Katatonia
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Katatonia (avec Uncured et Caspian) à Montréal | Comme un serpent voluptueux

Katatonia a fait un arrêt à Montréal mercredi soir dans le cadre de leur tournée de près de trente dates, « Fallen Hearts of North America ». Voici un aperçu de ce spectacle à guichet fermé.

Uncured : Chérubins devenus trancheurs de têtes

Première partie de ce spectacle du «nombril» de la semaine : Uncured. Il s’agit d’un groupe de New York, qui a lancé son premier album intitulé Medusa le 10 mars dernier. Fusion de plusieurs styles : rock, nu métal, tech death, djent, progressif… Leur musique est difficile à catégoriser ; il y a beaucoup de changements de tempos et d’ambiances. À noter que l’ex-batteur est Max Portnoy, le fils de Mike Portnoy de Dream Theater. On ressent d’ailleurs bien cette influence sur Uncured.

Le groupe impressionne, comme quoi on peut devenir talentueux en un temps record, les membres ayant en bas de vingt ans. C’est toujours fascinant de voir l’âme réelle des gens sur scène : les jeunes chérubins innocents se sont transformés en bêtes féroces et gutturales ! Leurs guitares sont accordées très bas, Rex Cox jouant sur une guitare à sept cordes et son frère Zac, à huit cordes.

Très tight, et ayant des techniques avancées (tapping, sweep picking, legato), ils n’ont rien à envier à personne, bien que ça frôle le (pardonnez-moi le terme…) « crossage de manche » à quelques endroits : trop de notes jouées trop vite rend les chansons un peu froides… mais on ne peut pas vraiment leur en vouloir!

Les jeunes faisaient légèrement du surplace, mais leur présence de scène était bonne. La foule était peu nombreuse durant leur spectacle, mais les fans ont été privilégiés : ils étaient présents à leur table de merch après leur spectacle! Uncured : belle découverte surprenante.

Caspian : Manque d’originalité dans un brouillard d’effets

Au tour de Caspian, maintenant. Pour ceux qui ne les connaissent pas, ce groupe de post-rock originaire du Massachusetts compte quatre albums à son actif, et le plus récent se nomme Dust and Disquiet. 

Le Club Soda est rempli désormais, et le show de Caspian commence dans l’obscurité, avec une narration enregistrée. En background, il y a un faible noise, qui s’intensifie avec les minutes et les membres entrent sur scène. Durant tout le spectacle, une attention spéciale est accordée à l’éclairage. Les membres du groupe apparaissent comme des ombres, la lumière étant projetée dans leur dos. Des lumières blanches dans leur têtes d’amplis de guitare clignotent au rythme de leur musique. Le stroboscope, trop utilisé, devient source de stress…

Ce sont des chansons émotionnelles, et les nombreux fans semblent être en extase. Toutefois, on a du mal à discerner les mélodies, car le son de guitares est noyé dans un épais brouillard d’effets… Malgré tout, Caspian a donné un bon spectacle, et un des membres s’est adressé en français à la foule à deux reprises, ce qui fut apprécié du public.

Malheureusement, il manque quelque chose, et non ce n’est pas un chanteur, mais c’est plutôt l’originalité… Avec des interludes de spoken words, séquencés ou avec le noise de guitare, une ambiance tout de même inquiétante est créée. Entre deux chansons particulièrement, un noise de basse fréquence se prolonge un peu trop, et ça donne mal au coeur. On peut aussi se questionner sur l’utilité d’avoir trois guitaristes pour des compositions somme toute assez minimalistes… Bref, Caspian, un groupe qu’on préfère dans nos écouteurs.

Katatonia : Un serpent voluptueux

Voici le clou de la soirée, Katatonia! On se met dans le mood avec une introduction séquencée de piano, et les géants de Suède entament leur prestation. Mise en scène toute simple : trois bannières. L’éclairage est très présent, même parfois trop, comme lors de la prestation de Caspian.

Les pilliers du doom metal ont joué des nouvelles chansons de leur dixième album, Fall of Hearts, mais aussi beaucoup de leurs albums précédents. Les fans applaudissent et crient en reconnaissant leurs préférées. Katatonia avait une excellente présence de scène, malgré certains problèmes techniques d’un des guitaristes, Anders Nyström, même qu’au début du spectacle, il n’est pas sur scène et n’apparaît qu’après quelques secondes ! Toutefois, on ne l’entend vraiment pas beaucoup et cela s’est prolongé jusqu’au 3/4 du spectacle environ… Durant une chanson, il quitte même la scène et revient sans guitare pour chanter des back vocals! On s’adapte…

Le chanteur Jonas Renkse était ténébreux, caché derrière ses longs cheveux noirs. Il pourrait être comparé physiquement au personnage fictif de Nathan Explosion, du groupe Dethklok, même s’il est davantage une caricature. Sa voix était impeccable tout au long du spectacle, réchauffant les coeurs comme un chocolat chaud. Il exprimait sa profonde gratitude à plusieurs reprises au public, ce dernier donnant de vastes applaudissements en retour.

Les chansons de Katatonia se sont déroulées voluptueusement, comme un serpent noir qui vient d’être libéré de sa cage. Ce reptile ondulant nous a envoûté avec ses passages clean et ambiants, propices aux courts solos langoureux, et nous a donné une bonne correction brutale et rapide, lorsque la violence était nécéssaire. Ce juste dosage était amalgamé avec un savoir-faire majestueux. Leur musique possède une texture comme un vêtement élégant, complexe et riche en subtilités, qui nous incite à vouloir porter Katatonia sur nous, tantôt comme une armure, tantôt comme un vêtement réconfortant.

Le public a été généreux avec son groupe favori, le couvrant de roses et insistant pour qu’il fasse un rappel, qui fut constitué de deux chansons. Ils sont également restés longuement sur scène, donnant des pics de guitare, un setlist, et des baguettes de batterie aux chanceux qui ont pu les attraper au vol. Au final… une soirée riche en émotions variées.

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