Mononc' Serge
Entrevue Publié le

La Bonnefemme sort #10: Fondre au show de Mononc’ Serge

J’pensais péter au frette en me rendant au Katacombes. On est le 21 mars, mais j’ai les joues rouges comme un 12 juillet. Je m’en vais rejoindre Mononc’ Serge pour une entrevue, quelques minutes avant le lancement de son album Réchauffé.

J’angoisse parce que j’ai un très gros kick sur Mononc’ Serge. Ben oui. Y’en a qui trippent sur Jay du Temple, moi, j’trippe sur Mononc’ Serge. Son premier réflexe est d’essayer de se rappeler pourquoi il me reconnaît. Et il réussit: « Aaaah oui, Mc La Sauce! Et le show de CIBL! J’t’avais dit quelque chose par rapport à tes enfants! J’étais pas sûr, parce que t’avais pas de lunettes avant, m’semble. ». 4/4. Je fonds.

J’improvise une question à partir des titres de son album. On n’a pas eu le temps de passer à travers, mais si y’avait pu, je sais qu’il l’aurait fait. Parce qu’il est profondément smatte. Pis aussi parce qu’il m’aiiiiime.

MS: C’est-tu une entrevue audio où tous mes propos vont pouvoir être retenus contre moi avec preuves à l’appui?

BF: Oui. Pis je vais éditer le contenu pour te faire dire des affaires. Ça va être terrible.

Rires nerveux des deux côtés.

BF: Casserole: Cuisines-tu?

MS: Non. J’avais des amis français chez-nous la semaine passée pis j’ai constaté que je cuisine pas pantoute.

BF: Tout l’monde se crisse de Mononc’ Serge: Quelqu’un t’a déjà dit ça?

MS: Plus ou moins. J’ai fait des chansons dans lesquelles je mentionne des organismes et des personnalités publiques. En entrevue, on me demande souvent si j’ai peur de me faire poursuivre. J’réponds toujours quelque chose du genre: « Tout l’monde se criss de Mononc’ Serge ». Pour eux,  je suis l’espèce de morpion de l’underground à qui ça vaut pas la peine de répondre.

BF: J’pense pas que les gens te voient comme ça.

MS: Meeeeeeeh… T’sais, je suis pas mal underground. J’ai fait une chanson sur La Fureur et je soupçonne que les gens concernés n’en ont jamais entendu parler. J’pense qu’ils s’en crissent, de Mononc’ Serge. Mes moqueries sont assez acides, mais le monde s’en fout, de mes moqueries.

BF: On sent qu’t’es pas vraiment fâché.

MS: L’objet de ma colère est tellement dérisoire. Comme ma toune Maman Dion. Il y a une grande disproportion entre la violence du langage et le sujet.

BF: On sait qu’tu veux pas fesser Maman Dion, t’sais.

MS: C’est ça!  C’est pas sérieux. De toute façon, je ne revendique pas une place dans les médias grand public. J’ai du succès, mais pas trop. Je suis dans une zone assez confortable. Je suis déjà rendu beaucoup plus loin que j’avais osé rêver. À 17 ans, je rêvais de gagner ma vie avec ça pis aujourd’hui, je le fais. Je suis très chanceux.

BF: T’as pas à stresser à chaque geste. Tu te ramasseras pas sur la première page du 7 Jours pour avoir pété quelque part.

MS: Ouais. En gros, même si je fais pas des super grosses salles, je suis à un niveau ben ben appréciable.

BF: Les picks: Mettons que demain, tous les politiciens font de la musique pis ils sont super bons, avec lequel tu ferais une toune?

MS: J’sais pas pourquoi je pensais à lui aujourd’hui, mais je choisirais Martin Aussant. J’sais qu’il joue de la musique. J’pense que j’ai entendu ça à la radio aujourd’hui.

BF: Serge & Aussant, ça paraîtrait ben sur un poster quétaine de duo de show de bar.

MS: Ouais, Serge & Jean Martin aussi.

BF: Groupies: Tu te fais achaler après les shows?

MS: Assez peu en fait. Le terme groupie, d’habitude, c’est péjoratif. Il y a ben des gars, en se l’avouant plus ou moins, qui font de la musique pour briller auprès des filles. Le propos de la chanson, c’est « si les groupies disparaissaient, il ne resterait pas beaucoup de musiciens ».

BF: Il resterait juste le trio Serge, Aussant & Jean Martin.

MS: Sous une pluie de soutiens gorge!

BF: Paris Coupon.

MS: Paris Kepon. C’est punk en verlan. Je traîne dans les milieux punks en France. C’est une peinture de ce milieu-là.

BF: Étais-tu un punk dans ta jeunesse?

MS: Non. J’ai jamais trippé sur l’apparence d’un style. J’ai joué de la musique avec des metalleux, mais j’ai jamais eu les cheveux longs. Le plus loin où j’suis allé, c’est m’acheter un coat de cuir.

BF: Le pape aussi: Es-tu baptisé?

MS: C’est pas une toune de religion. J’y dis juste que tout le monde est pareil. J’énumère un paquet de monde pis je dis qu’ils chient, pis que le pape chie aussi. Après, y’a un couplet sur les pets, un couplet sur les rots; j’ajoute que le pape pète et rote aussi. Et voilà, tout l’monde: on est pareils! C’est une façon scatologique de rappeler cette vérité.

BF: (en train de fondre) Je suis ben fan de jokes de marde. J’écoutais distraitement ton album en faisant du ménage et tout à coup, j’entends « Marde, marde, marde. ». J’ai capoté.

MS: Ma correctrice m’a dit que le mot « marde » a une grosse occurence dans mes textes. Pis que je fais des fautes. Dans la première version de mon livret d’album, j’ai fait des fautes comme mettre un « d » au milieu du mot « séquelle ». J’ai dû avoir la main molle sur le « d » en faisant de la mise en page et des alinéas.

BF: Je ne voterai pas: As-tu déjà eu envie de te lancer en politique?

MS: Ah pantoute; jamais d’la vie osti, j’me verrais pas pantoute là-dedans.

BF: Les cochons: As-tu un animal?

MS: J’ai pas d’animal. Je parle des policiers et d’un type qui défend le fait qu’il boit pis qu’il chauffe saoul. Mais ce genre de parodie provocatrice est plus difficile à faire avec le temps. Les réseaux sociaux amplifient la réaction des gens offusqués.

BF: J’sais pas pour toi, mais plus je vieillis, plus je fais attention à ce que je dis. Ça contribue à cette retenue pour toi?

MS: J’ai de la misère à répondre à ça. J’ai pas la même sensibilité qu’en 2000. J’écrirais pas les mêmes affaires. J’ai changé des paroles de tounes parce que j’ai changé. J’ai changé, et c’est pas par magie. T’entends des opinions, tu vois des affaires; c’est difficile à départager. Aussi, il y a des choses qui m’amusaient avant qui ne m’amusent plus. Comme la vulgarité. À la fin des années ’90, je ramassais des cassettes de musique western dans les truck stop en revenant d’Abitibi; y’a des choses odieuses dans ces chansons-là. Ça m’amusait et j’avais envie d’en faire, parce que dans c’temps-là, c’était transgressif. Aujourd’hui, la vulgarité, c’est banalisé. Ça me parle moins.

On arrête ça là, car ça fait cinq minutes que le lancement est commencé.

On entre dans la salle où la foule la plus éclectique du monde attend Mononc’ Serge. Si elle était venue avec moi, j’aurais pu matcher ma grand-mère avec un vieux punk chinois en deux secondes. Tout ce beau monde a un point commun: ils suent la bonne humeur. Une ambiance conviviale règne dans les Katacombes. Une ambiance qui fit avec le beau p’tit punk tannant, brillant, drôle et tout simplement smatte qu’est Mononc’ Serge.

Je fonds.

 

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