Toronto Dance Theatre
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Festival des Arts de Saint-Sauveur 2018 | Trop sage le Toronto Dance Theatre

En 27 ans d’excellence, c’est la première fois que le Toronto Dance Theatre participe au prestigieux Festival des Arts de Saint-Sauveur, un événement international en danse et en musique qui jouit d’une renommée enviable. Mais, cette première visite de la compagnie torontoise, qui célèbre ses 50 ans d’existence par une grande tournée pancanadienne, paraît manquer de cette énergie renouvelable si essentielle pour que le courant passe réellement entre les danseurs et un public connaisseur.

Depuis 1994, c’est le chorégraphe et directeur artistique Christopher House qui a su emmener plus loin le TDT, se produisant régulièrement au Joyce Theater de New York, aussi bien qu’au Royal Opera House et à Covent Garden.

Sous sa direction, la compagnie a provoqué des rencontres déterminantes avec des artistes internationaux, comme la réputée chorégraphe américaine Deborah Hay. Les initiatives avec d’autres chorégraphes de renom, qu’ils soient en provenance de Berlin, Paris, Bruxelles ou New York, n’ont cessé de surprendre tout en faisant grandir la compagnie.

À Saint-Sauveur, sous un Grand Chapiteau de 600 places dressé en plein centre du bucolique petit village des Laurentides, le TDT ouvrait sa soirée avec Martingales, une œuvre dont le manque d’audace paraît bien antérieur à sa création en 2014. Les danseurs marchent, tournent en rond, ou courent banalement sur cette scène, comme en panne d’une chorégraphie moins sage. La volonté d’un programme rétrospectif du TDT n’était peut-être pas la bonne décision à prendre pour Christopher House.

Suivront le duo et le trio de Fjeld, une œuvre créée en 1990 s’inspirant des films d’Ingmar Bergman aussi bien que de la peinture de la fin de la Renaissance, et qui a avantageusement traversé le temps. Thirteen ensuite, même en puisant ses thèmes dans le célèbre Glass Houses du chorégraphe remontant à 1983, a aussi très bien vieilli.

Mais, même avec Echo Dark au retour de l’entracte, et Vena Cava sur la musique du compositeur Robert Moran en clôture, il ne faut pas s’attendre de la part du TDT à une danse physique, à une charge d’animalité déployée par les danseurs, à une énergie brute qui galvanise le public, ou encore à un élan de sensualité bien dosé, tous des éléments qui ne manquent jamais d’effets directs lorsque la chorégraphie fonctionne à corps perdu.

Par contre, la conception des costumes de Jennifer Dallas, Jeremy Laing et Lori Trez Endes, est une composante du spectacle qui force l’admiration. Des costumes qui donnent aux 12 danseurs des jupes où le rouge domine nettement, ou encore un genre de longues tuniques grises confectionnées à partir de tissus d’armée.

Dans sa présentation de la soirée, le directeur artistique du FASS, Guillaume Côté, a cité cette petite phrase empruntée à Christopher House, à savoir qu’en danse « chaque pas a une valeur égale ». C’est un point de vue discutable, mais qui n’a pas été repris lors de la causerie d’après-spectacle avec les artistes, une formule animée par le directeur du festival qui a le grand mérite de rapprocher les créateurs et le public venu les applaudir.

Le Festival des Arts de Saint-Sauveur, qui se déploiera jusqu’au 12 août, ne manque pas d’attraits pour la suite. Après la participation traditionnelle de l’Orchestre Métropolitain dirigé par Yannick Nézet-Séguin la semaine dernière, on pourra voir le 8 août la contrastante compagnie d’avant-garde Hubbard Street Dance Chicago, dont la pièce Jardi Tancat porte la signature du Catalan Nacho Duato à la chorégraphie, à la scénographie et aux costumes.

Autre tradition du FASS, la toujours alléchante Soirée des Étoiles du 10 et 11 août qui réunira des danseurs étoiles venus tant du New York City Ballet, que du Théâtre Mariinsky, du Joffrey Ballet et du Ballet national du Canada.

Enfin, un spectacle performance intitulé Guillaume Côté et danseurs du Ballet national du Canada viendra clore la programmation avec deux œuvres du chorégraphe canadien James Kudelka, et en primeur, une toute nouvelle création mondiale, Homo sapiens?, chorégraphiée, et dansée avec six autres interprètes, par le dynamique directeur artistique du Festival des Arts de Saint-Sauveur, lequel n’a rien à envier aux grandes manifestations du genre à l’international dans la sphère de la danse.

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