Festival Transamériques
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Festival TransAmériques (FTA) 2018 | Une programmation frénétique qui ratisse large

Martin Faucher, le directeur artistique du Festival TransAmériques depuis 2014, portait des chaussures neuves pour le dévoilement de la programmation complète du 12e FTA devant la presse et ses nombreux festivaliers boulimiques, d’une fidélité à toute épreuve. 25 spectacles en provenance de 10 pays envahiront avec frénésie 17 lieux culturels à Montréal du 23 mai au 7 juin 2018.

Martin Faucher. Photo par Maude Chauvin.

Martin Faucher. Photo par Maude Chauvin.

Doté d’un budget de 3 millions, et se disant dans l’expectative face à la nouvelle politique culturelle à être annoncée par le gouvernement du Québec en avril, Martin Faucher disait à Sors-tu.ca après sa présentation : « Le financement est un combat qu’il nous faut mener à chaque édition. C’est toujours à recommencer. Le spectacle le plus cher cette année est Kings of War, du Belge Ivo van Hove d’après Shakespeare, avec une compagnie néerlandaise. Nous avons réussi à les avoir. C’est la plus grande aventure depuis Les Atrides d’Ariane Mnouchkine, quand le FTA ne présentait que du théâtre au lieu de théâtre et danse comme depuis 2007. »

Une aventure ambitieuse qui donnera un spectacle de 4h30 au Théâtre Denise-Pelletier, présenté en néerlandais avec surtitres français et anglais, par 14 comédiens et cinq musiciens live. La question du comment gouverner est au cœur de cette trilogie sanglante qui confronte les règnes de Henri V, Henri VI et Richard III, rois maudits, mais matière brute ayant si bien inspiré le théâtre de Shakespeare.

Photo par Jan Versweyveld * Kings of War. Photo par Jan Versweyveld

« Je suis particulièrement fier de la grande diversité géographique de cette année, continue Martin Faucher. Un spectacle de danse en ouverture comme 6 & 9, qui vient de Chine, est une première fois au FTA. L’Amérique latine aussi est importante pour nous. Et je suis fier d’avoir presque atteint la parité entre artistes hommes et artistes femmes. Ça s’est fait naturellement, ce qui est bon signe. »

Il a une belle job, Martin Faucher, parcourant le monde toute l’année pour découvrir ce qui se fait de mieux. Mais, il n’a pas pu se rendre à Rio de Janeiro pour voir la production brésilienne de Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard, devenue en portugais Tom na Fazenda. « C’est Michel Marc qui m’a parlé de cette production en particulier parmi les six jouées en ce moment dans le monde. Il m’a dit que tout le rapport charnel est accentué avec une résonance qui a fait beaucoup de bruit là-bas, et je lui ai fait confiance. Le Brésil détient le triste record du plus grand nombre de meurtres homophobes. »

FTA 18 - Tom na fazenda 2 par Jose Limongi*Tom na Fazenda. Photo par Jose Limongi.

Je suis fier d’avoir presque atteint la parité entre artistes hommes et artistes femmes. Ça s’est fait naturellement, ce qui est bon signe.

Des oeuvres québécoises également à l’honneur

Le contenu québécois n’est pas en reste, avec des créations de longue haleine comme La vie utile de Évelyne de la Chenelière, mise en scène par Marie Brassard à l’Espace Go. Le chorégraphe Daniel Léveillé, lui, créera Quatuor tristesse à l’Édifice Wilder – Espace Danse. Au même endroit, mais dans l’Atrium des Grands Ballets, Benoît Lachambre et Sophie Corriveau offriront une danse-installation à même une avalanche de ruban masqué intitulée Fluid Grounds. Tandis que Paul-André Fortier et Étienne Lepage créeront Solo 70, la dernière production à 70 ans de la compagnie Fortier Danse-Création.

FTA 18 - <a href='/artiste/quatuor-tristesse/' >Quatuor tristesse</a> par Denis Farley* Quatuor Tristesse. Photo par Denis Farley.

Autre fierté pour Martin Faucher qui en signe la conception, le collage et la mise en scène, sera la reprise à La Chapelle Scènes Contemporaines de l’intrigant Autour du lactume, sorte de testament satirique avant l’heure d’un Réjean Ducharme à 23 ans, avec la publication peu avant sa mort de 198 dessins accompagnés de légendes comme seul il savait si bien en découdre. C’est Markita Boies, une comédienne trop rare que Ducharme affectionnait, qui seule en scène livrera pendant 55 minutes les courts textes collés aux dessins, en y ajoutant des mots choisis de Corneille, Lautréamont, Nelligan et Rimbaud.

« J’ai voulu, dit Martin Faucher, un spectacle d’une forme légère qui touche les gens. J’ai voulu prolonger la parole de Ducharme, son geste d’écrire, sa pensée, sa jeunesse. C’est très émouvant de se trouver face à l’énigme de cet écrivain à la fois présent et absent. Personne ne savait trop s’il écrivait encore, ce qu’il faisait. L’arrivée de ce livre en août, juste avant son décès, est comme un immense cadeau. Son œuvre est tellement riche qu’elle va lui survivre. Bienvenue en Ducharmie! »

 

De la grande visite

Parmi les compagnies étrangères, il faudra surveiller en danse la cérémonie underground « impudique et fragile » Until Our Hearts Stop de Bruxelles et Berlin, la beauté crépusculaire de Dark Field Analysis originaire de Stockholm et Berlin, Union of the North par I’Iceland Dance Company de Reykjavik et New York avec ses noces barbares d’une déroutante sauvagerie dans un centre d’achat islandais.

FTA 18 - <a href='/artiste/until-our-hearts-stop/' >Until Our Hearts Stop</a> par Iris Janke* Until Our Hearts Stop. Photo par Iris Janke.

Et à surveiller en théâtre, l’usurpateur de Tijuana venant de Mexico, Titans du Grec iconoclaste Euripides Laskaridis osant une fable mythologique dans un mélange insolite des genres, et bien sûr, le spectacle de clôture du FTA entre danse et théâtre, Betroffenheit (photo en entête, par Michael Slobodian), un combat intérieur d’une grande intensité orchestré par les chorégraphes de Vancouver Crystal Pite et Jonathon Young à la Salle Pierre-Mercure.

Et plus encore…

Le FTA, c’est aussi les rencontres avec les artistes au QG, les Terrains de jeu participatifs, des classes de maîtres, des Cliniques dramaturgiques à l’international avec cinq auteurs invités, des films sur le théâtre et la danse à la Cinémathèque québécoise, des spectacles en circuit urbain comme le déambulatoire du Français Philippe Quesne, La parade des taupes, entre le Cabaret Mado et les Jardins Gamelin. Et, il ne faut pas l’oublier, une place faite à des artistes autochtones et leurs œuvres distinctes.

En fin de présentation de la programmation, Martin Faucher a lancé une passerelle vers les 70 ans en août prochain de la publication par 12 artistes autour de Paul-Émile Borduas du fameux manifeste Refus global. « C’est un texte qui est encore éminemment d’actualité, un texte fondateur de notre modernité qui montre bien que l’avant-garde artistique montréalaise est là depuis longtemps. Et au FTA, nous sommes toujours à l’affût. »

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