Fever Ray
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Fever Ray au MTELUS | Qui es-tu, Fever Ray ?

Karin Dreijer fait rien comme tout le monde… Que ce soit au sein de son groupe The Knife, avec le frérot Olof, ou avec son projet solo Fever Ray, l’artiste suédoise aime visiblement entretenir une ambiguïté qui sert son propos artistique.



Si on la reconnaissait à l’époque de son premier album solo (en 2009) par sa longue tignasse blonde, le mystère entourant son personnage s’est affiné au fil du temps.

Certains se rappelleront de cette étrange présence lors d’un gala suédois :

Sans doute les remerciements les plus bizarres de l’histoire de la musique.

On se souvient aussi du « carnaval électro-queer worldbeat » que The Knife nous avait présenté entre les quatre murs de ce même Métropolis en 2014.  Un genre de dance party dans l’obscurité, où l’anonymat servait la cause globale.

Cette fois-ci, dans un MTELUS bondé par un mercredi soir, Fever Ray se présente sur scène avec le ciboulot rasé, un look terrifiant mi-Heath-Ledger-en-Joker, mi-Harley Quinn, entourée de sa troupe entièrement féminine.

Encore faut-il savoir que c’est elle… Parce que sa troupe féminine, ce sont trois musiciennes et trois chanteuses. Et dans le cas de ces dernières, toutes trois semblent avoir le même timbre vocal, et chantent à l’unisson, comme pour créer une seule voix, amplifiée par les micro-imperfections de chacun des chants.

Les 3 personnages à l’avant-plan de la scène — dont un qui arbore des protubérances musculaires exagérées — se côtoient comme s’il n’y avait pas une seule chanteuse principale, mais bien un projet artistique défendu par un troupe à l’unisson.

Bref, on se trouve en plein cirque électro-flyé, un peu comme lors du concert de The Knife. Mais un peu plus  girl power. C’est excentrique, exubérant, résolument queer…

Pour la petite histoire, jusqu’à récemment, Karin Dreijer était mariée à un homme. Sur son plus récent album Plunge, on comprend qu’elle a abandonné la vie hétérosexuelle normative à la faveur d’expérimentations queer, voire même BDSM.

Si cela transparaît sur l’album, c’est doublement le cas sur scène !  Les éclairages évoquent un rave déglingué futuriste, et la mise en scène aurait de quoi impressionner Peaches.

Les anciennes chansons, comme When I Grow Up et Concrete Walls, doivent ainsi être réadaptées pour être au diapason du reste, ce qui fut aisément réalisé. Mais on réalise du même coup à quel point Plunge est un disque solide, aux rythmes inventifs, aux sonorités variées.

Fever Ray est une artiste comme peu d’autres, ça on le savait déjà. Mais au-delà de l’étrangeté qui la caractérise depuis ses débuts, on peut aussi dire qu’elle sait également semer la fête. Parce qu’au bout du compte, au-delà de l’excentricité de la soirée, ce qu’on en retient, c’est l’atmosphère de bal déglingué, où tous et toutes prennent leur pied.

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