Critique Publié le

FME 2014 | Ah ! Mon parapluie ! (2 de 2)

La 12e édition du FME avait vu juste en décorant l’espace de la 7e rue d’une trâlée de parapluies multicolores suspendus : l’invité de marque de 2014, mesdames et messieurs, la pluie ! Sinon, pour vrai, ça en prendra toujours tellement plus pour décourager les nombreux festivaliers de profiter de la fête, qui a battu son plein comme d’habitude du jeudi au dimanche sans s’essouffler.

Avec plus de 70 artistes au menu, ça devient un vrai casse-tête chaque année de planifier un horaire un tant soit peu décent. Et même si on fait des choix et qu’on se jure de ne pas manquer telle ou telle prestation, d’être focus sur les concerts cachés ou les capsules tournées par des équipes vidéo, c’est im-pos-si-ble de s’y tenir. Leçon tirée de notre 2e expérience : ne pas essayer de voir tout ce qu’on veut voir et, surtout, ne pas essayer de TOUT voir. Résultat appliqué à cette 3e participation : on court moins, on profite plus ! On vous mentirait de prétendre que ça se présente différemment pour le/les comptes-rendu/s. On pourrait avoir de quoi à vous dire, évidemment, sur chaque performance à laquelle on a assisté, mais il y en aurait beaucoup trop à dire, justement ! Petite sélection bien personnelle de ce qui a retenu notre attention chaque jour. C’est déjà ça !

Jeudi
Après quelques indélicatesses du chevelu Jimmy Hunt, 2e d’un triplé à l’Agora des arts, Philippe B, tout en humilité et en tenue de concert – tout comme ses musiciens, d’ailleurs – nous a interprété plusieurs des pièces du répertoire de ses trois albums magnifiques dans une ambiance feutrée, parfois en solo au piano à queue, sinon assis au tabouret avec sa guitare, jouant habilement des mots, des cordes, des touches et même d’un peu d’humour, laissant toujours une juste place à ses musiciens.

Philippe B, photo par Simon Dubé

Philippe B, photo par Simon Dubé

Sans doute la meilleure formule dans laquelle on l’ait vu en spectacle : il était à l’aise, heureux, généreux devant un public attentif et conquis dans une salle à l’acoustique à la hauteur de son talent. L’auteur-compositeur-interprète en était ému et fier : « parce que c’est exactement ça la formule [qu’il a toujours voulue pour cette tournée].

Dans un tout autre décor, Deux pouilles en cavale ont une fois de plus démontré leur exceptionnelle technique musicale, leur fougue, leur passion pour le mordant. On y pensait à la finale des Francouvertes, on en est convaincu maintenant : il faut donner de la place à ces gars-là ! Mettez-les sur un gros stage ! C’est d’une énergie à faire sauter la baraque doublée d’un trio de musiciens de grande qualité.

À peine avaient-il fini de démonter leur stock le gun su’à tempe que Dany Placard s’emparait de la petite scène du Cabaret de la dernière chance pour nous offrir dans un premier temps pas mal de pièces de son nouvel album Santa Maria, à paraître le 9 septembre et en écoute gratuite ici pour quelque temps encore, avant de se lancer dans la revisite de ses succès précédents sous les acclamations éthyliques.

Vendredi
C’est au Cachottier à l’intérieur pas mal bondé qu’on a commencé notre veillée, et il nous a révélé un Ludovic Alarie pas mal en possession de ses moyens du haut de ses 20 ans, super bien entouré, avec son folk rock orchestral et ses trois musiciens, dont le coréalisateur de son album, Warren C. Spicer de Plants and Animals. Il nous manquait les cuivres ; on se rabattra sur l’album pour les entendre !

À l’Agora en ce 2e soir, Blood and Glass et son électro pop rock atmosphérique aux ambiances touffues, à la forte ligne de basse et au drum intense nous a permis de découvrir la voix de Lisa Iwanycki et une complicité certaine entre la plupart des éléments qui composent le groupe, notamment Robbie Kuster et Erika Angell.

Blood and Glass, photo par Simon Dubé

Blood and Glass, photo par Simon Dubé

Un peu plus tard (en fait après que l’alerte FME nous ait aiguillés vers la captation d’une capsule de La Fabrique culturelle avec Dany Placard devant les fameuses lettres illuminées FME), on s’est retrouvés à L’Écart, lieu d’art actuel, pour une installation sonore pour le moins inusitée de Thomas Bégin (exemple pour les curieux !) avant de revenir sur nos pas.

C’est le projet Fontarabie de Julien Mineau qui emplissait l’air de l’Agora, et en formule réduite (huit musiciens plutôt qu’une quinzaine) pour ce deuxième spectacle depuis la sortie de l’album, paru comme un cheveu dans le potage il y a quelques mois. Le set-up ne nous a pas paru aussi prenant qu’au Théâtre Maisonneuve… L’univers de Fontarabie demeure, avec toute la puissance de l’imaginaire cinématographique extrapolé, mais on y cherche la réponse et la rencontre qu’on pouvait vivre, voir et entendre entre le groupe rock progressif et l’orchestre de chambre lors de la performance aux Francos…On est d’avis que la performance sera certainement présentée dans son intégralité lors du concert gratuit du 1er octobre prochain présenté au Métropolis par Evenko, avec Fanny Bloom et Bernhari en premières parties.

Fontarabie, photo par Simon Dubé

Fontarabie, photo par Simon Dubé

Enfin, pour cause de pluie battante, au lieu de monter sur un gros truck pour donner un show caché à 23 h, Louis-Philippe Gingras a dû se rabattre sur le gazon couvert aux murs de TV Hydro-Québec pour abreuver les nombreux festivaliers de son « folk-country-swing hawaïen minimaliste », des fans qui se voyaient de pas mal proche à force de se coller en d’sous du toit. Le plafond dégoulinait dans la guitare de Placard, y avait d’la flotte sur les amplis ; on retenait notre souffle de peur que toute la patente nous saute en pleine face, en faisant du même coup une bien mauvaise pub à notre électricité nationale… Et Gingras, lui, nous a amplement gâtés d’authenticité, l’air de même pas s’en rendre compte, t’sais.

Samedi
On est partis du bon pied en se les prenant au bar Le Groove pour le très attachant Benoît Paradis Trio, qui nous a fait l’honneur de nous servir quelques nouvelles tounes avec la même magie complice qui règne on dirait depuis mille ans entre les sourires de la pianiste (Chantale Morin) et du contrebassiste (Benoît Coulombe) pour leur déluré leader, qui lui avait perdu son soundman et pouvait pas partir son set, couvert qu’il l’était de toute façon par la musique pop qui tournait dans les speakers.

De quoi pas trop s’en faire avec ses « chansons aux propos déprimants ou déprimés », surtout quand on sait qu’il clôt toujours ou presque sur une version complètement débile de Destin de notre Céline en or…

Sinon, au Petit Théâtre du Vieux Noranda ce soir-là, on a pu voir un Bloodshot Bill particulièrement en forme dans sa formation The Ding-Dongs – même : il a comme un peu volé la scène à son acolyte Mark Sultan, qui, on osera le dire, faisait pâle figure à côté de son coloré, exubérant et très suant comparse…

Dans un garage dans la ruelle à côté, c’était l’heure des Deuxluxes de se donner en concert impromptu. Juchée sur des palettes parmi les caisses de transport et de technique du festival (pluie pluie pluie = solution d’urgence pour les spectacles prévus en extérieur), Anna Frances nous a balancé de sa voix puissante et rocailleuse le rock’n roll rockabilly de son « two-man band » avec Étienne Barry. On repassera pour la qualité du son et la visibilité… De toute façon, la foule détrempée et plus qu’enthousiaste n’avait pas l’air de s’en plaindre, bien au contraire ! Certes, elle avait pris une couple de verres de plus que cinq heures plus tôt, alors que le duo avait été convié dans le parking souterrain des Promenades du cuivre par La Fabrique culturelle pour y tourner une capsule avec participation du public.

Dimanche
Dernier jour et première incursion de cette édition à la toute petite salle Évolu-Son pour Our Books and the Authors, qui nous a fait entendre pas mal de matériel intéressant de son nouvel opus à paraître prochainement

Sinon, en début de cette soirée de clôture, on a été sneaker du côté d’un show clandestin cette fois, présenté sur un balcon de la 6e rue par le Projet Trappe (Le Témiscamingue à la Rencontre d’Artistes Pas Pires Émergents). Cet organisme sillonne le Témiscamingue pour proposer des découvertes musicales à l’année à ses habitants, question de « contribuer à l’effervescence culturelle de leur collectivité ».

Ainsi donc, ils ont déniché Anaïs et Rose, un jeune duo piano-voix pas piqué des vers qui a interprété 3 reprises et 2 compositions. On mise fort sur la chanteuse : avec la voix grave, chaude et toute naturelle avec laquelle elle a attaqué Strange Fruit de Billie Holiday, notamment, on risque fort d’entendre parler d’elle d’ici quelques années…

Déjà, on se retrouve au show de clôture, et s’il n’y avait eu qu’un seul concert à voir, un seul artiste à découvrir (si ce n’est pas déjà le cas…) ou à coiffer du vocable émergent, c’était sans aucun doute Owen Pallett. Charisme, présence, talent, inventivité, originalité, doté d’une voix carrément divine, d’une attitude groundée, ce violoniste et compositeur nous a carrément jeté par terre.

On le voit rire, tripper ; la foule lui répond, complètement subjuguée par sa virtuosité. Incatégorisable, sa musique témoigne de lui comme d’un artiste complet, superposant les couches sonores avec ses loops, affichant un réel plaisir à jouer autant seul que lorsque ses musiciens le rejoignent sur scène. Ses musiciens sont plus que sur la coche ; il est habité, intense, authentique ; son show est habilement dosé, orchestré, soutenu… On voudrait que ça n’arrête jamais.

Mais comme un bonheur ne vient jamais seul, c’est à Daniel Bélanger qu’il a passé le flambeau pour la dernière de sa tournée Chic de ville. Beau contraste entre notre émergent et le quasi-monument ! Des deux formations, on retient le plaisir de la scène, l’émotivité et la connivence entre les musiciens, c’est certain, mais l’insomniaque, avec sa feuille de route sacrément remplie, s’est surtout beaucoup gâté pour sa dernière. Évidemment, ça nous gâtait nous aussi !

Enthousiasme (chez le contrebassiste qu’on adore, ce boute-en-train qui a le plus large et honnête sourire du monde ; chez le batteur, qui est tellement heureux d’être content qu’il joue pas mal tout le temps debout derrière son drum ; chez le guitariste, sérieux mais allumé, concentré et architalentueux), émotion, le cœur à la fête, mais au deuil aussi pour tous les quatre, parce que c’était la fin d’une longue et belle aventure, à laquelle nous avons été plus que privilégiés d’assister. Respect.

Lundi ?
On a traversé le parc en écoutant Gingras, voyons. Pis y pleuvait même pu.

Photos en vrac par Simon Dubé

Événements à venir

Vos commentaires