Festival Transamériques
Nouvelle Publié le

FTA 2019 | Un conseil : arrivez tôt!

L’annonce de la programmation complète du prochain Festival TransAmériques vient d’être faite par son directeur artistique des cinq dernières éditions, Martin Faucher. Et le banquet, particulièrement copieux cette année, nous réserve 23 spectacles de danse et de théâtre contemporains, dont 9 premières mondiales et 11 premières nord-américaines, provenant de 12 pays et prévus pour 13 lieux de diffusion à Montréal. Il faut s’y prendre rapidement, car les billets s’envolent vite.

Le 13e FTA, qui se tiendra du 22 mai au 4 juin, est placé sous le thème « Sortir de soi », comme dans un constat du monde appelant le changement, quand ce n’est pas la révolte. « La stagnation n’est plus possible, disait Martin Faucher. Un grand souffle doit nous traverser de part en part afin de vraiment accéder à l’Autre ».

On savait déjà que le spectacle d’ouverture, Tous des oiseaux, du petit génie de la scène qu’est Wajdi Mouawad, allait lancer les dés avec une puissante fresque de quatre heures à sa manière, s’articulant autour du conflit israélo-palestinien. Une production très attendue du théâtre national La Colline que l’artiste d’origine libanaise dirige à Paris. Les neuf comédiens bigarrés joueront en allemand, en anglais, en arabe et en hébreu, avec des surtitres en français au Théâtre Jean-Duceppe.

Autre monument et objet de toutes les spéculations positives, Soifs Matériaux sera présenté en première mondiale au Théâtre Espace Go par la compagnie UBU de Denis Marleau et Stéphanie Jasmin. En metteur en scène chevronné, qui nous a éblouis dans tant d’autres productions déjà, Marleau a accompli le travail colossal d’adapter pour la scène l’œuvre de l’écrivaine Marie-Claire Blais. « Soifs Matériaux est la plus imposante création québécoise que le FTA ait présentée, même du temps des spectacles-fleuve de Robert Lepage au Festival des Amériques », disait Martin Faucher sur un ton réjoui.

Denis Marleau, qui ne sait pas encore si le spectacle fera 4 heures ou 4 heures et demie, reste en droite position même en plein travail avec ses 25 interprètes, dont les comédiens Jean-François Blanchard, Anne-Marie Cadieux, Christiane Pasquier, Dominique Quesnel, Sophie Cadieux, Monique Spaziani et Emmanuel Schwartz, pour ne nommer que ceux avec qui il a déjà travaillé. Les musiciens Philippe Brault, Jérôme Minière et le Quatuor Bozzini sont aussi de la périlleuse aventure.

« Le travail progresse, disait Denis Marleau. On est en répétition huit heures par jour pour venir à bout des 40 tableaux de la pièce, en plus des trames visuelles et musicales. Et on continue la sculpture du texte. Parfois, on se retrouve devant une phrase dont le déroulé s’étend sur 14 pages. C’est d’une écriture extrêmement complexe, avec une cascade d’apparitions, fantasmatiques ou réelles, et d’autres personnages qui s’entrelacent. Tout cela vient de la tête de Marie-Claire Blais », ajoute-t-il avec une admiration et une ferveur à toute épreuve.

* Soifs Matériaux. Photo par Stéphanie Jasmin.

 

Nigéria et Cap-Vert à l’honneur

En danse, c’est le chorégraphe du Burkina Faso, Serge Aimé Coulibaly, qui partira le bal avec Kalakuta Republik. Une œuvre réunissant sept danseurs autour de « la marche des peuples », à travers la figure mythique de Fela Kuti, chanteur engagé et musicien d’origine nigériane qui fut arrêté déjà pour possession de cannabis. C’est lui qui dans les années 70, a été considéré comme l’initiateur de l’afrobeat.

* Kalakuta Republik. Photo par Sophie Garcia.

La folie et l’exubérance de la chorégraphe capverdienne Marlene Monteiro Freitas seront de retour au FTA, cette fois avec Bacchantes – Prélude pour une purge, une œuvre conçue pour 13 danseurs et musiciens qui promettent de nous en mettre plein la vue et les oreilles au Monument-National. Ce « concert halluciné pour corps et instruments », où tout sera permis, se situe entre la fanfare pétaradante carnavalesque et la fable dadaïste.

De nouveaux territoires géographiques seront explorés, souvent pour une première fois en Amérique du Nord. C’est le cas entre autres du Sud-Coréen Jaka Koo avec Cuckoo, de l’artiste du moment en Pologne, Anna Karasinska avec Fantasia où les six comédiens jouent sans aucun texte, du Sud-Africain Steven Cohen avec Put Your Heart Under Your Feet… and Walk! qui est un poème funèbre aux rituels extrêmes, du chorégraphe de Beyrouth Ali Chahrour avec May He Rise and Smell the Fragrance, entre profane et sacré, ou encore de l’Iranien Sorour Darabi avec Savusu, chacun intimement lié à l’exercice de son art repoussant toute limite.

Mais plusieurs signatures fortes encore sont québécoises. Qu’on pense à un inclassable impénitent comme Christian Lapointe et le résultat de sa folle enquête de terrain pour Constituons!, à Dana Michel avec son CUTLASS SPRING, « au pays de la sexualité » et de la libération du corps, au premier solo déjanté de Frédérick Gravel avec sa guitare pour Fear and Greed, à Clara Furey dirigeant la comédienne Céline Bonnier en un solo hommage à Steve Reich pour Rather a Ditch, au retour attendu de Danièle Desnoyers qui avec sa compagnie Le Carré des Lombes viendra tester la résistance du corps avec Unfold – 7 perspectives. Et enfin, deux rappels : L’affadissement du merveilleux de Catherine Gaudet, et Hidden Paradise de Marc Béland et Alix Dufresne.

 

 

Au-delà des spectacles en salles

Le FTA, c’est aussi Les terrains de jeu ouverts à tous pour fins de discussion et de partage, les rencontres au QG, les Cliniques dramaturgiques orientées vers les artistes et les professionnels des arts de la scène, et même une série de six films en écho à la programmation présentée à la Cinémathèque québécoise. Sans oublier un grand spectacle extérieur gratuit, Innervision, où Martin Messier dirigera sur la Place des Festivals une meute de 60 danseurs professionnels « dans un grand ballet de fin du monde ».

Sans oublier également une performance-installation, This Time Will Be Different, conçue par deux artistes issues des Premières Nations, Lara Kramer et Émilie Monnet qui seront du nombre des six interprètes. Dans un geste de dénonciation du statu quo envers l’affirmation des peuples autochtones au Canada, elles proposent une cérémonie performative de réconciliation dans ce « lieu décolonisé » que deviendra alors le Studio du Monument-National.

Le monde est en profond changement. Ça ne fonctionne plus. Mais, il se trouve des artistes dont la parole est inspirante, ou dérangeante, ou critique de ce monde qui ne peut plus rester comme il est. Sinon, nous allons tout perdre. Le Festival TransAmériques de cette année vient témoigner de ce souffle-là, qui est plus que jamais essentiel.

– Martin Faucher

Événements à venir

Vos commentaires