La musique de STONE - Hommage à Plamondon
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Francos 2018 | Hommages à trajectoires variées pour la clôture

Pour la soirée de clôture de sa 30ème édition, les Francos misaient sur une soirée spéciale. Une belle idée initiale qui s’avérera moins enthousiasmante qu’imaginée, la faute à une dynamique aux trajectoires variées entre un hommage à Plamondon rodé et un autre à Jacques Higelin décousu…


Une température clémente, un soleil radieux… Tous les éléments étaient réunis ce dimanche pour espérer remplir cette Place des Arts qui a vu bon nombre d’artistes performer sur l’imposante scène Bell érigée près du boulevard de Maisonneuve. Mais ce soir-là, l’atmosphère n’est pas aussi électrique que les soirées précédentes. Serait-ce la soirée de trop ? Peut-être. Ou le choix de programmer ces deux spectacles en clôture n’était pas si judicieux quand on observe le succès de Rapkeb Allstarz samedi ou de Daniel Bélanger mardi. Passons.

À l’inverse des autres soirées, aucun autre concert que les spectacles Tombé du ciel – Un salut au grand Jacques Higelin et La musique de Stone – Hommage à Plamondon sont programmés sur les scènes extérieures. L’ambiance est morose, digne d’un lendemain de gros party où l’on regrette déjà la soirée trop arrosée d’hier. La faute aussi à un premier concert interprété maladroitement par Yann Perreau, avant qu’un collectif de femmes interprètent magistralement l’oeuvre de Luc Plamondon sous la direction artistique de Jean-Phi Goncalves.

Ces femmes qui assurent pour Plamondon

C’est avec quinze minutes de retard que le programmateur Laurent Saulnier vient présenter le dernier spectacle de cette 30ème édition des Francos, La musiqude Stone – Hommage à Plamondon. À l’inverse de l’hommage à Jacques Higelin, le public est cette fois-ci au rendez-vous pour ce spectacle à l’entame sobre faite par Martha Wainright sur le titre Le Parc Belmont. Peu de discours entre les morceaux mais une sobriété souvent silencieuse qui suffit à magnifier l’œuvre majuscule de Luc Plamondon qui s’accompagne d’un orchestre de premier choix dont les percussions et cordes dynamiseront les performances artistiques. Le public écoute religieusement tous ces classiques avec grand respect dans une ambiance apaisée, tout à fait contraire au concert d’Eric Lapointe la semaine précédente. Logique.

S’en suivront la belle Monopolis par Gabrielle Shonk, l’intense interprétation aussi haletante qu’angoissante de Betty Bonifassi sur Oxygène, avant que Beyries glorifie Le monde est stone par sa voix vaporeuse. Plus tard, Klô Pelgag s’invitera elle aussi à s’exprimer sur scène au son d’une voix si onirique sur le titre L’Ile aux mimosas. Comme l’est sa robe noire à paillette, la performance de la chanteuse gaspésienne est brillante à l’inverse d’une Catherine Major plus incertaine dans la justesse de sa voix sur Tiens-toi bien. 

Accompagnée de sa guitare et d’un ensemble d’instruments à cordes, c’est plus tard au tour de Safia Nolin de venir sur scène chanter, toujours de cette monocordie malgré tout parfaite, Le blues du businessman. Le moment est solennel et beau. Il justifie les nombreux applaudissements qui suivront sa prestation avant qu’Ariane Moffatt vienne mettre tout le monde d’accord avec sa magnifique interprétation SOS d’un terrien en détresse au son de l’intensité d’un grand tambour japonais.

Jean-Phi Goncalves, arrangeur du spectacle, distillera avant deux dernières chansons quelques belles paroles à l’attention de toutes celles et ceux qui auront apporté leur contribution à la réalisation de ce beau projet initialement présenté dans le cadre d’un spectacle du Cirque du Soleil à Trois-Rivières. Une occasion aussi d’inviter toutes ces femmes sur scène, elles qui ont offert un spectacle grandiose avec des prestations aussi personnelles que touchantes. Un moment émouvant qui verra surgir enfin de la pénombre des coulisses celui qui l’est bien trop souvent en tant que parolier. Luc Plamondon, souriant, viendra embrasser chacune de ces artistes alors que résonnent les dernières notes de L’hymne à la beauté du monde. La beauté de l’instant le sera tout autant.

Décevant hommage à Jacques Higelin

À l’heure où Yann Perreau s’invite sur la scène Bell pour l’entame du spectacle Tombé du ciel – Un salut au grand Jacques Higelin, la foule ne s’est pas autant amassée que pour le spectacle suivant qu’est La musique de Stone. Il faut dire que l’œuvre du défunt rockeur français, au demeurant magnifique, reste encore méconnue chez la plupart des Québécois. En soi, félicitations à Yann Perreau pour son ambitieux projet de faire découvrir à ses compatriotes ce grand nom de la musique francophone décédé en mars dernier. Mais encore faut-il mettre en scène un hommage digne de ce nom. Il n’en fût pas le cas, faute à une maladresse palpable et un surplus de spontanéité qui porta préjudice à la dynamique du spectacle et à Jacques Higelin lui-même.

Le musicien québécois louait la liberté qu’incarnait Jacques Higelin, certes. Il a voulu la transmettre à travers des ré-interprétations et discours improvisés dans ce spectacle qu’il mettait en scène avec les participations notamment d’Hubert Lenoir, Catherine Major ou Anne Frances Mayer des Deuxluxes. Cependant, liberté ne riment pas toujours avec désordre et même si Higelin a goûté durant sa carrière aux drogues mais surtout à l’alcool, cet humaniste ne méritait pas cette image cheap qui lui a été faite dimanche soir. Pas après tout ce riche répertoire musical que le Français a emporté avec lui dans sa tombe et qui restera à jamais dans la postérité.

Yann Perreau, enthousiaste ou peut-être bien alcoolisé, sortait une fiole par ci ou le champagne par là à la mémoire d’Higelin. C’est peut-être une attitude rock mais c’est surtout de l’œuvre musicale dont il est question ici, pas une ode à l’alcool qui dessert grandement Higelin. Et si l’idée de ponctuer les transitions par des citations audio était bonne, la dynamique l’était moins dans un concert dont la préparation semblait bâclée. Des prestations parfois peu émotives au manque de complicité des artistes, la spectacle n’était pas une franche réussite. La preuve : Arthur H, supposément au Festival (il jouait la veille aux Francos), n’est pas monté sur scène pour son père tandis qu’Hubert Lenoir était déjà reparti au moment de saluer le public sur la dernière chanson Tombé du ciel du nom du spectacle. C’est dire. Un Hubert Lenoir chemise ouverte dont il faut d’ailleurs souligner l’excellente interprétation des titres Boxon et Beau beau ou laid durant lesquels il aura captivé le public par ses mouvements et son aura naissante.

Mais l’œuvre d’Higelin est tellement importante et belle qu’il serait aussi idiot de ne pas mentionner des moments qui ont évidemment bien fonctionné durant ce spectacle, à commencer par les sessions acoustiques. C’est paradoxalement dans ces moments plus humbles que l’hommage était meilleur comme avec cet entame de Y’a pas de mot où Perreau distille une voix sage dans un calme ambiant avant de se retrouver en compagnie de Catherine Major pour ce touchant moment sur Cet enfant que je t’avais fait. C’est déjà ça.

 

Liste des titres de La musique de Stone: Hommage à Plamondon 

 

  1. Le Parc Belmont (Martha Wainright)
  2. Monopolis (Gabrielle Shonk)
  3. Oxygène (Betti Bonifassi)
  4. Le monde est stone (Beyries)
  5. Lili voulait aller danser (La Bronze)
  6. Ma mère chantait (Marie-Pierre Arthur)
  7. L’Ile aux mimosas (Klô Pelgag)
  8. Je danse dans ma tête (Marie-Pierre Arthur)
  9. Call girl (Valérie Carpentier)
  10. Tiens-toi ben (Catherine Major)
  11. Le blues du businessman (Safia Nolin)
  12. SOS d’un terrien en détresse (Ariane Moffat)
  13. Le monde est fou (Gabrielle Shonk)
  14. L’hymne à la beauté du monde (Martha Wainright, Gabrielle Shonk, Betti Bonifassi, Beyries, La Bronze, Marie-Pierre Arthur, Klô Pelgag, Valérie Carpentier, Catherine Major, Safia Nolin, Ariane Moffat)

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