Festival international du Domaine Forget de Charlevoix
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FESTIVAL INTERNATIONAL DU DOMAINE FORGET EN CHARLEVOIX I LA MUSIQUE POUR TOUS

Niché dans les hauteurs de la pittoresque région de Charlevoix, entre fleuve et montagnes, le village de Saint-Irénée attire chaque été les mélomanes les plus irréductibles avec son événement musical de renommée mondiale qu’est le Festival international du Domaine Forget. Mais on y trouve bien davantage que les plus grandes stars de la musique classique. Ce n’est pas pour rien si Diane Dufresne est venue y chanter l’année dernière pour célébrer la 40e édition. Car c’est la musique qui emporte tout, et elle s’y déploie avec délectation pour tout public.

Le vaste Domaine de 140 acres à flanc de montagne doit son nom à l’homme d’affaires et politicien flamboyant Rodolphe Forget qui y a fait construire au début du 20e siècle sa somptueuse résidence principale entourée d’une dizaine de dépendances. Aujourd’hui, l’écurie, la glacière, la buanderie et les hangars sont devenus des salles de cours pour les quelque 500 stagiaires annuellement venus de partout pour se perfectionner sous l’égide de l’Académie internationale de musique et de danse fondée en 1978 par le visionnaire Françoys Bernier.

Même que l’ancien poulailler qui a abrité un temps la demeure du concierge, des cochers, et plus tard des chauffeurs, a été transformé en dortoir pour les étudiants en musique, faisant des lieux une véritable cité musicale dans la cité, grouillante de vie et favorisant l’émergence de nouveaux talents dans un cadre enchanteur. Même la grande violoniste Angèle Dubeau a étudié à cette Académie au début des années 80. Le site comprend également un Jardin harmonique de sculptures, et une dizaine de huttes où les étudiants peuvent s’isoler avec leur instrument pour parfaire leur technique. Au cours des 41 dernières années, l’Académie aura accueilli plus de 17 000 étudiants.

Un étudiant, photo de Charles-Antoine Solis

La 41e saison du Festival international du Domaine Forget se déploie jusqu’au 18 août avec 32 concerts en salle et 20 concerts gratuits par une bonne centaine d’artistes, de même que 10 cours de maîtres. La grande soirée d’ouverture du Festival s’est déroulée avec le réputé pianiste québécois Marc-André Hamelin.

Le musicien, au sommet de son art, a excellé en libérant chaque note à la volée, avec un phrasé d’une grande précision, fluide et énergique, entre autres pour les 34 précieuses minutes d’exécution de la Fantasie en do majeur de Robert Schumann. Un magnifique concert dans une salle en bois blond de 600 places construite en 1996, et dont l’acoustique est reconnue dans le monde comme étant tout à fait exceptionnelle.

Sa performance, frisant la perfection, s’est déroulée en présence de la députée du coin, Émilie Foster, et de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, qui venait d’annoncer une aide substantielle de 2 M au budget de fonctionnement du Domaine qui se chiffre à un peu plus de 3 M annuellement, dont trois-quarts de million pour le Festival seul.

Aussi solennel que fut le concert de Marc-André Hamelin sur son vibrant Steinway & Sons déjà présenté au Carnegie Hall de New York, le Festival avait inauguré à l’opposé le matin même sa nouvelle série de concerts gratuits sur le quai de Saint-Irénée où l’on n’avait pas déposé suffisamment de chaises pour les quelque 125 curieux venus entendre en plein air, jouxtant la plage, un concert intitulé Musique de chambre pour vents et marées, donné par huit stagiaires à 9h15 sous un soleil radieux, comme si le fleuve résonnait à l’unisson avec une pure magie.

Marc-André Hamelin, photo Domaine Forget

C’est sur ce quai après le concert que nous avons rencontré le directeur artistique du Festival pour une 8e saison, le musicien percussionniste Paul Fortin qui a joué 14 ans avec l’Orchestre symphonique de Montréal, pour devenir ensuite, à l’invitation de Charles Dutoit, directeur de la programmation de l’OSM pendant 16 autres années, dont six avec Kent Nagano.

« Nous avons fait une tentative de concert sur le quai avec café et brioches l’année dernière à 7h du matin, disait Monsieur Fortin, et il y avait du brouillard sur le fleuve, mais beaucoup de gens sont venus. Alors, on s’est dit pourquoi ne pas en faire une série? » Deux autres concerts sur le quai suivront, soit Sur un air de contrebasse le 27 juillet, et Cordes en liberté le 3 août.

Le 5 juillet se tiendra la Journée de la guitare pour souligner les 40 ans de l’enseignement de cet instrument au Domaine Forget. Le fabuleux guitariste Jason Vieaux est au programme, de même que le virtuose David Jacques qui présentera un concert commenté et fera montre de sa riche collection de quelque 50 guitares, dont une rarissime originale fabriquée par Alexandre Voboam au 17e siècle. Le public pourra également entendre en concert les gagnants de l’édition 2018 du concours de guitare du Domaine Forget.

En soirée, le Domaine recevra pour la première fois le grand guitariste Jason Vieaux, gagnant d’un Grammy en 2015. Enfin, un cours de maître sera donné le 9 juillet par les guitaristes Lorenzo Micheli et Matteo Mela de l’Ensemble SoloDuo qui joueront Scarlatti, Piazzolla et Beethoven le 12 juillet dans la série Signature.

Pour la première des Soirées jazz le 6 juillet, le saxophoniste Yannick Rieu viendra rendre hommage à ce monument du jazz qu’est John Coltrane. Le pianiste Jean-Michel Pilc, le contrebassiste Rémi-Jean Leblanc et le batteur Andre White se joindront à lui pour interpréter des pièces du fameux album de Coltrane mystérieusement disparu pendant 55 ans.

Le directeur Paul Fortin, photo par Theorem production

L’ouverture à la nouveauté du directorat de Paul Fortin fait en sorte que s’entamera aussi cet été une série gratuite de films musicaux en extérieur, dont la projection sera précédée des commentaires d’un invité pertinent : le chroniqueur Michel Coulombe pour Les Choristes de Christophe Barratier le 17 juillet, le violoncelliste prodige Stéphane Tétreault pour Le violon rouge de François Girard le 24 juillet, et le pianiste et compositeur François Dompierre pour La passion d’Augustine de Léa Pool le 14 août. Apportez votre chaise! dit le programme.

Il faut s’y prendre beaucoup à l’avance pour programmer une saison estivale du Festival international du Domaine Forget de Charlevoix. Les gros noms sont des musiciens très occupés qui se déplacent constamment à travers le monde avec des agendas plus que chargés.

Ce sont de grands artistes venant d’ici, bien sûr, mais aussi des États-Unis, d’Europe et même de l’Asie. Le Festival n’a pas d’orchestre maison, mais l’Orchestre symphonique de Québec vient deux fois par année, et Les Violons du Roy trois fois, avec tantôt Bernard Labadie, tantôt Jonathan Cohen pour qui ce sera une première.

Un nombre enviable de grands musiciens sont liés au Domaine depuis plusieurs années, comme le violoncelliste Philippe Muller, le contrebassiste François Rabbath, et même le prodigieux trompettiste Sergei Nakariakov qui en 1995, à l’âge de 17 ans, faisait ses débuts au Domaine Forget.

De grandes voix se feront entendre aussi, comme la mezzo-soprano Julie Boulianne ou encore la contralto Marie-Nicole Lemieux, ambassadrice du Festival depuis huit ans, qui chante actuellement Il Trovatore à Madrid. Une grande soirée est prévue pour la diva le 27 juillet avec le convoité pianiste Roger Vignoles, le violoncelliste Stéphane Tétreault que tous s’arrachent, et même les danseurs Laurence Bolduc et Jean-Philippe Milot.

Quels sont les autres bons coups au Domaine Forget cet été? « Il y a le pianiste de Marie-Nicole Lemieux, Roger Vignoles, ça fait des années qu’on voulait l’avoir, disait Paul Fortin. Il y a la violoniste Midori Goto, très difficile à avoir aussi parce qu’elle est extrêmement en demande partout dans le monde, et ensuite le jeune violoncelliste Julian Steckel, très en demande aussi. On est déjà content d’avoir ces trois-là. En jazz, nous aurons le guitariste Jesse Cook et la chanteuse Jane Monheit qui connaît une carrière incroyable aux États-Unis.

« Et je suis particulièrement content de notre série piano. C’est très difficile d’avoir autant de grands pianistes en l’espace de trois semaines : Marc-André Hamelin, Benedetto Lupo, Angela Cheng, on va avoir aussi Charles Richard-Hamelin, Alexandre Tharaud et André Laplante, c’est vraiment génial! »

Jesse Cook, photo Domaine Forget

Comme il y a eu de la danse depuis les tout débuts au Domaine Forget, la journée du 11 juillet y sera consacrée, à commencer par du yoga sur la plage. La grande danseuse Anne Plamondon, nommée commissaire depuis peu autant à l’Académie qu’au Festival, dansera avec Belinda McGuire. Et la Compagnie Virginie Brunelle en danse contemporaine viendra présenter À la douleur que j’ai, une œuvre forte pour six danseurs.

Le 27 juillet sera la Journée Arts sans frontières. Après le succès fracassant de Diane Dufresne sur l’esplanade avec l’Ensemble national de jazz de Montréal et Lorraine Desmarais qui avait attiré autour de 4 000 personnes, cette année sera celle de Bruno Pelletier avec la participation de la pianiste Julie Lamontagne, du violoncelliste Stéphane Tétreault, et de l’invitée surprise Florence K, devant la balustrade d’où l’on s’imprègne de toute la majesté du fleuve.

Le volet Variétés du Domaine Forget débordera à l’automne avec des artistes populaires, dont Virginie Fortin en septembre, Ingrid St-Pierre, Grégory Charles, Zachary Richard en octobre, Les Trois Accords et Marie-Mai en novembre. Ils suivront Milk & Bone, Alain Choquette, Jay Du Temple ou encore Fred Pellerin qui tous y ont performé au printemps dernier.

Le Festival, comme à son habitude, déborde de son site pour aller présenter des concerts au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, où grâce à son directeur Martin Ouellet est offerte cet été une magnifique exposition de René Derouin et de Jacques Hurtubise. Des concerts se donneront également au Manoir Richelieu à Pointe-au-Pic et à la Bibliothèque Laure-Conan à La Malbaie, de même que dans des églises avoisinantes.

En fait, c’est toute la région de Charlevoix qui vibre comme un cœur battant au rythme du Festival du Domaine Forget en offrant la musique sur un plateau d’argent au même titre que ses produits recherchés du terroir.

Qu’est-ce donc que la musique, Monsieur Fortin? « La musique pour moi, a été toute ma vie! », répond celui qui a passé également 20 ans au Centre d’arts d’Orford, et qui assure que les trois grands événements musicaux, comprenant aussi le Festival de Lanaudière, ne se nuisent en rien. « La musique, poursuit-il, demeure l’une des formes d’art les plus essentielles à la vie, je suis persuadé de cela. J’entendais il n’y a pas longtemps un grand médecin qui disait prescrire la musique à ses patients pour favoriser la guérison. La musique est reliée à la vie même.

« J’ai souvent entendu dire que la musique classique allait disparaître, que les jeunes ne vont pas au concert. Moi, je n’achète pas ça. Au concert sur le quai de ce matin, il y avait beaucoup de jeunes. La musique classique les intéresse aussi, et ça me fait le plus grand plaisir, vraiment. »

Concert sur le quai de Saint-Irénée, photo Patrice Gagnon

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