La renarde, sur les traces de Pauline Julien
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Francos 2018 | La Renarde, vibrant hommage à la grande Pauline Julien

Beaucoup d’émotion, de solidarité féminine, de questionnement de l’âme devant l’éternel pour la soirée d’ouverture des 30e Francos de Montréal vendredi soir au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, avec un vibrant hommage à Pauline Julien, la passionaria de la chanson québécoise, la Renarde qui, 20 ans après sa mort, ne nous a jamais quittés vraiment.

Elles étaient 10 chanteuses ou comédiennes ou les deux, et quatre musiciennes réunies sur cette vaste scène pour célébrer entre femmes l’héritage immense que nous a laissé l’unique Pauline Julien, une sorcière pas comme les autres, comme aurait aussi bien pu dire d’elle sa grande amie Anne Sylvestre dans sa chanson Une sorcière comme les autres, interprétée pour l’occasion par Fanny Bloom.

La soirée s’était ouverte tout en douceur avec Pascale Galipeau, la fille de Pauline Julien et du comédien Jacques Galipeau, et à ses côtés sa propre fille enceinte, plus solides que tremblantes au micro malgré la forte émotivité ambiante.

« Aujourd’hui, je me sens sur la fine frontière entre l’intime et la vie publique. Je pense à ce que tu représentes, cette espèce de voix profonde d’une espèce de pays » a dit Pascale Galipeau, ajoutant avec son cœur blessé « Oui, ton intensité, nous en avons toujours besoin », parlant aussi de sa générosité la faisant s’arrêter souvent pour donner quelques sous « aux quêteux de la rue Mont-Royal ». Le ton était lancé.

C’est à l’artiste multidisciplinaire Ines Talbi, auteure-compositrice-interprète, que l’on doit l’idéation et la mise en scène de cette soirée incomparablement pleine de vie. Elle s’est d’ailleurs réservée la chanson Mommy, de Gilles Richer et Marc Gélinas, où Pauline Julien entonnait avec force cette petite phrase de résistance : « How come we lost the game? », témoignant de la conscience sociale aiguisée de la chanteuse et de ses racines identitaires.

Avant elle, France Castel a interprété admirablement Je vous aime, écrite avec génie par Réjean Ducharme. Pauline Julien était l’une des très rares relations de cet écrivain fantôme qui nous a quittés abruptement l’année dernière. Ducharme a également écrit pour elle Faudrait, sur une musique de Jacques Perron à qui la chanteuse était fidèle, et qui lui a composé plusieurs titres parmi les meilleurs.

* Photo par Benoit Rousseau.

 

Ines Talbi a interprété en trio avec Queen Ka et Erika Angell la très belle chanson L’étranger, écrite par Pauline Julien qui exprimait déjà avec compassion et inquiétude la peur de l’autre avec ces terribles mots : « On est toujours l’étranger de quelqu’un ».

Des autres chansons écrites par Pauline Julien, Isabelle Blais a donné une très belle version de Litanie des gens gentils, sur une musique de Richard Grégoire, alors que Frannie Holder a chanté Au milieu de ma vie, par Jacques Perron et Gaston Brisson, un autre fidèle, et puis France Castel, divinement, L’âme à la tendresse sur la musique de François Dompierre touchant au plus profond à la mélancolie présente dans toute vie.

La comédienne Sophie Cadieux, que l’on ne savait pas douée pour la chanson, a interprété avec une forte présence en scène As-tu deux minutes?, écrite par Michel Tremblay sur la musique de Pauline Julien, et en duo ensuite avec une autre comédienne ayant une belle voix chantée, Émilie Bibeau, La Grenouille de Raymond Lévesque.

* Photo par Benoit Rousseau.

Parmi les autres moments forts de la soirée, il y a eu La Manic de Georges Dor avec « les rues sales et transversales » de Montréal chantée par Fanny Bloom, Le plus beau voyage de Claude Gauthier par la solide Isabelle Blais, Urgence d’amour par Klô Pelgag, et Croqueuse 222 de Michel Tremblay par le duo savoureux de France Castel et Louise Latraverse pour ce texte qui se termine par « Everybody must get stone ».

Mais la metteure en scène ne s’est pas contentée d’aligner les plus belles chansons de Pauline Julien. Ainsi, ce mélange à quatre voix de textes tirés du recueil La renarde et le mal peigné, qui consiste essentiellement en des lettres enflammées ou porteuses de doute que se sont échangées Pauline Julien et son amoureux de 30 ans de vie commune, le poète, journaliste et homme politique Gérald Godin.

La chanteuse à la crinière de lionne qui a enregistré 23 albums solo et six compilations en plus de 40 ans de carrière, aura aussi été comédienne, entre autres pour Gilles Carle dans La mort d’un bûcheron, et dans cinq autres films. Petite femme de feu, sa fibre nationaliste lui vaudra d’être arrêtée et détenue pendant une semaine en vertu de la Loi sur les mesures de guerre pendant la Crise d’octobre en 1970.

Une Salle Pauline-Julien existe à Sainte-Geneviève, une rue de Montréal porte son nom, une murale à son effigie en mosaïque de céramique signée par Laurent Gascon apparaît au coin des rues Ontario Est et Hogan, et un documentaire de l’ONF sur elle sortira à l’automne. Mais, Pauline Julien nous manque. Il n’y en a pas eu d’autres comme elle. Alors, ces 10 femmes sur scène en ouverture des Francos ont remué beaucoup de choses, surtout quand elles ont scandé haut et fort à la fin du spectacle : « Je suis Québec, morte ou vivante! »

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