Hosanna
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Hosanna de Michel Trembaly In English au Théâtre Centaur | Pari réussi !

Hosanna a été créée au Théâtre de Quat’Sous en 1973 dans une mise en scène d’André Brassard. Dès l’année suivante, la pièce de Michel Tremblay a été traduite et jouée au Tarragon Theatre de Toronto, suivie d’une courte apparition à Broadway. Mais il aura fallu attendre jusqu’en 2015 pour que la pièce soit jouée en anglais à Montréal. C’est cette production au MainLine Theatre, dans la même traduction de John Van Burek et Bill Glassco, avec les mêmes deux acteurs, dont le metteur en scène Mike Payette s’est inspiré pour la version actuelle présentée au Centaur Theatre jusqu’au 10 juin.

Michel Tremblay était dans la salle le soir de la première. De même que René Richard Cyr qui a personnifié une Hosanna mémorable en 1991, formant un solide tandem avec Gilles Renaud dans le rôle de Cuirette, son amant gars de bicycle.

Toute la pièce repose sur la trahison de Cuirette pour humilier Hosanna, alias Claude Lemieux, un coiffeur le jour qui se déguise en drag queen le soir venu, étant particulièrement obnubilé par le personnage de Cléopâtre joué au cinéma par Elizabeth Taylor.


Photo par Andrée Lanthier.

 

Les traducteurs ont gardé intact le nom de Cuirette, et les deux personnages prononcent en français des mots comme Bélanger, parc Lafontaine et même Montréal. La traduction de la pièce est en anglais normatif, plutôt qu’en un équivalent du joual de la langue de Tremblay. Un choix artistique qui ne ralliera pas tout le monde.

Nous sommes donc dans le petit appartement d’Hosanna sur la Plaza Saint-Hubert au milieu de la nuit. Le décor de Lara Kaluza est tout ce qu’il y a de plus réaliste : un sofa-lit, une coiffeuse, une pile de livres, une petite télé, une penderie, un téléphone jaune à cadran, une statuette représentant le David de Michel-Ange. Et au travers de la fenêtre côté jardin, une imposante enseigne en néon rouge qui clignote en signe de danger.

Hosanna, somptueusement habillée en Cléopâtre, maquillée et parfumée à outrance, portant perruque et bijoux, revient chez elle en pleurs, complètement détruite, au sortir d’un party d’Halloween où l’attendait une bien mauvaise surprise, un complot cruel auquel a participé son amant Cuirette. La confrontation entre les deux personnages sera sans merci au retour. Si bien que leur relation de quatre ans de concubinage se trouvera tout du long au bord de l’éclatement.

Photo par Andrée Lanthier.

Le comédien Éloi Archambaudoin en Hosanna est criant de vérité du début à la fin dans un rôle exigeant où il est constamment en scène. Ce diplômé de l’École nationale qui joue dans les deux langues depuis une vingtaine d’années, a trouvé le ton juste et les mimiques concordantes pour rendre son personnage attachant et crédible, du genre qui fait tout un drame de s’être cassé un ongle. Son questionnement refoulé sur son identité sexuelle, sa relation aux autres en amitié et à la société qui le juge, tout paraît lui échapper.

Davide Chiazzese est tout aussi vrai en Cuirette. Ce diplômé du John Abbott College qui a déjà joué chez DUCEPPE, se tire très bien d’affaire dans son rôle paradoxal de macho gai, se trouvant à cheval entre deux mondes. Avec son tatouage en forme de croix sur le bras, et cet autre d’un scorpion dans le dos, portant une camisole noire sous sa veste de cuir, des jeans serrés et des bottes lacées de biker, la psychologie qui sous-tend son personnage paraît tout aussi complexe et mal assumée que celle d’Hosanna.

La pièce, qui dure 90 minutes sans entracte, a été longuement ovationnée. Elle vient clore la 49e saison du Centaur qui, espérons-le, se laissera tenter plus souvent par le désir d’y jouer en traduction d’autres dramaturges francophones imposants. Il n’en manque pourtant pas au théâtre ici.

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