Gauthier Dance
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Gauthier Dance à la Place des Arts | Une première à Montréal pour le Québécois Éric Gauthier

Une sorte d’allégresse allant jusqu’au bonheur se fait sentir entre les murs du Théâtre Maisonneuve pour la toute première visite de la compagnie fondée à Stuttgart par Éric Gauthier il y a 12 ans. Originaire de Montréal, formé à l’École des Grands Ballets Canadiens et à l’École nationale de ballet du Canada à Toronto, Éric Gauthier a répondu avec la témérité de sa jeunesse à l’offre de rejoindre le Ballet de Stuttgart en 1996, où il deviendra soliste en 2002. Et ceci explique cela.

Éric Gauthier se donnait deux ans à passer en Allemagne. Mais le danseur et chorégraphe y réside plutôt depuis 22 ans. Marié à une Allemande et père de trois enfants, il est devenu une figure de proue dans le circuit des grands en danse en Europe et à l’international, tout en restant pratiquement inconnu dans son pays d’origine. Ce sera donc chose faite, grâce à l’initiative de Danse Danse qui ouvre ainsi avec une soirée absolument exceptionnelle sa 21e saison à la Place des Arts.

Pour bien marquer le coup, Éric Gauthier, 41 ans, a réuni autour de lui quatre chorégraphes contemporains, avec quatre courtes pièces inédites aux styles très différents, et d’une énergie formant au final un tout complémentaire. Lui qui a dansé sur des œuvres de John Neumeier, Jiri Kylian, Nacho Duato, James Kudelka et surtout William Forsythe, s’est donné très tôt la mission de faire connaître et aimer la danse.

La soirée s’ouvre avec Beating de la Québécoise Virginie Brunelle, une création poétique pour 10 danseurs dans la lignée de ses œuvres précédentes, qu’on pense à Foutrement, Le complexe des genres, PLOMB ou plus récemment À la douleur que j’ai. Celle dont on parle comme d’une alchimiste sensible, fusionnant librement les disciplines, jusqu’à maltraiter à sa guise des emprunts à la danse classique, entraîne le spectateur à réfléchir aux battements du cœur en tant que leitmotiv de toute vie. La jeune chorégraphe vient ici faire la preuve qu’elle a l’étoffe des grands.

Suivra We Love Horses dont la chorégraphie et la scénographie sont signées Helena Waldmann, une artiste allemande réputée  vivant à Berlin, et qui a causé moult remous avec son BurkaBondage où elle opposait le voile islamique au bondage japonais. Ayant frayé avec le milieu du théâtre, elle est reconnue pour ses prises de position où le politique rencontre l’art sous de multiples formes innovantes.

Cette fois encore, elle crée l’étonnement avec son personnage haut perché dont l’habillement inclue les jarretelles noires d’une maîtresse de donjon maniant le fouet avec contentement envers les autres danseurs. D’une esthétique qui n’est pas sans rappeler celle des œuvres de Marie Chouinard, Judith Adam a conçu des costumes hallucinants.

Ainsi, des prothèses bien rondes viennent bomber le fessier des danseurs, pour en avoir plus à fouetter, ce qui donne à cette chorégraphie sensationnaliste une couleur sado-maso inquiétante, comme dans un processus de domestication de l’être humain, du moins de ce qu’il en reste.

 

Dans les traces de Pina Bausch

« Pina Bausch est à la base de toute la passion que j’ai développée pour la danse » dit le chorégraphe allemand Marco Goecke en préambule de son solo Infant Spirit. Né à Wuppertal en 1972, berceau de la compagnie de Pina Bausch, grande prêtresse de la danse contemporaine qui nous a quittés en 2009, non sans avoir réalisé le rêve de toujours du jeune chorégraphe en l’invitant à signer deux œuvres en 2004, Marco Goecke aura créé plus de 60 chorégraphies dans les plus prestigieuses compagnies de la planète danse. En 2015 d’ailleurs, il était venu présenter à Montréal sa pièce Spectre de la Rose sous l’égide toujours de Danse Danse.

Dans son solo, inspiré des souvenirs de sa jeunesse à Wuppertal, il déploie ce langage gestuel complexe qui a fait sa renommée. En partie sans aucune musique, court mais intense, le solo du danseur Rosario Guerra, vêtu d’un veston sans chemise en-dessous, nous transporte entre nostalgie et actualité avec une belle maîtrise assurée.

En fin de programme, Éric Gauthier et son acolyte crétois Andonis Foniadakis proposent Electric Life, en déployant 11 des 16 danseurs de la compagnie. L’œuvre se veut un hommage à notre légendaire Louise Lecavalier qui, même à 60 ans, danse encore sa vie comme aux beaux jours de La La La Human Steps.

Gauthier avait 14 ans quand il a découvert les vrilles électrisantes de l’égérie rockeuse d’Édouard Lock. Aussi, la musique de David Bowie s’imposait pour évoquer la relation très particulière entre le chanteur et la danseuse qui performe dans son vidéo clip Fame 90. Les tiges verticales de lumière blanche entre lesquelles se déploient les danseurs font vraiment d’Electric Life le clou de la soirée.

Ce spectacle enlevant de la troupe Gauthier Dance // Dance Company Theaterhaus Stuttgart se déplacera ensuite au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke le 6 novembre, au Théâtre Hector-Charland de L’Assomption le 8, et au Grand Théâtre de Québec le 13, ralliant les fervents du meilleur en danse moderne qui feront, comme à Montréal, la découverte surprenante de cet artiste d’exception que s’avère être Éric Gauthier enfin chez lui.

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