La soirée Acadie Rock
Critique Publié le

FrancoFolies 2017 | Soirée acadienne et bruxelloise

Quand on assiste à un spectacle de deux heures à thématique acadienne, et qu’on n’a même pas à entendre « Évangéline », on peut conclure que l’Acadie est rendu ailleurs ! Après tout, qui a besoin de la sempiternelle chanson de Michel Conte quand on a le beau Serge Brideau, la vigoureuse Lisa Leblanc, les truculentes Hay Babies, un medley explosif de Radio Radio, l’appui musical groovy des Païens et un Jean-Paul Daoust en feu pour nous rappeler que l’Acadie brille de tous ses feux, les deux pieds dans le présent, avec un avenir musical visiblement radieux !


Joseph Edgar l’a visiblement compris : l’Acadie pullule d’artistes qui n’ont rien à envier ni au Québec, ni à la France. Le menu qu’il avait concocté lors de cette Soirée Acadie Rock sur la Place des Festivals avait très bien réussi son premier pari : intriguer suffisamment le public pour attirer une foule intéressante. Une fois le public réuni, il allait avoir droit à un buffet musical (et poétique, grâce à l’inspirante Céleste Godin et Jean-Paul Daoust) pas piqué des vers.

On en connait plusieurs : Lisa Leblanc vient en tête spontanément. Sa vie n’est plus vraiment d’la marde (parce que demain est effectivement allé mieux), mais son hymne demeure un hit bien ancré dans l’inconscient collectif qui fait bon gueuler en choeur. Son duo avec Joseph Edgar pour la chanson Horizon a aussi fait très bonne figure.

On connaît aussi très bien Radio Radio, et les deux seuls membres qui restent (Jacques Jacobus et Gabriel Malenfant ; dommage d’ailleurs qu’on ait pas eu droit à une petite visite symbolique d’Arthur Comeau) ont proposé un medley qui nous rappelait bien la ferveur de leurs shows d’antan, eux qui font plutôt chemins séparés ces derniers temps. On dira ce qu’on voudra : toute cette mouvance acadienne provient en quelque sorte d’un certain Jacuzzi, dans lequel il y a visiblement de la place en masse.

Les Hay Babies commencent à être pas mal connues elles aussi, même du grand public. Plus elles mûrissent, et plus on a l’impression qu’elles sont une réplique moderne des Soeurs McGarrigle, version acadienne, qui tendent toutefois de plus en plus vers le rock. Marie-Jo Thério, elle, résonne encore et toujours comme l’une des grandes poétesses et chansonnières de ce peuple. Elle était là avant que la nouvelle génération n’apporte un nouveau souffle, mais on sent qu’elle s’y insère à merveille. Toujours belle, animée, pertinente, c’est comme la grande soeur cool de cette nouvelle cohorte.

Et puis, il y a Les Hôtesses d’Hilaire, groupe rock’n’roll par excellence, surtout avec Serge Brideau à l’avant-plan, qui portait sa plus belle robe d’été pour l’occasion. (Voir l’image qui coiffe cet article). Si la vue de ce colosse barbu en robe fait souvent freaker les matantes, on dirait que personne ne s’en offusquait mercredi soir. La foule était visiblement bien au fait du personnage, et l’a accueilli avec la joie qui s’impose. L’interprétation de Regarde-moi, avec chapeau et collier lumineux, était le deuxième moment le plus pété de la soirée, après l’Ode à Tarzan du vénérable Jean-Paul Daoust, qui était en grande forme.

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Relève acadienne : rien que du beau !

Ce qui est bien avec cette Soirée Acadie Rock, c’est que ces grands noms de la chanson acadienne moderne se sont succédés, tout en laissant place à quelques découvertes franchement très bien. Ceux qui ne connaissaient pas Caroline Savoie ont découvert une chanteuse pop charismatique, à l’aise, qui assure malgré son jeune âge (début vingtaine). Sa voix est bien placée, mature déjà. Pas étonnant que ce soit elle qui ait remporté le prix Trille Or du meilleur album acadien en mai dernier.

Le jeune Pierre Guitard en a dedans, comme on dit. Sa chansons La tige et la racine a brassé un peu le parterre. On a aussi pu faire la rencontre de Menoncle Jason, un beau bonhomme barbu, verres fumés vintage, vêtu d’un complet bleu poudre avec un noeud papillon au cou, style colonel. Sa tête coiffée d’un chapeau de cowboy, of course. Musicalement, on a affaire à un amoureux du country Americana vintage, à la Johnny Cash, avec une petite saveur Nouveau-Mexique/mariachis. Ça a de la gueule comme on dit.

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Seule petite déception de la soirée : la pétillante Amélie Hall a interprété avec Joseph Edgar une chanson intitulée C’est pas donné, qui sonnait étrangement comme Tomber de Laurence Jalbert… 🤔   Eh bin. On a pourtant pu constater une certaine inventivité dans la variété des artistes présentés mardi soir. Celle-là, on l’a pas trop comprise…

Mais bon, rien qui vienne porter ombrage au spectacle. Dans l’ensemble, une belle grousse soirée right cool.

Grille de chansons – Soirée Acadie Rock

  1. Marie-Jo Thério – Café Robinson
  2. Céleste Godin et Gabriel Malenfant – (poème)
  3. Vishtèn – Terre rouge
  4. Les Païens – Septembre (instrumental)
  5. Les Hay Babies – Motel 1755
  6. Les Hôtesses d’Hilaire – Fais faillite (avec Les Hay Babies aux choeurs)
  7. Amélie Hall et Joseph EdgarC’est pas donné
  8. Lisa Leblanc – Aujourd’hui, ma vie c’est de la marde
  9. Lisa Leblanc – Motel
  10. Joseph Edgar et Lisa Leblanc – Horizon
  11. (court numéro de cornemuse)
  12. Jacques Jacobus – Ma vie c’est un movie
  13. Pierre Guitard – La tige et la racine
  14. Caroline Savoie – Je n’y vois que du feu
  15. Menoncle Jason – Tout vendre – Le Diable
  16. Les Hay Babies – Fil de téléphone
  17. Lisa Leblanc – Ti-gars
  18. Jean-Paul Daoust – Ode à Tarzan
  19. Joseph Edgar – Espionne Russe
  20. Les Hôtesses d’Hilaire – Regarde-moi
  21. Radio Radio – (Medley)
  22. Les Hay Babies – La Poule

 

Frànçois & The Atlas Mountains au Club Soda

Plus tôt en soirée, le projet Frànçois & The Atlas Mountains donnait un spectacle au Club Soda, dont on a pu voir environ la moitié (en raison du grand spectacle Acadie Rock, qui chevauchait celui-ci).

La dernière fois qu’ils étaient passé à Montréal, Frànçois & The Atlas Mountains assuraient la première partie de Fauve au Métropolis, au lendemain d’un spectacle extérieur gratuit qui avait attiré sa part de curieux.  Cette fois-ci, donc, on leur a donné un Club Soda à remplir, et c’était peut-être beaucoup demander pour une formation étrangère encore peu connue aussi…

Les absents auront une fois de plus eu tort. La pop onirique, teintée d’influences world variées de Frànçois & The Atlas Mountains est propice à la fête. Leur dernier album Solide mirage a fait l’objet d’une grande part des chansons interprétées, ainsi que le hit La Vérité tôt dans le set

Un spectacle extérieur aurait sans doute obtenu le succès escompté. À considérer pour leur prochaine visite.

La première partie était assurée par Barbagallo, batteur de Tame Impala, dont le projet solo nous laisse un peu perplexe. De bons moments, mais quelques choix de composition un peu étrange, comme cette dernière chanson qui n’en finissait plus de finir… Ça manque de direction artistique tout ça.

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