Cirque Éloize
Critique Publié le

Hotel du Cirque Éloize | Talents d’équipe

Le Théâtre Maisonneuve accueille jusqu’au 17 novembre la première canadienne d’Hotel, le nouveau spectacle du Cirque Éloize. Un spectacle drôle, impressionnant, débordant d’énergie et de talent.


 

Un spectacle intemporel

Devant les portes de la salle, un reporter armé de son carnet interroge le public sur le spectacle qu’il n’a pas encore vu. À l’étage, un duo de photographes distribue prises de portrait et Polaroïd farceurs. Alors que les spectateurs s’installent devant une énigmatique porte bleue, sous les pitreries des chauffeurs de salle, l’ambiance de l’hôtel de la compagnie Éloize est déjà posée.

Le rideau s’ouvre sur un comptoir d’accueil très sobre, ambiance Art-Déco, quelques piliers et un porte-bagage doré. Les artistes, ou plutôt les valets d’hôtel, sont là pour nous accueillir avec un très beau numéro de main à main. La chanteuse Sabrina Halde (du groupe Groenland) nous régale de sa voix grave et chaude qui donne au spectacle un ton swing parfaitement approprié. La direction artistique est superbe, les costumes sont beaux, les artistes ont le sourire et donnent envie aux spectateurs de les applaudir souvent et de rire avec eux.

Mais il y a quelques problèmes dans cet hôtel si particulier : tout d’abord, on a perdu Carpette le chat. Ensuite, il faut gérer l’arrivée d’une star internationale. Sans compter les fuites d’eau, les valises à porter et le bazar que met chaque arrivant dans ce hall où circulent locataires temporaires et permanents. Ça court, ça saute, ça danse et ça chante au milieu d’irréductibles qui tentent de faire leur travail.

Dynamique de groupe

Les numéros s’enchaînent pendant une heure et demie (sans entracte), alternant entre l’émotion, le grandiose et l’humour. Hotel va de surprise en surprise, n’hésitant pas à promener le spectateur en lui offrant de nombreux détails dans chaque scénographie, en multipliant les artistes et les numéros. On ne sait plus qui est spécialiste de quoi, qui est mis en avant, ou même simplement qui regarder!

Ce mouvement continuel apporte une dynamique incroyable au spectacle, une souplesse et une tonicité étonnantes. Les artistes, non contents de maîtriser leur spécialité (roue cyr, corde lisse, fil mou, main à main, jonglage, sangles, hula hoop, clown), se mêlent aussi aux numéros de leurs collègues, non pour les accompagner mais bien pour partager la scène d’égal à égal. Tout le monde fait de tout, allant même jusqu’à accompagner la chanteuse avec une fanfare d’instruments à vent ou à jongler avec des cerceaux de hula hoop. L’Hotel fonctionne en groupe, pas en solitaire, et c’est la chaîne d’employés et de visiteurs qui lui permet de vivre.

Histoires multiples

Hotel ne raconte pas qu’une histoire : il raconte chaque chambre, chaque détail, chaque manie de chaque employé. Le tout dans un environnement débordant d’énergie et de complicité. Il devient difficile de s’attacher à un seul artiste ou numéro tant ils sont tous complémentaires et impressionnants, même si le maître d’hôtel et son rôle de clown sont particulièrement touchants.

Car le talent de la compagnie Éloize vient avant tout de ses artistes qui rayonnent sur la scène en renouvelant à chaque spectacle l’éventail des arts du cirque qu’on croyait pourtant bien exploré. Depuis le jonglage, qui compte toujours plus de balles et de technique, jusqu’au numéro de funambule qui se fait sur un fil non tendu en passant par des mains à mains inattendus. Même les numéros aériens, pourtant difficiles à renouveler (même s’ils sont toujours très impressionnants!) sont complètement inédits, entre onirisme et dynamisme.

Avec Hotel, le cirque Éloize signe un nouveau spectacle drôle et plein de talent. Les minutes défilent sous les acclamations et les rires du public devant les prouesses des artistes et leurs farces. Le spectacle est un parfait mélange d’incroyable, d’improbable, de tendresse et de technique. Ce court séjour à l’hôtel du Cirque Éloize a émerveillé tout le théâtre Maisonneuve, enfants comme adultes.

Le spectacle Hotel est au Théâtre Maisonneuve du 14 au 17 novembre 2018.

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