Le Nombre
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Francos 2018 | Les Breastfeeders et Le Nombre : Bêtes de scène et foule assagie

Pendant que le Rap Queb était célébré sur la grande scène des Francos, le rock’n’roll était bellement représenté par des incontournables de la scène montréalaise des années 2000 : Le Nombre et Les Breastfeeders. Un peu plus grisonnant, toujours aussi téméraire.

LES BAGNARDS

Dès 19 h, pour commencer leur soirée rock, une quarantaine de spectateurs se sont rassemblés devant la tente de CISM pour la dernière prestation dans le cadre des séries en marge, soit celle des jeunes Montréalais, Les Bagnards.

Étant donné l’espace limité, leur performance était plutôt statique, mais leur musique pardonnait : ça déménageait ! Du rock garage huileux, du street punk amalgamé de Motörhead.

À deux reprises, à la demande du chanteur voulant un peu d’action dans le public, les plus participatifs ont thrashé. Mollement, mais efficacement. Familiers avec le groupe, certains spectateurs répondaient avec humour et réparties. « Enwoye le biberon ! », scandait l’un d’eux pendant que le bassiste avalait quelques gorgées d’alcool pour souligner son anniversaire. 30 ans, comme les Francos.

LE NOMBRE

20 h, le soleil brillait encore sur la scène Hydro-Québec pour l’entrée du Nombre. Le groupe formé d’ex-Secrétaires Volantes, de Démolition et de Caféïne, se réunit cette année pour deux concerts, celui-ci aux Francos et le 11 juillet prochain au Festival d’été de Québec.

9 ans d’absence scénique : rien n’en paraissait pour les membres, particulièrement le chanteur Ludwig Wax. Habillé tout de blanc avec un masque de lutteur jaune, il se tapait les fesses avec sa tambourine, s’élançait pour faire un faux grand écart, sautait, mélangeait les fils de son micro avant de s’étrangler avec. Couché, à genoux, roulant sur scène, Ludwig restait toujours fier, élégant et joliment provocateur.

* Photo par Victor Diaz Lamich.

« Ceux qui ont des problèmes d’alcool à droite, de drogue à gauche et ceux qui nient leur problème au centre », scandait le chanteur aux spectateurs. Personne n’a bougé. Présumons que tous, par un heureux hasard, étaient déjà à la bonne place.

La foule, bien qu’attentive et emballée, n’était pas très agitée. Quelques pas de danse ici et là. Plus grouillants, les enfants s’agrippaient à la clôture. Des préadolescentes sautillaient pendant qu’un punk old school échevelait son mohawk au rythme de Stéthoscope, Tous ceux de ma race et autres J’ai besoin d’un appareil.

LES BREASTFEEDERS

À 22 h sur la scène Sirius XM, se concluait cette soirée des vétérans du rock montréalais avec les Breastfeeders. Pour souligner les 18 ans du groupe, Sunny Duval était de retour après 6 ans d’absence. Les fans n’avaient eu qu’une seule occasion de le revoir auprès de Suzie, Luc, Johnny et Joe, au Taverne Tour en 2017. Le plaisir et la camaraderie se sentaient sur scène par des commentaires glissés à l’oreille entre eux durant les chansons et par leurs sourires contagieux.

Dès le premier morceau, le chanteur et guitariste Luc Brien jouait déjà à genoux. Au micro, il en a profité pour conter de sympathiques anecdotes improbables comme leur stage de 6 ans au Japon. C’était rafraichissait de l’entendre.

Dans ses précédents spectacles, Luc Brien faisait mention que les Breastfeeders n’ont rien sorti depuis Dans la gueule des jours en 2011, revêtant une aura morose à ses micros. Cette fois-ci, la joie prenait le dessus. Et tant mieux ! Les fans étaient aussi heureux d’apprendre que deux nouvelles chansons ont été enregistrées. Une a même été jouée.

Devant des spectateurs dansants, mais tranquilles, la bête de scène qu’est Johnny Maldoror s’avère plus féline avec les années, moins intrépide. Mais, il n’a pas perdu de sa fougue, lançant et crachant de l’eau, se jetant par terre, tambourinant inlassablement.

Après les Poupée à dormir debout, 400 miles, Mini-jupe et watusi, Angle mort ou encore l’explosive Ça ira, le ténébreux tambourineur en a profité pour bodysurfer, planant comme un deltaplane sur le public.

Dans leurs plus belles chemises, Le Nombre et Les Breastfeeders n’ont rien perdu de leur exubérance. Leurs foules, rockeurs invétérés devenus parents, eux, se sont quelque peu assagies.

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