Orchestre Symphonique de Montréal
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James Ehnes rayonne sur un OSM essoufflé

La STM célèbre les 50 ans du métro montréalais et c’est donc tout naturellement qu’elle s’est alliée avec l’Orchestre Symphonique de Montréal pour proposer une journée riche et musicale. On a pu entendre notamment un programme assez court autour des Danses de Galánta de Kodaly, du concerto pour violon op.53 de Dvořák et des extraits des deux suites de Roméo & Juliette de Prokofiev. Les deux invités du concert étaient le violoniste canadien James Ehnes, très apprécié du public et le chef d’orchestre Juraj Valčuha, originaire de Slovaquie.

Cela aurait dû être un cocktail grandiose mais malheureusement, le mélange de ces deux caractères n’a peut-être pas été de la meilleure composition. Dans les Danses de Galánta, l’orchestre avait du mal à suivre le chef d’orchestre et ses prises de tempi plutôt floues. Oeuvre populaire aux nombreux thèmes empruntés du folklore slave, on pouvait retrouver des sonorités typiquement brahmsiennes ou issues du Petrouchka de Stravinsky. Cette pièce, majestueuse et fantasque, a pu néanmoins tirer son épingle du jeu en s’appuyant sur la solidité des solistes et notamment du clarinettiste solo qui nous offrit un thème vivant et dansant comme il se doit.

Périlleux Dvořák

Dans le concerto de Dvořák en revanche, on eut du mal à se frayer un chemin à travers une masse sonore pas assez bien gérée par le chef d’orchestre. Il y eut beaucoup de problèmes de mise ensemble, tout particulièrement avec les vents qui, dans le mouvement lent, non seulement passaient par-dessus le soliste au niveau de l’intensité mais ne le suivaient pas réellement. Ce n’est cependant pas entièrement de leur faute : Mr. Valčuha a tendance à se laisser aller dans les parties plus tranquilles.

À travers tout cela, James Ehnes réussit à ressortir même s’il parut limité par la raideur de l’orchestre à certains moments. On sentait qu’il aurait aimé s’évader dans plusieurs passages afin de communiquer plus avec son public mais qu’il ne pouvait pas réellement prendre ces libertés sous peine de se détacher et de perdre l’orchestre trop lourd. Malgré tout, il reste un musicien très juste dans son interprétation et on espère réentendre le son chaud et sensible de son violon très bientôt dans nos salles montréalaises.

Comparaison peu flatteuse pour Roméo et Juliette

Du point de vue de la programmation, on s’interrogera sur la pertinence de programmer deux fois la même oeuvre (Roméo & Juliette de Prokofiev) dans deux salles adjacentes et au même moment pour deux soirs consécutifs. Pour les amateurs de cette musique, il aura fallu choisir entre la version écourtée mais de concert et la version intégrale du ballet.

Quant à ceux qui auront eu la passion de faire les deux (par exemple, nous – consultez notre critique), une comparaison inévitable sera faite entre les deux interprétations : et force est de constater que celle de l’OSM est beaucoup moins convaincante que celle de l’Orchestre des Grands Ballets.

On pourra peut-être permettre un doute quant à la forme des musiciens qui ont enchainé plusieurs concerts en deux jours seulement mais le Prokofiev présenté vendredi soir manquait de cohésion et de clarté. Très vite, on a pu se rendre compte que les vents ne suivaient pas les exigences du maestro au niveau de la puissance et de la vitesse choisies. Ainsi, la partie lente du célèbre mouvement Les Montague et Capulet paraissait souffrir de sa densité obscure dont on peinait à retracer les lignes tandis que les cors rataient totalement leur entrée la plus importante mais aussi plus tardivement dans le quatrième mouvement.

Dans le dernier extrait présenté, le chef d’orchestre a réclamé à ses musiciens une montée en puissance extrêmement rapide et bien trop imposante : la rondeur du son a heureusement attenué l’intensité forcée des cuivres qui avaient du mal à tenir jusqu’à la fin.

De manière générale, une mauvaise gestion des timbres orchestraux perdait les auditeurs dans une polyphonie parfois brouillonne et qui a nui au chef d’oeuvre qu’est la musique du compositeur russe.

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