Si parfois on peut encore sentir la fougue de la jeunesse prendre le dessus notamment dans la tenue de certains tempo rapides, cela ne reste cependant qu’un léger détail.

Sa fantaisie op.77 de Beethoven hier soir fut interprétée avec beaucoup de contrastes et de caractère.  Les oeuvres de Chopin (deux nocturnes op.48 et le scherzo n°1 op.20) furent dans un esprit à la fois plus intime surtout dans les nocturnes mais aussi très exacerbé dans le scherzo. On pourrait peut-être remarquer une vitesse légèrement excessive dans les parties rapides du scherzo qui nous donnait un peu de difficulté à tout comprendre bien que son choix de tempo fut assumé d’un bout à l’autre. Difficile donc de lui reprocher ses prises de positions artistiques tant il les propose avec une grande réflexion.

La seconde partie nous proposait une version du 4ème concerto pour piano op.58 de Beethoven arrangée pour quintette à cordes et piano par Vinzenz Lachner. Tout le long de cette magnifique oeuvre, Jan Lisiecki dose parfaitement l’équilibre entre jeu soliste et accompagnement. Il est accompagné de cinq musiciens aux jeux très complémentaires : Dennis Kim et Blake Pouliot aux violons, Barry Shiffman à l’alto, Cameron Crozman au violoncelle et ric Chappell à la contrebasse. Le pianiste n’est pas là pour jouer plus fort que les cinq excellents musiciens qui l’accompagnent mais pour jouer avec eux : il sait quand il doit leur laisser la parole. Tout cela se fait de manière très naturelle et le concerto devient presque une oeuvre de musique de chambre – avec une partie de piano légèrement plus importante qu’en temps normal. Le jeu n’est jamais timide même dans les endroits où il pousse la nuance douce à son extrême. L’ensemble de l’oeuvre est vivant, sensible et affirmé sans aucune agressivité dans le son. Jan Lisiecki apparaît donc autant comme un excellent musicien soliste que chambriste et procure au public de grands moments de bonheur. Nul doute que son avenir musical sera aussi riche que ce qu’il nous a fait entendre cette semaine.

 

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