Lorde
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Festival d’été de Québec 2018 – Jour 9 | Party de filles réussi avec Lorde, Cyndi Lauper et Milk & Bone sur les Plaines

La discographie de Lorde est encore assez courte et on peut compter sur les doigts de la main le nombre de succès radio qu’elle a en poche. Qu’à cela ne tienne, la Néo-Zélandaise la plus en vogue en ce moment aura réussi à faire vibrer les Plaines d’Abraham lors de son premier passage dans la ville de Québec. Avec l’accueil enthousiaste qu’elle a reçu, on peut parier qu’elle a déjà hâte de revenir dans la Vieille-Capitale.

Un article d’Estelle Grignon

Pour son spectacle d’environ une heure quinze, Lorde détonnait des autres artistes qui l’ont précédée cette année sur la scène Bell. L’écran géant derrière la scène n’a servi que pour une poignée de chanson et les jeux de lumières étaient très subtils. Plutôt, douze grands draps scintillants étaient suspendus au-dessus de la scène; la première rangée avait une forme d’hexagone allongé rappelant celle d’un cercueil. Toute l’attention était donc portée sur la chanteuse de 21 ans, dont les vêtements bouffants transparents et jaunes la rendait visible à des kilomètres à la ronde.

Les deux premières pièces, Sober et Homemade Dynamite, ont tôt fait de séduire le public. Si bien que Lorde doit prendre une pause avant la troisième chanson, comme pour absorber la dose d’amour incroyable qu’elle recevait. On la voyait ricaner sur les écrans placés en périphérie avant de s’adresser à la foule pour la première fois de la soirée. « Do you feel like dancing tonight? » La réaction de Québec devant Tennis Court lui prouve que oui.

Le milieu du spectacle a toutefois perdu un peu d’énergie, alors que Lorde enchaînait plusieurs chansons un peu moins connues de son répertoire pour une bonne portion. Qu’à cela ne tienne, celle qui a récemment été nominée pour le Grammy de l’Album de l’année continue d’être très loquace et candide entre ses pièces. Elle se permet d’ailleurs un timide « Merci de me recevoir » en français et se plait à discuter avec le public, entre autres pour expliquer la pièce The Louvre. Ses danseurs vont d’ailleurs la soulever de terre pour la transporter à l’horizontal alors qu’elle continue à chanter vers la fin du morceau.

Tout cela mène au début de Liability, ballade-phare de son dernier album Melodrama. Accompagnée par l’introduction au piano jouée en boucle, Lorde s’asseoit sur la scène pour un long moment de confidences. Elle raconte la genèse de la pièce, comment celle-ci a été écrite après une peine d’amour difficile, comment les dommages collatéraux de son mode de vie ont eu raison de sa relation. Le monologue est touchant, mais un peu long au goût de certains dans la foule qui préfèrent papoter et conter leurs plans de fin de semaine. Cinq minutes plus tard, la chanson débute enfin. L’attention du public revient aussitôt: il ne faudra que quelques instants avant qu’un millier de flashs de téléphones se bercent de gauche à droite dans les airs.

 

Le concert se relève d’un cran lorsque Supercut se met à jouer, ouvrant la porte à une dernière demi-heure de concert en crescendo. Royals, à la fois son premier simple et son plus grand succès, fait rêver la foule. Perfect Places et Team suivent ensuite, gardant l’excitation à son comble. Lorde profite de cette dernière pour un bain de foule généreux. Enfin, Green Light termine le spectacle en grand, confettis et ovations inclus.

Il s’agissait d’un grand détour pour la jeune héroïne que de se produire au FEQ. La Néo-Zélandaise n’avait pas fait de concerts en plus d’un mois et ne reviendra sur les planches que la semaine prochaine en Australie. Malgré tout, elle ne regrette absolument pas les trois avions qu’elle a dû prendre pour débarquer à Québec. Avec la qualité du spectacle qu’elle a donné, parions que le public sera au rendez-vous pour son prochain séjour dans la Capitale-Nationale.


Une première partie rêvée

En 11 jours de festival, les spectateurs ont la chance à chaque année d’être témoins de pas mal de milestones de leurs artistes favoris. Vendredi soir, Cyndi Lauper et Milk & Bone ont pu rayer avec nous un objectif de leurs bucket list respectives: la première d’enfin pouvoir jouer en festival et les autres d’avoir pu chanter avec une idole.

Un article de Camille P. Parent

Cyndi Lauper: Des hits qui n’ont pas d’âge

Si Blondie nous avait parue un peu rouillée en 2014 en ouverture de Billy Joel, ç’a été tout le contraire de Cyndi Lauper vendredi soir! La popstar des années 80 a dansé, roulé sur une console, s’est même couchée au sol comme si elle avait encore 20 ans. Si ses mouvements de bassin vieux jeu et ses cheveux faussement pastel trahissaient un peu son âge, Cyndi Lauper aura été la surprise de la soirée, chez les jeunes et les moins jeunes. Elle a lancé son set avec sa chanson I Drove All Night (parce que oui les enfants, c’est SA chanson, pas celle de Céline!) que tous ont entonné en choeur. Il faut dire que c’était très bien parti.

Mais ce qui a fait la soirée sont ses interactions avec le public. À Québec, on aime se faire jaser par nos artistes et Cyndi Lauper nous a gâté. Visiblement, aucune intervention n’était pratiquée. Elle s’est remonté les pantalons en commentant que c’était pareil dans les années 80, elle a magané le nom de son claviériste en s’excusant que sa langue était dans le chemin, et elle a félicité Milk & Bone dont elle avait oublié le nom qu’elle n’a qu’entendu parce qu’elle était occupée à corriger son eyeliner. Québec était charmé.

Elle nous a aussi avoué qu’il s’agissait de la première fois qu’elle se produisait en festival, bien qu’elle l’ait demandé à maintes reprises dans le passé. « Mon manager de l’époque me disait que je ne pouvais pas y jouer parce qu’il n’y avait pas de soundcheck. C’est faux, suffisait de se lever tôt! » Elle était d’autant plus ravie de se retrouver à une soirée d’artistes féminines, chose qui n’aurait pas été possible en 1980.

Tous les hits y étaient et la voix était toujours aussi fidèle! On a pu entendre Time After Time, Shine, All Through the Night, et bien sûr Girls Just Wanna Have Fun qu’elle a dédiée à toutes les bitches du monde. Rappelons que l’expression Girls Just Wanna Have Fun avait été un slogan important lors de la Marche des femmes de janvier 2017. Mais Cyndi Lauper n’avait pas l’intention de la chanter toute seule: elle a fait ressortir Milk & Bone pour l’entonner avec elle. Le duo était aux anges et ne s’attendait absolument pas d’avoir cette chance inouïe. Sa présence au FEQ s’est terminée sur les notes de True Colors et on était comblés.

Milk & Bone: Bien choisies pour casser la glace

S’il y avait un léger clash générationnel avec les fans de Cyndi Lauper, les « jeunes » eux se sont réjouis de la présence de Milk & Bone en ouverture de cette soirée de filles avec un répertoire qui se rapprochait un peu plus de la tête d’affiche. Vêtues d’habits style sport hyper confortables, Laurence et Camille sont débarquées pleines d’énergie, les étoiles dans les yeux en lançant Coconut Water devant la foule qui rentrait tranquillement sur les Plaines.

Pour les avoir vues à leurs débuts, c’est beau d’avoir pu suivre leur évolution sur scène. Si les premières fois étaient synonymes de basses fréquences mal gérées et d’une présence scénique timide, aujourd’hui le duo semble en parfait contrôle de sa console et de ses planches. Y’a qu’à se fier au récent concert qu’elles ont donné en première partie de Bonobo à la Salle Wilfrid-Pelletier. Elles ont acquis une belle maturité sur scène.

Elles se sont données le temps de jouer plusieurs morceaux de leur plus récent album Deception Bay tels que la chanson titre, Nevermore ou Daydream qui a clos la performance. Surprenamment, le public était tout aussi réceptif à ces morceaux qu’aux plus vieux parus sur Little Mourning dont la classique New York.

Camille et Laurence ont évidemment souligné la superbe idée du Festival d’été de Québec de proposer ce triplé féminin. D’ailleurs, on salue nous aussi cet effort pour la diversité en festival. Sur les 11 têtes d’affiches de la Scène Bell, Lorde est la seule femme à s’être fait offrir cette plage horaire. C’est déjà ça d’en avoir fait une soirée propulsée par la puissance musicale féminine.

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