Festival FME
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FME 2019 – Jours 3 & 4 | Déconcentré, des couvertes, découvertes et fin ouverte…

Le FME 2019 est terminé. On est déjà nostalgique de ce magnifique moment passé à Rouyn-Noranda. On a déjà hâte à l’an prochain… Maintenant que les lendemains de veilles arrêtent de s’empiler, le temps est venu de vous rapporter ce qui s’y est passé durant samedi et dimanche, les deux derniers jours de festivités.

Jour 3 : radio-trottoir du coq à l’âne

Soyons francs : nous passerons vite sur le jour 3, pour cause de « journalisme » dissipé. Nous n’avions pas fait d’horaire et nous avions choisi de nous laisser guider par le vent… Or, cette technique nous a permis d’uniquement attraper les dernières chansons d’une flopée de spectacles (Half Moon Run, Koriass, Zouz, …And You Will Know Us By The Trail Of The Dead, qui ont admis sur scène avoir ingéré un peu de champignons magiques), trop occupés que nous étions à jaser dehors avec les festivaliers, tant les touristes que les Rouynorandiens.

…And You Will Know Us By The Trail Of The Dead, photo courtoisie par Thomas Dufresne

Ces derniers ont beaucoup à dire sur le taux d’arsenic élevé rejeté dans l’air par la fonderie Horne. Ils ont beaucoup à dire sur la rumeur qui court que Sandy Boutin, cofondateur du festival et pilier de la vie culturelle si effervescente de la ville, deviendrait sous peu attaché politique du Ministre de la culture [N.D.L.R. la rumeur a été confirmée depuis]. Ils ont beaucoup à dire sur le fait que Bell a le monopole dans la région et que les prix sont en conséquence très élevés. Ils ont beaucoup à dire sur la façon dont le festival grandit.

Le prix relativement bas de la bière (festivals de Montréal, prenez note : c’est comme ça qu’on garde le public sur le site) aide sans doute à délier les langues pour ce genre de conversations. Et, dans la plupart des cas, les ceuzes qui ont des choses à se jaser sont assez respectueux envers les artistes pour garder leur papotage à l’extérieur des salles de spectacles. Donc, les conversations semblaient systématiquement arriver à leur fin alors qu’il ne restait que quelques chansons au spectacle.

Bref, c’était le moment de rencontrer nos chaleureux hôtes. C’était le moment de faire plein d’autres belles rencontres. C’est aussi ça le FME, surtout au troisième jour, alors qu’on commence à s’y sentir chez soi.

Ambiance extérieure du FME, photo courtoisie par Louis Jalbert

Jour 4 : un remède nommé Salomé Leclerc

Le réveil au quatrième jour a été difficile, mais qu’on se le tienne pour dit : Salomé Leclerc qui joue dans le parc botanique en début d’après-midi, c’est le meilleur remède pour guérir un lendemain de veille. Les larmes nous sont venues à plusieurs reprises tellement c’est exactement ce dont nous avions besoin : enveloppant comme une grosse doudoune au mois de février, intimiste, touchant. Tout pour guérir le mal à l’âme qui caractérise le réveil brutal dominical.

Salomé Leclerc, photo courtoisie par Louis Jalbert

Elle a offert aux festivaliers un spectacle-surprise en formule duo (avec le batteur/percussionniste/chanteur/bassiste José Major) et nous nous devons de souligner les efforts faits pour offrir des nouveaux arrangements, spécifiquement pensés pour les circonstances.

La rockeuse s’y fait très douce, on se sent tout proche d’elle et de ses magnifiques sons de guitare. La batterie de José Major, désormais si caractéristique du son de Salomé Leclerc, dépouillée de toute cymbales, s’apprête particulièrement bien à un dimanche matin, alors que des coups de cymbales risquent de faire grincer des dents ou de faire résonner le mal de bloc.

Ce concert était magnifique du début à la fin, mais mentionnons les surprises suscitées par les nouvelles versions de Dans une larme, Le mois de mai, Nos révolutions et la reprise de Vingt ans de Léo Ferré.

Salomé Leclerc, photo courtoisie par Louis Jalbert

Ça goûte la mine…

Alors que nous arrivons en soirée sur le site du festival, la rumeur annonce qu’un autre concert secret aura lieu dans la petite, mais magnifique, galerie d’art Rock Lamothe. Présenté par La Slague (diffuseur de concerts d’artistes francophones de la ville-sœur de Sudbury), le groupe franco-ontarien McLean, mené par le guitariste-chanteur Simon Jutras, est une belle découverte. Avec son prog minéral, le groupe surprend avec son univers original.

Ça goûte la mine ! De quoi d’autre pourrait-on s’attendre de ce groupe, né dans au fond d’une mine abandonnée… Chapeau à McLean, qui présente sans compromis son univers onirique tout en mettant bien de l’avant son identité sudburoise et franco-ontarienne.

McLean, photo courtoisie par Louis Jalbert

La formation est présentement en résidence artistique à La Slague, ce qui lui a permis de peaufiner une prestation en trio alors que leur premier album faisait intervenir de multiples musiciens. McLean ponctue ses chansons aux structures atypiques de plusieurs accroches accessibles. Visiblement des musiciens accomplis, on apprécie leur retenue, toujours au service des chansons. Nos moments préférés : Say it Like You Say it, Makemake, Calliope.

Programme triple à l’Agora

Comme deux jours plus tôt, alors que Bernard Adamus s’y produisait, le garage Rheault déborde de spectateurs, cette fois pour le concert d’Émile Bilodeau. Les retardataires ne pouvant y trouver une place, nous optons pour l’Agora des arts et son ambitieux programme triple en cette dernière soirée de festival.

Doiron/Placard, photo courtoisie par Dominic McGraw

Le programme s’ouvre avec le duo Doiron/Placard, qui offre une performance juste, d’une grande beauté, tout en douceur. Les spectateurs n’osent plus dire un mot, émus, ils n’osent plus le moindre mouvement, pour être sûr de laisser tout l’espace sonore à Julie Doiron et Dany Placard, qui en sont presque à murmurer leurs chansons respectives. Tout un contraste avec Daniel Romano qui les suit sur scène… Le chanteur-guitariste ontarien enfilera ses chansons avec tonitruance et assurance.

Romano, photo par Dominic McGraw

Mais peut-être un peu trop? On aurait apprécié un peu d’interaction avec la foule et une séparation plus nette entre les titres, de façon à laisser le public respirer, et surtout, applaudir. Romano a un répertoire vaste et efficace, mais dans les circonstances, surtout au FME, ou chaque artiste prend le temps d’être présent, ce manque de communication et de dialogue a donné à cette prestation une allure garrochée.

Montent ensuite sur scène les vieux routiers torontois The Sadies. On se demande si cette dernière soirée vise à remplir des exigences de quotas can-con (Canadian Content) mais rapidement, on oublie ces considérations administratives car le groupe, habitué du FME, brûle les planches dès leur première chanson. Ils offriront un concert long, généreux et énergique.

Leur mélange électrisant de rock n’ roll, de surf, de punk aux fréquents accents hillbilly ont fait swinger fort le public de l’Agora, pour ce qui avait des airs de concert de clôture. Nous avouons avoir été estomaqués par la maîtrise de la guitare dont font preuve les frères Dallas et Travis Good ; ils jouent un solo en échangeant leurs mains sur leurs guitares respectives. Un truc de duo de guitar hero encore jamais vu à notre connaissance.

Le dernier train, le dernier concert

Une note en terminant au sujet du véritable dernier concert du FME, qui avait lieu au Cabaret de la dernière chance.

Last Train, photo par Christian Leduc

Le groupe français Last Train, une autre découverte pour nous, a offert toute une performance. Ce groupe est à surveiller. Il propose un nouvel amalgame qui saura plaire à tout fan de métal. On y entend entre autres des traces de Led Zeppelin, de Nine Inch Nails, de Pantera, de Sepultura et de Slipknot. Ça sent la colère, la révolte et même un brin d’arrogance; ça sonne comme le groupe que toute personne ayant plus d’une corde à son arc métal aurait souhait entendre dans sa tendre jeunesse. Cerise sur le sundae : leurs mélodies sont accrocheuses et accessibles. Les quatre garçons sont très énergiques sur scène, au point où la petite scène du Cabaret ne pouvait tout à fait les contenir.

Donc, le FME aura débuté en nous faisant retomber en enfance (Kid Koala), pour ensuite se terminer par un retour à l’adolescence. Merci au FME pour l’accueil si chaleureux. Mais surtout, merci au FME pour nous avoir fait vivre tant d’émotions… Celles-ci nous habiteront encore longtemps, idéalement jusqu’à la prochaine édition, qui marquera l’âge de la majorité.

 

P.S. Observation finale : mention spéciale aux festivaliers du FME, qui n’ont pas cette fâcheuse habitude, beaucoup trop fréquente à Montréal, de filmer la moitié du concert sur leur téléphone cellulaire. C’est vraiment agréable.

 


* Les photos de couverture sont respectivement l’oeuvre de Dominic McGraw (Romano, Doiron/Placard et The Sadies) et Louis Jalbert (Salomé Leclerc)

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