HROSES: Outrage à la raison
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HROSES: Outrage à la raison au Théâtre Denise-Pelletier | Pour si peu?

La petite Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, habituellement vouée aux expériences artistiques hors des sentiers battus, accueille en ce moment une production bilingue qui n’a rien d’offensant, comme le laisse entendre son titre. Au contraire, HROSES : Outrage à la raison, de l’auteure et metteure en scène torontoise Jill Connell, est si mal foutue que l’outrage se retourne contre le public laissé pour compte dans l’ignorance d’une histoire cohérente à laquelle s’identifier.

Il y a bien deux personnages, Lily, joué presque entièrement en anglais par Sascha Cole, et Ellery, joué dans les deux langues par Frédéric Lemay. Mais, jamais le courant ne passera vraiment entre les deux comédiens. Qui sont-ils, que font-ils, que veulent-ils au juste? On ne le comprend pas plus à la fin qu’au début. La pièce parsème quelques indices ici et là, mais pas suffisamment pour rendre attachants les personnages et nous émouvoir.

Crédit photo Svetla Atanasova.

À moins d’en avoir lu le résumé dans le programme, on ne pourra pas deviner que les protagonistes viennent de deux familles rivales : Lily, d’une ferme de papier (c’est quoi ça?), et Ellery, d’une mine de sucre, né sous terre pendant une éclipse solaire. Ils voudraient supposément qu’on les laisse s’aimer, mais ne font rien pour y arriver.

Il faut dire que le procédé bilingue n’aide pas les choses. Elle lui parle surtout en anglais, il répond avec un mélange bâtard de français et d’anglais, ce qui donne des aberrations comme « I like your chandail », ou encore « toujours la même fucking histoire », quand ce n’est pas « le plus connu des horses » ou « toujours alone ». Rien pour rapprocher les deux solitudes canadiennes. Si le directeur artistique de Denise-Pelletier, Claude Poissant, cherchait à élargir son public en programmant cette non-pièce bilingue, c’est complètement raté.

Crédit photo Svetla Atanasova.

Portant chacun une combinaison, lui en bleu pâle, elle en blanc écru, ils parlent pour ne rien dire, sans donner des clés de compréhension de leurs rapports. Soudain, ils se déshabillent, évoquant ensuite aussi bien la grand-mère de Lily qu’une mystérieuse Suzanne restant imprécise, le mythe du cheval aussi bien que la moustache d’Ellery. Soudain, ils se rhabillent.

Après, soit qu’ils s’engueulent, soit qu’ils s’embrassent, mais toujours en nous privant du moindre fil conducteur. « Je désire offrir une expérience viscérale qui s’étend au-delà des mots, qui entraîne une utilisation émotionnelle du temps et qui accorde une place à l’interprétation et à l’inconnu », dit encore l’auteure en cette phrase qui sonne creux.

Plutôt que d’avoir su exploiter la fantasmagorie autour du cheval, si riche en elle-même, comme l’avait fait admirablement au théâtre l’Anglais Peter Shaffer avec son troublant Equus, ici à peine le cheval piaffe-t-il de temps en temps.

En plus, la traduction de Mireille Mayrand-Fiset nous assène des tournures de phrases aussi malhabiles que « J’ai vraiment confiance en moi en ce moment », ou « C’est quoi mon problème? », par celui qui parle sans queue ni tête de mélanger du sucre et du sperme dans un pot Mason, quand ce n’est pas une allusion bizarre au Coran, ou offrant le mauvais exemple en s’allumant une cigarette à deux reprises sur la scène de Fred-Barry.

Une scène importante dans le paysage théâtral montréalais, qui nous a si souvent surpris en termes d’audace créative, sans tomber dans la facilité et le manque d’imagination comme ce spectacle frustrant qui ne réussit qu’à nous plonger dans un brouillard bilingue affligeant sans aucune portée artistique inspirante.

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