L'Orchestre d'hommes-orchestre
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«Kitchen Chicken» par L’Orchestre d’hommes-orchestres à L’Usine C | Bon appétit!

Formé à Québec en 2002, le collectif L’Orchestre d’hommes-orchestres en est à sa sixième production. Poursuivant depuis « Joue à Tom Waits » sa démarche singulière relevant d’un chantier besogneux des arts de la scène, sa pratique privilégie ce que le groupe appelle la transversalité. Avec cet ahurissant « Kitchen Chicken », où se font passer au blender la musique, le théâtre, le chant et la performance, les inclassables du collectif L’ODHO s’adonnent à une joyeuse dérive d’art culinaire pour que leur musique, non seulement s’entende, mais se voit et même se mange.

Évoluant dans un décor bordélique qui rassemble des antiquités disparates, comme ces deux fers posés sur une vieille planche à repasser en bois, et de savants bricolages d’objets hétéroclites qui rappellent le style du Cirque Alfonse, ils sont six interprètes à faire tout un plat musical autant que bien réel, en se livrant à la préparation d’un poulet et de différents mets qu’ils iront ensuite offrir au public. Ce n’est pas la dinde de Jacqueline « môman » Paré, mais en tout aussi loufoque. Comme l’est le claquement de la main sur le dos de la volaille crue pour la transformer en un instrument de percussions.

Photo par Charles-Frédérick Ouellet

Il n’y a aucun texte dans Kitchen Chicken, hormis les paroles des chansons habilement colorées par les deux seules comédiennes du collectif, Danya Ortmann et Gabrielle Bouthillier. Leurs deux voix s’harmonisent à la perfection. Avec un entrain irrépressible, elles livrent le difficile répertoire des DeZurick Sisters, surnommées les Cackle Sisters, rendues célèbres aux États-Unis par leur pratique du yodel dans les années trente. On imagine tout le travail ardu en répétition pour arriver à maîtriser à ce point le yodel américain, une technique aussi exigeante vocalement que la turlutte d’ici à la même époque.

Une cascade de bonnes idées artistiques traverse le spectacle de bord en bord. Des onomatopées amusantes s’ajoutent à des trouvailles scéniques inattendues, comme de fixer un micro au bout du bâton d’un râteau pour faire ressortir le son d’une bouilloire sur le feu, comme de tendre une canne à pêche dans un aquarium, ou encore d’utiliser une perceuse électrique pour éplucher les patates, lesquelles seront ensuite mises en tranches par rien de moins qu’une hache de bûcheron.

Tel un langage culinaire servi à la manière de Rabelais, tout tourne autour de la bouffe. Et l’on savoure la créativité remarquable de la musique, avec sur scène une batterie, une guitare et un tambour pour nous happer avec des airs enlevants, traités à la façon feel good. Rien ici pour se prendre la tête, donc. Ce réjouissant Kitchen Chicken relève du pur divertissement. La seule question existentielle qui convient au sortir du théâtre consiste à savoir: qui fera la vaisselle?

Photo par Charles-Frédérick Ouellet

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