Impromptu
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Impromptu (adaptation de Marie-Josée Bastien) au Rideau Vert | Une partition en mode très mineur…

En musique, un impromptu est une pièce instrumentale de forme libre, le plus souvent composée pour le piano. Ça tombe bien, puisque Chopin lui-même est au nombre des personnages créés par la scénariste Sarah Kernochan en 1991 pour sa pièce Impromptu que revisite la metteure en scène de Québec Marie-Josée Bastien. Mais, bien à regret et malgré les bonnes intentions, sa pièce présentée au Rideau Vert ne lève tout simplement pas.

Frédéric Chopin, interprété ici par le talentueux Maxim Gaudette, en personnage sensible, timide, fragile et toussoteux, ne rend pas justice au grand compositeur polonais. Le jeu du comédien, trop lisse et dépourvu de passion, reste au ras des pâquerettes, même au contact de la débauchée George Sand qui s’est mise en tête de le séduire, le temps d’un séjour à la campagne française du 19e siècle.

« Le vieux style !» dirait Beckett, mais là s’arrête toute comparaison possible avec cet immense auteur. C’est que la mise en scène de Stéphan Allard et sa direction d’acteurs paraissent sortir tout droit d’une époque révolue. Peu imaginatif, et par moments risible, son travail n’atteint jamais la cheville des grands personnages qu’il espère, à coups de ragots juteux, nous faire connaître sous leur mauvais jour.

* CRÉDIT PHOTO : Francois-Laplante-Delagrave

Car il y a du beau monde dans cette pièce. Réunis à la campagne de par les bienfaits envers les artistes fauchés de la duchesse d’Antan, se retrouvent ensemble, en plus de Sand et Chopin, les Romantiques du temps que furent l’écrivain Alfred de Musset, le peintre Eugène Delacroix et le compositeur Franz Liszt. Même sortis depuis peu d’une relation orageuse qui défraya la manchette à potins, Sand et Musset resteront néanmoins inoffensifs devant ces retrouvailles imprévues, en manque total de ressort dramatique porteur.

Myriam LeBlanc, malgré sa taille fine, incarne cette George Sand née Aurore, avec peu de crédibilité lorsqu’elle assène à son entourage : « Je déteste les aristocrates ! ». Même habillée en homme, portant un chapeau noir haut de forme et fumant le cigare, la comédienne ne saura pas déployer l’aura de scandale autour des écrits enflammés de l’écrivaine que tous redoutent et qu’elle est censée reproduire.

*Crédit photo : Francois Laplante-Delagrave

Alors que le Musset de Luc Bourgeois ne dépassera pas le registre du saoulon chronique sans grande envergure littéraire dans lequel il est cloisonné. Il lancera même à un moment donné : « Mon théâtre n’est pas fait pour être joué mais pour être lu ». Aussi, ce qu’il a à jouer est faible, bourré de clichés et de formules toutes faites, comme pour l’ensemble du texte.

Par exemple, à propos de Chopin : « C’est une femme dans un corps d’homme », comme si la sensibilité était l’apanage des femmes. Ou bien : « Les hommes sont presque tous des imbéciles! ». Ou encore, à l’endroit de la duchesse prénommée Juliette : « C’est dommage que je ne m’appelle pas Roméo ». Le tout étant en concordance parfaite avec un simulacre de duel bien inutile.

Celle qui cause la surprise, et provoque les rires dans la salle à chacune de ses apparitions, est Sonia Vachon en hôtesse dépitée qui finira par chasser ses invités peu respectueux à la pointe du fusil. « Je paie, donc je veux » dira-t-elle à leur face. Depuis sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 1989, Sonia Vachon aura pu s’appuyer, et c’est chose rare, sur son talent naturel, quel que soit le rôle à relever.

* Crédit photo : Francois Laplante-Delagrave

Mais, cet Impromptu au Rideau Vert est à l’égal de la minuscule évocation à caractère théâtral vers la fin de la pièce, comme s’il suffisait d’attacher un rideau de velours rouge entre deux arbres dans le jardin de la duchesse pour que surgisse le théâtre.

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