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Grands Ballets Canadiens | Roméo & Juliette dépasse la danse

L’année 2017 sera marquée par les 60 ans des Grands Ballets Canadiens de Montréal et c’est avec une saison poétique et variée que l’on pourra célébrer cet évènement marquant. Forte de ce message, c’est avec le grandiose Roméo & Juliette chorégraphié par Jean-Christophe Maillot sur une musique de Prokofiev que la compagnie a ouvert sa saison jeudi soir à la Place des Arts.

Très attendus, les danseurs des Grands Ballets n’ont pas déçu et ont relevé haut la main les divers défis que représente cette oeuvre. Créée le 23 décembre 1996 par les Ballets de Monte-Carlo dont Mr. Maillot est le directeur depuis 1993, la chorégraphie demande aux danseurs non seulement une technique précise mais aussi un jeu d’acteur très approfondi. Il ne s’agit pas de simplement jouer le personnage incarné mais d’être lui et de le ressentir de manière totale.

Au répertoire de la compagnie montréalaise depuis 2004, Roméo & Juliette est toujours assuré de remporter un vif succès auprès du public puisque tous les éléments pour en faire un chef d’oeuvre y sont réunis. Ce sont donc sur les danseurs que repose la plus lourde et délicate tâche : celle de rendre à la pièce sa transparence honnête et sa douceur touchante.

Photo par John Hall.

Photo par John Hall.

Adoptant le point de vue de Frère Laurent qui assiste, impuissant, aux tragiques évènements de l’histoire que nous connaissons tous, Maillot nous emmène dans un monde où l’humour et le drame se côtoient sans cesse. La chorégraphie est à la lisière entre plusieurs univers et ne peut être qualifiée de moderne ou contemporaine. Une grande partie est laissée à l’aspect gestuel que le public peut déchiffrer même s’il n’en est pas un fin connaisseur.

Comme dans toutes ses créations, le chorégraphe nous propose une humanité revisitée mais toujours imagée, gracieuse, parfois sombre et puissante. Dans Roméo et Juliette surtout, les interprètes ne doivent plus être de simples danseurs mais sont tenus de devenir entièrement leur personnage.

Cohésion remarquable des danseurs

En ceci, la performance a été remarquable jeudi soir car nous avons pu voir que le ballet prenait vie devant nous. Les danseurs se sont tout particulièrement dépassés et une véritable cohésion entre eux s’est mise en place dès le début. Naviguant entre poésie, puissance, légèreté et prestance, ils ont tous été convaincants.

Photo par John Hall.

Photo par John Hall.

Le couple formé par Christie Paterlow (Juliette, gracieuse et aérienne) et Troy Herring (Roméo, spontané et désinvolte) ont été touchants de sincérité en amoureux déchirés, offrant une interprétation pleine de fraîcheur et de fougue due à leur jeunesse. Vanesa G.R. Montoya (Lady Capulet, première soliste) fut éclatante dans son rôle de mère à la fois protectrice mais aussi séductrice. Stephen Satterfield campa un Tybalt à la fois impressionnant, jaloux et intimidant. Hervé Courtain (Frère Laurent, premier soliste) fut absolument poignant dans son rôle de spectateur désarmé.

De manière générale, tous les autres danseurs de la distribution ont été pertinents et ce, même dans les seconds rôles et dans le corps de ballet. On retiendra une danse sans superficialité et sans masque de la part de tous et c’est là le plus important.

Musicalement digne de Prokofiev

La pièce de Maillot s’appuie sur la sublime musique de Sergueï Prokofiev composée en 1935 qui est toujours familière à nos oreilles (cf. la célèbre Danse des Chevaliers) et l’Orchestre des Grands Ballets sous la baguette de Florian Ziemen a interprété la partition avec beaucoup de caractère.

On pouvait également compter sur les décors d’Ernest Pignon-Ernest et les costumes de Jérôme Kaplan, tous d’origine, pour servir l’oeuvre. Très épurés, ces derniers permettent une utilisation maximale de la scène tout en restant efficaces. Si l’on devait trouver un petit défaut à la production, on pointerait une légère défaillance dans certains costumes désirés par Maillot qui pourraient être révisés afin de ne pas tomber dans le cliché. Malgré tout, ils reflètent la lecture sincère recherchée par l’oeuvre et que les danseurs ont retransmis avec justesse.

Roméo & Juliette est donné au Théâtre de Maisonneuve à la Place des Arts jusqu’au 28 octobre avec deux distributions différentes. C’est un choix sûr pour les derniers réticents afin de découvrir cette oeuvre définitivement acceptée comme l’un des plus beaux ballets du 20ème siècle.

Photo par John Hall.

Photo par John Hall.

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