Francouvertes
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Francouvertes 2016 | La Famille Ouellette remporte la grande finale !

Rarement au cours des vingt ans d’existence des Francouvertes a-t-on vu une camaraderie entre les finalistes comparable à celle de cette 20e édition qui se concluait lundi soir, au Club Soda. Au final, Mon Doux Saigneur, La Famille Ouellette et Caltâr-Bateau ont tous mis la main sur leur juste part de prix, mais comme il fallait souligner un grand lauréat au terme de cette soirée pour le moins équitable, c’est finalement La Famille Ouellette qui est sorti avec le traditionnel gros chèque. La limonade y était peut-être pour quelque chose…


Parlant de camaraderie, la soirée a débuté en force avec une prestation conjointe de deux porte-paroles qu’on aurait jamais pensé rassembler : le rappeur Koriass et le vétéran punk-rockeur Vincent Peake (de Groovy Aardvark, Aut’Chose et Grimskunk, notamment).  Ensemble, ils ont réinventé Y’a tu Quelqu’un? de Groovy, et les Zombies de Koriass, avec un plaisir fou et un mélange des genres qui donnaient du souffle aux deux.

Caltâr-Bateau suivait, à l’aise dans ses jams indie-prog aux paroles parfois un peu forcées. Mais le plaisir y était. C’était un peu ça, la ligne directrice de cette finale infiniment plus pertinente et divertissante que celle de l’an passé : le plaisir de jouer, de se retrouver ensemble en formation gonflée (de 5 à 8 musiciens par formation) à jouer de la zik par instinct, par nécessité, par plaisir, plutôt que par pression de performer ou d’arriver premier à la ligne d’arrivée.

La chanteuse Alex Guimond a épaté la galerie avec un solo de chant sur fond de blues rock explosif, façon Great Gig In The Sky. Belle finale, toute en puissance, pour une prestation qui n’en manquait généralement pas. On sentait aussi l’autre leader du groupe, Alexandre Beauregard, bien en contrôle de sa troupe, de son chant et de ses interventions très naturelles, drôles et sympathiques. Il s’en dégage une impression d’avoir affaire à une troupe sans complexe ni prétention : juste habitée par une passion évidente de la musique, de la création et de l’amitié musicale presque palpable.

Après Caltâr suivait La Famille Ouellette, formation savoureusement cabotine qui évolue rapidement – on parle ici d’un groupe de chums créé exprès pour Les Francouvertes, ou tout comme. Ils sont aussi drôles, sympathiques, doués avec leurs instruments, adeptes de mises en scène loufoques, et encore une fois, visiblement habités par une envie de faire de la musique pour le fun. C’est beau à voir, et à entendre, même si on ne saisit toujours pas totalement quelle part de leur oeuvre relève de la parodie, du plaisir coupable ou du carrément kitsch.

Après avoir concocté de la sauce à spaghetti pour tout le Lion d’Or en préliminaires, La Famille Ouellette en remettait lors de la finale avec une distribution de pots masson emplis de limonade maison. Verdict gustatif : le jus était à l’image de la prestation, c’est-à-dire pas mal sucré, mais pas assez pour taper sur le coeur en petite dose.

Mon Doux Saigneur fermait la marche. Avec sa formation qui l’appuyait très bien, Emerick St-Cyr est sans contredit le plus « artiste » du lot, celui avec la signature la plus singulière, les textes les plus marquants, même si on comprend désormais qu’il en improvise une bonne partie sur scène, d’une manière presque slammesque. Cependant, en prenant aussi peu au sérieux la forme du concours, il s’est un peu sabordé : on excuse parfois les longues pauses à accorder sa guitare, mais cette fois, c’était un peu trop, au point de tuer tout momentum. Dommage, parce qu’il sort de cette prestation certains des moments les plus intenses et mémorables des Francouvertes, sauf que l’ensemble est trop brouillon et pas assez efficace sur le plan formel pour en faire une prestation à la hauteur des chansons et des talents impliqués.

À l’image de la soirée, les garçons et filles des deux autres formations se sont joints à Mon Doux Saigneur, spontanément, pour un espèce de gros jams / party à la toute fin, parce que… pourquoi pas. Le respect mutuel apparaissait alors plus évident que jamais.

Une heure plus tard – d’ailleurs, ne serait-il pas judicieux de faire jouer les porte-paroles durant cette loooongue période de collection des votes ? – les 17 (on ne les a pas comptés, mais ça ressemblait à ça) potes-musiciens étaient rassemblés sur la scène, côte à côte et récoltaient toutes sortes de prix, participations à des festivals, concerts rémunérés auprès de divers diffuseurs du Québec, alouette.

Et La Famille Ouellette, contre toute attente, rejoignait les Soeurs Boulay, Bernard Adamus, Philippe Brach, Loco Locass et autres Damien Robitaille dans le grand livre des Gagnants (avec un grand G) des Francouvertes.

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