Hamlet Director's Cut
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Hamlet_Director’s Cut à La Chapelle | Marc Beaupré crée la surprise

Mine de rien, cet ambitieux spectacle en un solo intimiste avec le comédien Marc Beaupré investi des personnages shakespeariens inépuisables d’Hamlet, est en train de créer l’événement, au point où s’ajoutent des supplémentaires au petit Théâtre La Chapelle.

Marc Beaupré est seul en scène, mais la pièce adaptée en toute liberté à partir de la traduction de Jean-Marc Dalpé, a été construite, mise en scène et scénographiée avec son précieux acolyte François Blouin, réalisateur et metteur en scène avec qui il a fondé la compagnie Terre des hommes.

Leur collaboration a donné dans un passé récent Caligula_Remix, une œuvre mi-chorale mi-théâtrale orchestrée par un DJ, très bien reçue par la critique et le public, de même que Dom Juan_uncensored, retransmis en parcelles en direct sur Twitter. Et le tandem, deux amis d’enfance dans la vraie vie, travaille en ce moment sur un autre grand classique en déconstruction, l’Iliade_showdown d’après Homère, avec 10 comédiens soutenus par des scansions musicales prépondérantes.

Que ce soit chez Molière, Camus, Shakespeare ou Homère, les personnages principaux ont le dos large, véhiculant un tel ressort dramatique que leur appropriation et les propositions d’écritures scéniques radicales à partir d’eux ne font que les magnifier. Ici, c’est toute l’envergure de la folie feinte d’Hamlet qui se retrouve sous le thème de son père le roi, assassiné par son frère Claudius, donc par l’oncle d’Hamlet qui sitôt après le meurtre s’accoquine avec la reine veuve, donc la mère d’Hamlet. « Un malheur au-delà du malheur », dira-t-il pour que la tragédie soit complète.

Les concepteurs ont choisi de faire évoluer le comédien derrière une tulle frontale sur laquelle se déforment des silhouettes en captures de mouvements lumineux repris par Marc Beaupré avec un tel synchronisme qu’ils se confondent.

Outre son rendu scénique, il faut souligner la puissance vocale avec laquelle le comédien rend ces personnages, que ce soit Polonius, Laërte, Ophélie, Claudius et même Oedipe. Marc Beaupré, vêtu d’un genre de tunique sombre, pieds nus, habite son corps, bouge bien, et l’affirmation de sa voix chaude captive le spectateur dès la première réplique.

Ce Hamlet postmoderniste, issu d’une pièce de quelque 30 personnages qui a traversé quatre siècles, se voit ici condensé à rebours : le meurtre fratricide et l’adultère, le désir de venger son père, la quête du pouvoir, le doute et la folie. Placé devant sa pièce ainsi trafiquée par le numérique et le corps spectral d’un seul acteur, Shakespeare aurait sûrement aimé.

* Photo en entête par Benoit Beaupré.

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