Titans
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FTA 2018 | Titans d’Euripides Laskaridis : Bouffonnerie à la Grecque

Dans la mythologie grecque, les Titans ont été battus par les dieux sur le mont Olympe, régissant dès lors le monde des mortels que nous sommes. C’est de cette évocation pourtant fertile en imagination que le jeune performeur grec Euripides Laskaridis a titré sa pièce Titans que le Festival TransAmériques présente en première à l’Usine C. Mais, ce qui aurait pu être une réflexion poétique sur les origines du monde se transforme ici en une bouffonnerie sans profondeur.

« J’aime les titres qui suggèrent plusieurs sens », nous dit-il dans le programme, ajoutant : « Le titre de la pièce est ironique, parce que nous serons tous remplacés un jour, de la même manière que les dieux ont succédé aux Titans. » On veut bien, mais sa pièce emprunte davantage au burlesque et à la bouffonnerie qu’aux mythes fondateurs et leur influence marquée sur le pouvoir infini de l’imaginaire.

Euripides Laskaridis interprète lui-même le rôle central de cette pièce sans texte. Il n’y a donc pas d’histoire à proprement parler. Son personnage, anthropomorphe, se complaît dans le travestissement grotesque avec une robe bleue grande ouverte à l’arrière, des collants roses, et des souliers jaunes à talons hauts. Affublé de perruques et d’une prothèse lui donnant un long nez pointu, il affiche aussi le ventre rond d’une femme enceinte sans qu’on n’en comprenne la pertinence.

Photo par Julian Mommert

En voulant passer du mythologique au domestique, il évacue la dimension céleste pour la remplacer par la banalité d’une planche à repasser, du geste d’arroser des fleurs artificielles, de passer le balai, quand ce n’est pas de profiter au passage d’une balançoire lumineuse. Ou encore de s’amuser à la transformation de grands panneaux de styromousse qu’il finit par déchiqueter, sans là non plus en dégager le sens.

Davantage loufoque que comique, dans son jeu comme dans son accoutrement, il est secondé sur scène par un personnage tout de noir vêtu et portant une cagoule noire, comme chez les manipulateurs de marionnettes. Sa présence épisodique ne suscite aucune réflexion philosophique non plus, s’avérant même non essentielle à la bonne marche de ce spectacle inclassable.

Jouant la plupart du temps dans la quasi pénombre, ce sont pourtant les éléments lumineux mobiles qui sont les plus spectaculaires dans Titans. Dès le départ, nous sommes sollicités par une longue tige lumineuse qui se déplace à l’avant-scène, et dont l’effet est des plus réussis.

Même chose pour la balançoire éclairée par dessous, et les néons dont la luminosité traverse les parois de styromousse, sachant que la scénographie est conçue aussi par Laskaridis, tout autant que la mise en scène et la chorégraphie.

De ce théâtre d’objets, de sons, et d’ombre, c’est la musique originale et la conception sonore de Giorgos Poulios qui constituent l’autre point fort du spectacle. Un environnement sonore fait de sifflements, de grognements, de vrombissements, de petits éclats de voix haut perchée et de frottements qui font oublier un tant soit peu l’absence de texte et d’une portée narrative même fragmentaire se transformant enfin en émotion, laquelle fait cruellement défaut, et qui justifierait la présence atypique d’une telle performance, bien davantage grotesque que touchante, dans la programmation du Festival TransAmériques.

« Chaque jour est une surprise, dit encore Laskaridis. Nous devons tous trouver un sens à ce qui n’en a pas. »

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