Les Sept branches de la Rivière Ota
Nouvelle Publié le

Inauguration du Diamant à Québec | Robert Lepage tout feu tout flamme

Aboutissement de 15 ans d’effort acharné et seulement trois ans de chantier sur la Place d’Youville, en plein cœur du Vieux-Québec, Robert Lepage obtient enfin le vaisseau amiral qu’il mérite. Le Diamant devient un lieu de création et de diffusion artistique superbement bien conçu, à la mesure de l’immense talent de Lepage déployé à travers le monde.

Ils étaient une dizaine de personnalités issues du comité artistique, de la firme d’architectes pilotée par Marie-Chantal Croft, du milieu des affaires et de la politique, alignées derrière une lisière de billets attachés, non pas pour couper le ruban mais le déchirer symboliquement, comme les premiers spectateurs de ce théâtre de verre appelé à devenir un point de repère de la vie culturelle de la capitale.

Le Diamant, avec sa vingtaine d’employés à temps plein, se prépare fébrilement aux côtés des artistes et des concepteurs à son spectacle inaugural, du 7 au 15 septembre, avec une nouvelle mouture de Les Sept branches de la rivière Ota, créée en 1994 par Robert Lepage et sa compagnie mère Ex Machina. Une monumentale fresque théâtrale faisant sept heures de spectacle soutenues par un pur bonheur scénique, comme le procurent immanquablement les œuvres de Lepage, que ce soit en solo ou à grand déploiement comme ici.

Parmi les allocutions d’usage, dont celle de la ministre de la Culture Nathalie Roy, du maire de Québec Régis Labeaume, et de précieux bâilleurs de fonds, c’est sans aucun doute le discours de Lynda Beaulieu qui fut le plus touchant. L’inséparable sœur de Robert Lepage, qui est son agente et son Cerbère, devenue au surplus la présidente du c.a. du Diamant, a confié sur un ton affectueux que son célèbre frère l’avait « pitchée dans la galère » à maintes reprises, tout en se montrant reconnaissante qu’il ait cru en elle alors qu’elle ne se sentait pas à la hauteur. « L’art a changé ma vie », dit celle qui deviendra très vite par la suite autant indispensable que d’une efficacité légendaire.

La deuxième salle du Diamant, ou sont concentrés les effectifs de la Caserne Dalhousie, a d’ailleurs été baptisée Studio Lepage Beaulieu. La ministre Roy a souligné l’admirable « ténacité » du tandem, ce mot d’ordre qui aura permis à Robert Lepage d’aller « au bout de son rêve ». Le maire Labeaume à son tour a vanté l’acharnement envers ce projet fou qui est passé par six premiers ministres, Québec et Ottawa confondus, en ne manquant pas de confirmer le caractère historique de la Place d’Youville, là même ou se retrouvera, à la jonction entre la basse-ville et la haute-ville, une station souterraine de son fameux tramway.

Un lieu renouvelé à la fine pointe

D’une superficie totale de 8 100 mètres carrés, Le Diamant a une capacité maximale de 642 places en configuration à l’italienne, mais pourra accueillir jusqu’à 800 spectateurs en grande boîte noire sans les gradins qui sont rétractables. La salle est dotée d’un élévateur de scène modulable permettant de dégager une fosse d’orchestre ou un petit plateau. Le profil du nouvel immeuble ceinturant l’ancien YMCA érigé en 1879, voisin immédiat de l’emblématique Cinéma de Paris ouvert en 1948, a conservé plusieurs artéfacts originaux, comme des structures en bois brut, des arches et d’élégantes colonnes du style Second Empire initial.

Le studio de création Lepage Beaulieu est installé au dernier étage, de plain-pied avec une immense terrasse aménagée sur le toit de l’ancien YMCA, offrant une vue superbe sur le Vieux-Québec environnant. Une ingénieuse plongée en diagonale relie l’ensemble du nouveau bâtiment dont les aires communes sont baignées de lumière naturelle. Au moins 30 loges, certaines quadruples, ont été prévues pour accueillir les grosses distributions.

Le Diamant n’appartient pas à Ex Machina, mais son concept prévoit depuis les tout débuts accueillir les nouveaux projets de Robert Lepage, tout en revisitant l’ensemble de son œuvre. Le Diamant a sa propre direction artistique en la personne de Bernard Gilbert, ancré fortement dans la vie artistique de Québec depuis des lustres. Sa palette de programmation entend donner une bonne place aux arts du cirque, à commencer par des spectacles de grandes compagnies comme Les 7 Doigts, FLIP Fabrique et Finzi Pasca. Du théâtre de marionnettes, une présence des Premières Nations aussi bien qu’un Gala de lutte professionnelle, font également partie de la programmation de ce premier automne du Diamant, un réel joyau appelé à briller de tous ses feux.

« Après avoir parcouru le monde pendant plus de 30 ans, je pose mes valises à Québec, cette ville qui m’a vu naître. Je souhaite faire du Diamant une vitrine unique sur toutes les formes d’art et pour tous les publics. Cette convergence inédite fera rayonner, dans un lieu remarquable et chaleureux, la culture et l’innovation d’ici et d’ailleurs », résumait bien à propos ce champion du monde qu’est notre Robert Lepage.

Le public est invité à visiter son nouveau terrain de jeu samedi le 31 août et dimanche le 1er septembre, alors même que des supplémentaires sont annoncées pour le spectacle inaugural du Diamant.

Vos commentaires