Festival Iceland Airwaves
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Iceland Airwaves 2015 – Jour 2 | 2 barbus, 1 hurluberlu et 1 harpue

Après une première journée sous le signe de la découverte, la suivante proposait quelques-uns des noms les plus familiers du festival. En l’absence de Björk – qui a annulé sa présence il y a quelques semaines – l’Islandais par adoption Jon Grant faisait figure de tête d’affiche « (presque) Made in Iceland », accompagné de l’Icelandic Symphony Orchestra, alors que se produisaient également Father John Misty, Emilie & Ogden et l’excentrique projet d’un ex-Sugarcube, Ghostigital.

Jon Grant au bercail

Pour peu qu’on puisse s’y intéresser en Amérique du Nord, l’auteur-compositeur Jon Grant est quelque chose comme un héros local à Reykjavík, où il a décidé il y a quelques années de refaire sa vie et poursuivre sa carrière. Il a appris la langue locale en peu de temps, s’est intégré au milieu artistique islandais et gagné le coeur du public.

Plus tôt en journée, une longue file d’attente serpentait à travers le premier étage du Harpa, un genre d’immense et majestueuse Place des Arts. C’est qu’on y distribuait, en mode premier arrivé premier servi, les 1800 billets donnant accès au spectacle de Jon Grant le soir même au Eldborg, la grande salle du Harpa. C’est d’ailleurs le seul spectacle qui s’y tiendra de tout le festival.

Quelque part entre Rufus Wainwright et le groupe anglais Elbow, les compositions folk-pop de Grant sont généralement soignées et ingénieuses, quoi qu’un peu classiques voire convenues par moments.

Les arrangements luxuriants de l’orchestre rehaussaient les élégantes instrumentations des chansons douces de Grant et donnaient du souffle aux morceaux plus vigoureux.

Pour le néophyte, ce fut une belle occasion de constater son talent considérable, et la faune locale a semblé y trouver amplement son compte.

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Emilie sans Ogden

Tout juste au-dessous de l’Eldborg, au Kaldalón (toujours dans le Harpa), Emilie Kahn donnait sa toute première prestation en sol islandais. Première mais probablement pas dernière, puisque le public a foulé la charmante salle et en est ressorti séduit.

« Nous n’avons pas encore trouvé le moyen d’apporter la harpe en avion », confie Emilie à la foule tout en expliquant que Ogden réfère en fait à son instrument habituel. Au cours de cette tournée européenne qu’elle a récemment entreprise, Ogden brille donc par son absence et Emilie doit jouer aur une harpe empruntée.

Qu’à cela ne tienne, rien n’aurait pu empêcher Emilie (accompagnée d’un guitariste et un batteur) de mettre le public islandais dans sa poche arrière. Les délicates chansons de son très bon album 10,000 et sa désormais fameuse reprise de Style de Taylor Swift ont fait l’effet escompté et la chanteuse paraissait sincèrement touchée par l’écoute attentive que lui réservait la foule.

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Un narcotique auditif nommé Ghostigital

Peu après, toujours dans une autre salle du Harpa, l’ex-Sugarcube et punk anarchiste notoire Einar Örn Benediktsson proposait une expérience pour le moins tripative.

Dur à dire si les curieux qui s’y sont pointés étaient conscients du monument de la culture musicale islandaise qui se présentait devant nous : chanteur des défunts Sugarcubes, proche ami, collaborateur et webmestre de sa majesté Björk, il a aussi sévi en politique municipale au sein de l’éclaté parti politique « anarcho-surréaliste » du comédien et humoriste Jón Gnarr, le « Best Party », qui a pris le pouvoir contre toute attente en 2010 pour un mandat de quatre ans.

N’allez pas croire pour autant que Einar Örn soit un typique politicien-à-cravate un peu coincé. Au contraire: c’est un énergumène rebelle qui ne fait pas de compromis. Ni en politique, ni en musique.

Une performance de Ghostigital est en fait un anti-show. Loin de se soucier de plaire au grand public, le chanteur gesticule et gueule frénétiquement des paroles à peine audibles sur les beats industriels de son partenaire de jeu Curver, qui manipule la voix de son acolyte à l’aide d’effets psychotroniques et enchaîne les rythmes dub, hip-hop et noise. Assez particulier merci.

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S’ensuivait Father John Misty dans la salle d’à côté pour conclure la soirée entassés comme des sardines à vénérer le « ladies man » américain dans toute sa splendeur.

Des pépins techniques ont un peu brouillé les cartes et visiblement irrité le charismatique J. Tillman, mais la finale était plus que réussie, toute en rock et en déhanchements, après une interprétation convaincante de l’excellente Born In The U.S.A.

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Vendredi et samedi soir permettront maintenant de revenir à une exploration des artistes islandais, et de voir comment la Canadienne Tanya Tagaq résonnera auprès d’un public nordique friand de créativité.


* Notre couverture de l’événement Iceland Airwaves ne serait pas possible sans l’apport de la compagnie Icelandair, commanditaire principal de l’événement, qui annonçait récemment l’ajout de vols directs Montréal-Reykjavik à partir du 19 mai 2016. Détails par ici.

Merci également à Center Hotels Plaza qui nous a hébergés. Détails par ici.

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