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Festival Fringe de Montréal 2017 | Dernier droit pour les découvertes qui fringent!

Le 27e Festival Fringe de Montréal tire à sa fin. Dimanche soir à 23h00 au Club Soda seront attribués les 13 Prix Frankie de la présente édition qui en aura fait voir de toutes les couleurs aux intrépides s’étant frottés à l’une ou l’autre des quelque 70 compagnies artistiques participantes, avec plus de 800 performances regroupant pas moins de 500 artistes en tout genre hébergés pendant 11 jours par 12 petites salles de spectacles dans l’axe du boulevard Saint-Laurent.

Impossible donc de tout voir, mais la chose fait partie de la formule même des 32 Fringes sur la planète qui, depuis le tout premier à Édimbourg en Écosse en 1947, se plaît à envahir pour mieux les secouer les adeptes du mouvement Fringe avec sa diversité et son abondance de propositions artistiques marginales.

Car il y a de tout au Fringe, du meilleur au pire, la programmation se faisant par tirage au sort, et sans aucune forme de censure, laissant aux artistes la plus totale liberté d’expression.

Ainsi, pour des spectacles de haut niveau comme Les Créanciers de Strindberg par une compagnie française, ou Le Petit Prince selon Machiavel par une compagnie locale (lire les deux critiques sur sors-tu.ca), on se bute souvent à des choses plus molles, voire complètement nulles. Comme, vue vendredi soir tard, La Ronde, des Productions Queen Street de Montréal avec son enfilade de scénettes maladroites sur les rencontres amoureuses qui ne mènent nulle part.

Comme Jon Bennett vs Jason Donovan, par une compagnie venue d’aussi loin que Melbourne en Australie. Les deux comédiens n’amusent pas vraiment avec leur genre de quizz où l’un pose des questions insignifiantes au public du Petit Campus, et l’autre compte les points de façon arbitraire.

Comme aussi One Too Many d’Edmonton où un couple construit, tels des châteaux de cartes, une empilade de verres de plastique coloré, en se mettant soudainement tout nus sans aucune raison le justifiant.

Puis, il y a les entre-deux, pas complètement bon ni complètement mauvais, laissant une mince trace dans l’imaginaire d’un public habituellement assez indulgent. C’est le cas pour L’eau des nuages de Daniel French où un jeune homme de 20 ans pense avoir trouvé son « âme-frère » chez un artiste-peintre de 40 ans. L’histoire, trop simpliste et avec des comédiens médiocres, a tôt fait de déraper.

Dans To do list, un solo écrit et joué par Martin Grenier, le personnage fait le bilan de vie de ses 40 ans, comme s’il était le premier à atteindre cet âge. La pièce provoque néanmoins une réflexion sur la douleur d’une rupture d’amitié, laissant entendre avoir 1 420 amis sur Facebook mais seulement cinq dans la vraie vie.

De l’auteur québécois Simon Boulerice, trois courts textes sont regroupés sous le titre Trouver l’eau si belle à la petite Salle Jean-Claude-Germain. Au contraire de plusieurs productions qui n’ont pratiquement aucun décor et un minimum d’accessoires, celle-ci profite de la conception très intelligente par Alain Cadieux d’une structure métallique soutenant une balançoire au départ mais qui se retournera et se transformera en autre chose au gré du contexte. Dans la troisième partie, avec un texte qui n’a ni queue ni tête, une comédienne sacre tout du long comme un charretier, nous accablant par des répliques sans substance ni ressort dramatique comme « crisse que j’ai de la grâce ».

Bien qu’interprétée par des comédiens très moyens, et une femme dans la soixantaine faisant la narration, la pièce Wolves de l’auteur anglophone Steve Yockey affiche un très bon texte. Dans ce thriller psychotique et mélodramatique, un couple gai apprend à ses dépens qu’un homme est un loup pour l’homme et qu’il faut tuer le loup avant qu’il ne le fasse.

Dans Tout craché de Marc-André Thibault, le comédien professionnel Michel Laperrière, bien que mal entouré, réussit à nous toucher avec son rôle de père ayant trois fils de trois mères différentes. Les quatre hommes se retrouvent pour une rare occasion au chalet familial pour réparer les bardots de la toiture. Jouant à tout est permis dans le langage entre les demi-frères, on entendra un des fils dire à son père : « Vieille épave, quand est-ce que tu vas crever? Ton héritage serait pas mal plus intéressant que ta présence ». Une fois expurgé de ce qui est de mauvais goût, ce texte pourrait avoir du potentiel.

Bien qu’étant une réflexion juvénile sur la mort, l’auteure dramatique Dji Haché qui se met en scène et interprète seule Un printemps s’est perdu dans la mer, n’est pas inintéressante non plus. En dépit de la gravité de son sujet, elle dégage sur scène une fraîcheur qui est belle à voir et à ressentir. « Pourquoi on meurt? », dira-t-elle, ajoutant par après que « l’immortalité serait d’un ennui mortel ».

Enfin, pour terminer sur une note positive, la compagnie anglophone Beige Theatre propose un texte très solide de David Gow, Cherry Docs, mis en scène habilement par Katey Wattam dirigeant un tandem d’acteurs en plein contrôle. Max Katz joue un avocat juif qui cuisine un jeune détenu néo-nazi skinhead accusé d’un crime haineux, un meurtre gratuit. En combinaison orange de prisonnier, le crâne rasé, un tatou dans le cou, pieds nus, le comédien Tom Gould interprète ce rôle difficile entre rebuffades, cris et pleurs, avec une force admirable qui pourrait lui valoir, on lui souhaite, le Frankie du meilleur acteur dimanche soir au Club Soda.


* La photo est celle du comédien Tom Gould dans Cherry Docs. Crédit : Joseph Ste-Marie.

 

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