FTA (Festival)
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FTA 2019 | 6 spectacles annoncés qui promettent

Comme quoi le Festival TransAmériques a son lot d’irréductibles, il y avait foule au Monument-National pour l’annonce de six nouveaux spectacles, dont trois créations mondiales, faisant partie de la prochaine édition du FTA qui se tiendra à vive haleine du 22 mai au 4 juin 2019. Les marathoniens habituels de shows de danse et de théâtre, parmi ce qui se fait de meilleur au monde, ont très hâte.

On savait déjà que le spectacle d’ouverture du 13e FTA sera une œuvre fleuve de quatre heures de Wajdi Mouawad, Tous des oiseaux. Une grande fresque théâtrale, comme le directeur du Théâtre national de la Colline à Paris en a le souffle ardent, si l’on se fie à ses créations précédentes, dont le cycle du Sang des promesses au FTA de 2010.

Ancrée au Proche-Orient, Tous des oiseaux fait se croiser le destin amoureux impossible entre une jeune Arabe et un Israélien en plein cœur du conflit israélo-palestinien. Jouée en arabe, en hébreu, en allemand et en anglais avec des surtitres en français, la pièce pour neuf comédiens s’annonce événementielle.

Martin Faucher, directeur artistique du festival, a déclaré en amorce:

Le FTA est une formidable aventure collective dont vous faites tous partie. Le monde change à une vitesse folle, et paraît aller dans une direction inquiétante. Derrière ce vent se cachent des mots, et l’impératif qui me hante et m’inspire cette année est sortir de soi. C’est le leitmotiv qui traversera toute la programmation.

Martin Faucher, qui parlait ensuite de Tous des oiseaux comme « une puissante aventure théâtrale », n’était pas peu fier de souligner un fait exceptionnel au FTA, à savoir que les billets individuels pour ce spectacle prometteur se sont déjà tous envolés. Mais une réserve a été prévue pour les acheteurs de forfaits à partir du 19 mars, lors du dévoilement à la SAT à 19h de l’ensemble de la programmation.

Photo par Maude Chauvin

Des oeuvres venues de loin

Pour l’heure, nous avons appris que pour une première fois en Amérique du Nord, viendront le chorégraphe burkinabè Serge Aimé Coulibaly et ses sept danseurs avec Kalakuta Republik. Le spectacle, nourri au temple de l’afrobeat, s’énonce à travers la figure mythique du musicien Fela Kuti, emblème nigérian des luttes contre le pouvoir et les rouages politiques corrompus.

« Un chorégraphe à découvrir de toute urgence », disait Martin Faucher qui a vu le spectacle deux fois, soit au Cloître des Carmes à Avignon et dans une salle à Nantes. Il a ajouté : « C’est un spectacle éminemment libérateur, et qui appelle à un changement de point de vue sur l’Afrique actuelle. »

* Photo par Sophie Garcia.

Autre événement de taille, sera la création de Soifs Matériaux  réunissant la grande écrivaine Marie-Claire Blais aux rigoureux metteurs en scène à succès Stéphanie Jasmin et Denis Marleau. Ce dernier a adapté Soifs, le premier roman d’un cycle d’écriture qui en compte dix, dont il a également extirpé certains des 250 personnages du cycle, oscillant entre l’infiniment intime et les grands enjeux communs de notre époque.

Mais comment théâtraliser la prose de Marie-Claire Blais? « La même question s’est posée quand j’ai monté Maîtres anciens de Thomas Bernhard, à savoir comment restituer ce souffle?, répond Denis Marleau. La dimension théâtrale existera de par le dispositif scénique fluide, et dans l’incarnation, le jeu de mise en abîme, que vont insuffler les acteurs. C’est un travail considérable, une langue absolument sublime qui demande beaucoup d’attention. »

Ils seront 28 artistes sur la brèche, incluant les musiciens Philippe Brault, Jérôme Minière et le Quatuor Bozzini qui sera présent sur scène pendant toute la représentation. Les deux Cadieux, Anne-Marie et Sophie, Jean-François Blanchard, Dominique Quesnel, Christiane Pasquier et Emmanuel Schwartz témoignent de l’ampleur de la distribution. « C’est l’aventure de création la plus ambitieuse que le FTA a connue jusqu’à maintenant », n’a pas manqué de souligner Martin Faucher, ajoutant qu’une rencontre publique est prévue avec Marie-Claire Blais.

Création mondiale aussi pour la chorégraphe québécoise de renom Danièle Desnoyers et ses sept danseurs avec Unfold / 7 perspectives où se mêleront dans un climat d’apocalypse des moments de douceur et de sensualité, vibrant à la musique indie rock de Ben Shemie (leader du groupe Suuns). Danièle Desnoyers a expliqué que son œuvre fait référence à « un mouvement constant entre une forme d’ouverture et de renfermement. Le texte est très présent. J’ai voulu mettre du sable dans l’engrenage en m’intéressant aux troubles du langage qui se répercutent dans tout le corps, le corps étant mon matériau premier », disait la chorégraphe. Son spectacle sera présenté à l’Édifice Wilder.

Une intrigante production du collectif allemand Rimini Protokoll s’intéressera à la descendance familiale, 60 ans plus tard, des révolutionnaires cubains ne sachant pas encore qu’ils allaient remplacer une dictature par une autre. Granma. Trombones de La Havane sera mis en scène par Stefan Kaegi, chef de file de la scène contemporaine en théâtre documentaire et participatif. Le trombone est l’un des instruments principaux des nombreuses fanfares militaires qui jouaient des airs patriotiques partout sur le territoire cubain, comme moyen de propagande du régime castriste. Le spectacle, en langue espagnole avec surtitres, sera créé à Berlin en mars prochain, pour ensuite se déplacer en Suisse et en Italie avant d’arriver à Montréal pour être présenté au Monument-National.

* Photo par Stefan Kaegi.

Enfin, l’iconoclaste Christian Lapointe viendra offrir Constituons!, un défi tous azimuts qui lui ressemble, résultat de trois ans de recherches et de participants s’employant à écrire la constitution manquante du Québec. Seul en scène au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, Christian Lapointe entend redonner au théâtre sa fonction d’agora populaire. Mais comment rendre théâtral un sujet qui l’est si peu? « La question qui vient avec ça, c’est qu’est-ce que le théâtre? Quelles sont les limites de la forme théâtrale? », répond celui qui a lu Tout Artaud jour et nuit à La Chapelle Scènes Contemporaines durant le FTA de 2015.

« Nous avons besoin d’aventures démesurées, nous sommes un peuple de créateurs assoiffés de paroles scéniques inédites. Rompre, briser ce qui a été pour trouver du nouveau, se mettre en danger, s’aventurer dans de nouveaux sentiers, se perdre, risquer l’inconnu, c’est cette pulsion vitale que tout créateur ressent à un moment ou à un autre de son parcours artistique », concluait Martin Faucher en rappelant la date du 19 mars, comme prochain rendez-vous d’annonce de la programmation complète du 13e Festival TransAmériques.

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