Heavy Montréal
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Heavy Montréal 2018 – Jour 1 | Stoner, blues, pirates et tonnerre

Une journée marquée par l’orage qui a viré Marilyn Manson pour faire apparaître Emperor dans la nuit. Rob Zombie sous la lune, le canard géant de Alestorm, la forêt remplie pour Napalm Death, la claque de Jungle Rot, et le succès des groupes down-tempo.


Le retour du rendez-vous métallique

S’étant finalement remis de Five Finger Death Punch, le Heavy Montréal était de retour sur l’île Saint-Hélène après une année (black) sabbatique. Un nouveau site emprunté à Osheaga : l’accès entre les scènes est plus long que sur les éditions précédentes, mais pour une fois, le trafic est fluide à l’entrée.

On ouvre sur la scène du jardin et non pas Desjardins, c’est les locaux de Burning The Oppressor qui ont la tâche difficile de briser la glace à 13h avec un son pas terrible. Mais on voit que les gars ont du métier et donnent tout ce qu’ils ont, faisant trembler les arbres avec leur screamo-core parfaitement maitrisé.

La grande scène Heavy est baptisée par Pallbearer dont la musique est aussi écrasante que la chaleur du début d’après-midi. Il est beaucoup trop tôt et clair pour  du doom, mais leur son est excellent et leurs guitares tranchent la foule à coup de gros riffs pesants. Si on s’approche suffisamment, on plonge dans leur transe et on se surprend à trouver leur set court.

* Photo par Thomas Mazerolles

Retour côté jardin pour une leçon en puissance de death metal à l’ancienne avec les vétérans de Jungle Rot. La claque. C’est lourd, un son massif et des gros riffs accrocheurs qui te retournent la tête, provoquant un des plus gros circle pit de la journée. Le death metal aura beau se perdre et dériver dans d’autres styles, jamais il n’égalera l’efficacité redoutable de ses racines old school, et Jungle Rot en est l’incarnation parfaite. Direct et sans détour avec de bons passages thrash qui saccagent la forêt. On en aurait pris plus.

Sur la grande scène Apocalypse, une rescapée des années 80 fini son concert devant un parterre peu rempli. Dommage car Lee Aron est toujours bien jolie et donne une superbe énergie, telle une Joan Jett version hard rock 80s, entourée d’excellents musiciens.

* Photo par Jesse Di Meo.

C’est ensuite tout un parcours et bien des escaliers pour rejoindre l’autre grande scène Heavy où se produit ce qui est certainement un des meilleurs groupes de hard rock que la province ait connu. Sword excelle dans la qualité de ses riffs de guitares inspirés, porté par le remarquable Mike Plant. En véritable David Lee Roth québécois, Rick Hugues captive le public nombreux du bout de ses envolées lyriques. Sword dévoile en exclusivité un extrait de d’un prochain album, un grand retour après plus de trente ans d’absence. Les gars se font tellement plaisir qu’ils manquent un peu l’intro de F.T.W., leur super classique qui clôt leur set en beauté. Un groupe qui mérite plus de reconnaissance.

Le site commence a être bien rempli et les files d’attentes se font longues alors que Baroness attaque la scène Apocalypse. Dans le genre, ils montent la barre un peu au dessus de Pallbearer, avec encore un son énorme qui met en valeur leurs guitares pesantes, mais chaleureuses à souhait. L’occasion aussi de découvrir leur nouvelle et excellente guitariste Gina Gleason, qui a notamment joué avec Smashing Pumpkins. Belle prestation.

* Photo par Thomas Mazerolles.

Il est alors temps de s’enfoncer dans la forêt pour aller trouver un peu la perle rare de l’après-midi : Witchcraft. Un groupe suédois sortir d’un vortex temporel qui nous ramène aux années 70. Un son rafraichissant, très bluesy, trois guitares et des riffs harmonisés, une bonne voix et un ensemble plutôt stoner avec des passages planants, des solos au bottleneck : le tout est envoutant. Mine de rien, les Suédois approche les vingt ans d’existence. « Revenez dans une plus petite salle ! », hurle un spectateur très pertinent, car le groupe serait plus mis en valeur que lorsque les présentateurs de Heavy Mania font leur pub entre les morceaux…

 

Métal pirate

Le soleil est bas, et il est temps de remplir son verre pour le meilleur groupe d’apéro de la journée : les pirates de Alestorm. On aime ou on n’aime pas, mais si Alestorm ne t’arrache pas un sourire c’est que tu es mort à l’intérieur. Leurs joyeux hymnes à boire et faire la fête s’enchaînent et mettent le feu à une foule immense, imbibée et heureuse. Mixant mélodies folkloriques des tavernes jouées au keytar avec des guitares métal, ils nous entraînent  au bout de la planche de leur bateau pirate. Le canard gonflable géant est jeté dans la foule comme à chaque concert, confirmant que Alestorm doivent maintenant avoir un budget canard. Leurs mélodies résonneront jusque tard dans la nuit et dans le métro où un spectateur imbibé chante une version francophone hilarante de leur tube : « On est là, pour boire ta bière ! » Avis aux groupes d’ici, super idée de reprise !

* Photo par Thomas Mazerolles

Retour dans la forêt pour une légende vivante increvable : Napalm Death. Un mur de son écrasant avec la brutalité du grindcore, la crasse du punk hardcore et la hargne d’une voix engagée. Car oui Napalm Death ce n’est pas juste des agressions soniques de 40 secondes, c’est aussi  des textes avec une conscience pour ne pas s’endormir dans le monde absurde et corrompu qui nous entoure. Toujours très humble et remerciant le public sans cesse, Barney mène sa bande avec ses performances toujours aussi intenses, alors que Shane est un des bassistes du genre les plus impressionnants à regarder. Plus de trente ans d’existence et des morceaux plus vieux qu’une bonne partie du public, incluant la reprise des Dead Kennedys, Nazi Punks Fuck Off. Le concert le plus populaire de la journée sur cette scène.

Il commence a y avoir beaucoup de monde vers les grandes scènes. Les photographes s’en donnent à cœur joie pour attraper le soleil couchant dans les jets d’eaux de la fontaine où se rafraîchissent les festivaliers.  Underoath c’est surtout un beau blond qui ravi les fans féminines, et qu’on aime ou pas le genre, les gars font ça depuis 1997, avant que le métal-core soit cool, et l’expérience parle toujours, ça joue bien.

* Photo par Jesse Di Meo

La scène de la forêt accueille alors les très attendus Red Fang. Phénomène des dernières années, les maîtres du stoner et de la Pabst savent envoyer des riffs qui te font bouger la tête sans cesse. Le quatuor de Portland impressionne dans son attitude nonchalante mais sa maîtrise et conviction musicale. Comme dans l’excellent Wires (et un des meilleurs clips au monde) et son pont, suspendu qui plane dans ce riff interminable en boucle avant de retomber en puissance. Remarquable.

 

Les têtes d’affiche (et un orage surprise)

La foule est immense et assez gothique du côté de la grande scène Heavy puisque c’est Marilyn Manson en personne qui se roule parterre. A presque cinquante ans le prince des ténèbres gueule toujours bien et arrive encore à avoir l’air un peu fou, même si on est bien loin de la débauche blasphématoire et provoc des années Antichrist Superstar. Même niveau scénique et décors, on a vu mieux de sa part. Mais pas besoin de forcer quand on est Marilyn Manson et qu’on chante Sweet Dreams.

* Photo par Jesse Di Meo

Mais c’était sans compter sur dame nature qui trouve Manson vraiment nul et lui envoie un orage sorti de nulle part sur la gueule pour qu’il écourte son concert.  Et s’abat une pluie diluvienne sur les festivaliers. Le moment des nouvelles amitiés qui se créent sous les arbres où on se réfugie. Le tonnerre gronde, puis enfin, la nuit est là, noire et humide, et la lune est immense soudainement. Elle brille comme l’étendard de Emperor qui s’illumine sur la scène de l’apocalypse. Le déchainement des éléments était-il finalement une invocation des black-métalleux norvégiens ?

« Une coïncidence ? Je ne pense pas. » déclare Ihshan. Des milliers de fidèles sont rassemblés pour assister à la première performance d’Emperor en sol québécois depuis dix-neuf ans. Certains gens ont voyagé de loin pour ce spectacle qui voit les Norvégiens jouer l’intégralité de l’album culte Anthems To The Welkin At Dust. Un monument de black métal symphonique, interprété dans un spectacle plutôt grandiose avec un superbe son. Certes Ihshan n’est plus très diabolique avec son look propre à lunettes, mais son exécution est remarquable, tout comme celle du reste de sa troupe. Les moments forts : The Lost and Curse Of Reverence, et en fin de concert, un titre qui n’est pas sur le dit album mais qu’Emperor était obligé de nous donner : le mythique I Am The Black Wizards, qui finit de nous clouer dans la boue. Mythique.

* Photo par Thomas Mazerolles

Et c’est Rob Zombie qui conclue cette première soirée en prouvant qu’à 53 ans il est toujours une bête de scène, et surpasse même son Evil Twin, Mr. Manson. Restant dans son univers de films d’horreur et envoyant du gros son industriel, Rob Zombie emporte ses fans avec des hits comme Living Dead Girl ou Never Gonna Stop. Il faut aussi dire qu’il a volé le guitariste John 5 à Manson, donc  il y aussi du spectacle et du gros son côté six-cordes. Il remplit toujours avec pas mal de reprise, donc School’s Out de Alice Cooper et une version bizarre de Helter Skelter des Beatles avec Marilyn Manson qui le rejoint sur scène, alors qu’explose les feux d’artifices de l’autre côté de l’île, synchronisés dans un heureux hasard avec la fin du spectacle.

* Photo par Thomas Mazerolles
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