King Crimson
Critique Publié le

King Crimson au Théâtre Saint-Denis | Se renouveler (après près de 50 ans)

Les fans montréalais sont venus très nombreux lundi soir acclamer l’icône du rock progressif anglais. King Crimson réitèrera sa performance ce soir au Théâtre Saint-Denis.

Maitres incontestés de la « résurrection musicale », King Crimson arbore un visage neuf depuis son quatrième retour sur scène en 2013. Notons déjà la réapparition triomphante de Mel Collins, saxophoniste sur certains des albums les plus mythiques de Crimson (Lizard, Red, etc), et l’absence du guitariste iconique de la deuxième période Crimsonienne, Adrian Belew.

Chèvre

King Crimson refuse l’accès aux photographes. À défaut de pouvoir vous montrer ce qu’il y avait à voir, voici donc une adorable chèvre.

Toujours accompagné par Tony Levin à la basse, et Pat Mastelotto à la batterie, la bande à Robert Fripp a été jointe par deux nouveaux batteurs, Gavin Harrison (ancien de Porcupine Tree !) en 2007, et Bill Rieflin il y a deux ans. Avec trois drummers (et trois kits sur le devant de la scène), King Crimson dévoile aujourd’hui une formation peut être moins lunaire, mais très rafraichissante sur le plan musical, ultra-rythmique et très dynamique, à l’image des dernières productions du groupe. Rappelons que King Crimson a réalisé par moins de 16 albums studio depuis 1969, et que Robert Fripp soutient maintenant le projet depuis près de 50 ans…

Clin d’oeil à la France

Une épée de damoclès semble planer dans l’imaginaire des musiciens depuis vendredi dernier, qui ont été nombreux ce week-end à rendre hommage aux victimes de la tragédie parisienne. King Crimson n’a pas fait exception, et Mel Collins s’est permis d’entonner quelques notes de la Marseillaise pendant le morceau d’ouverture, Larks’ Tongue in Aspic.

Dans une grille de chansons assez hétéroclite, Fripp et sa bande ont dévoilé de la nouveauté, à l’image de Meltdown, et quelques compositions issues des dernières productions du groupe, comme The Construktion of Light et Level Five (de l’album éponyme de 2001), ou A Scarcity of Miracles, écrite avant la reformation du groupe par Collins, Fripp, et Jakko Jakszyk, nouveau guitariste chez KC.

Au grand bonheur des fans, la formation britannique n’a pas hésité à puiser surtout dans son vieux matériel, et a passé en revue certains des albums fondateurs comme Islands (Sailor’s Tale, The Letters), In The Wake of Poseidon (Pictures of a City), ou Red (One More Red Nightmare).

Chausser de grands souliers

Un défi de taille se pose donc pour cette nouvelle formation : être à la hauteur des Bill Bruford, Greg Lake, ou Peter Sinfield dans l’interprétation des grand classiques de Crimson. Cette nouvelle section rythmique atypique a semblé peut-être à de rares moments un peu too much sur certains morceaux anthologiques du groupe (Epitaph), mais s’est d’une manière générale illustré brillamment pendant toute la soirée, en particulier sur les compositions plus récentes de KC, qui se prêtent probablement plus à ce genre d’acrobaties rythmiques… Car c’est bien sur le devant de la scène que se déroulait le spectacle hier soir.

Mastelotto, Harrison, et Rieflin se complètent sans empiéter sur le jeu de l’autre. Avec des backgrounds musicaux très différents, chacun vient ajouter sa pierre à l’édifice et proposer sa petite touche de virtuosité. Quand il ne se coordonne pas, le trio propose des questions-réponses millimétrées, très efficaces, donnant parfois l’impression que le son voyageait « de gauche à droite » dans la salle…

Cette nouvelle configuration offre certainement des possibilités innovantes et très rafraichissantes, autour de constructions rythmiques encore plus complexes (vous aviez des problèmes de coordination avec votre batteur ? Imaginez avec trois…), et pas moins intéressantes musicalement… Levin, toujours aussi impressionnant, soutient le monstre de manière exemplaire.

« Fucking drums ! » (entendu quelques rangées derrière)

Finir en beauté

Sur Epitaph, Fripp et ses acolytes nous ont administré une fantastique piqure de rappel. Puissants et bouleversants, alors que nous reprenions innocemment à l’unisson « Confusion will be my Epitaph», il semble que les mots de Sinfield n’aient peut être jamais été autant d’actualité.

L’interprétation de Starless avant le rappel, au grand bonheur des fans, fut certainement un des moments les plus forts de la soirée. Une ambiance rougeâtre sur scène, le septette nous a transporté d’une manière saisissante sur un pont dithyrambique, fruit d’une explosion rythmique viscérale et déchirante, et ultimement apaisée par cette ligne mélodique éclatante et intemporelle.

Une fin en apothéose, King Crimson a terminé le concert avec deux de ses plus grands succès, In the Court of The Crimson King, et 21st Schizoïd Man. L’audience visiblement conquise, n’a pas manqué d’acclamer à maintes reprises la performance des Anglais (on a rapidement arrêté de compter les standing ovation…). Cette résurrection est peut-être la bonne ?

Une belle soirée qui, si elle ne réconcilie pas tout à fait avec le monde, fait déjà certainement beaucoup de bien.

Vos commentaires