Samantha Fox
Critique Publié le

La bonnefemme sort #8 : Se briser au show de Samantha Fox

Plusieurs personnes m’ont demandé ce que j’ai fait le 19 août dernier, autour de 20h30. Je suis allée voir le set de trente minutes de Samantha Fox au Parc des Faubourgs dans le cadre de Fierté Montréal. Et je ne sais pas comment je me sens par rapport à ça. Un petit peu brisée, je crois.


Un peu brisée?

Parce que je veux tripper, mais je n’y arrive pas.  Je ne reconnais pas ma Samantha.

Mon opinion n’a rien à voir avec le vieillissement de la sexe symbole. Personne ne peut contrôler le temps, à moins de revenir dans le passé pour retarder le moment où ses parents vont faire du sexe. Pis même là, ça marche pas parce que revenir dans le temps, c’est contrôler le temps.

 

Bref, Samantha a vieilli pis j’m’en sacre. Je ne suis pas là pour la voir liker des Keke Challenge sur Insta.  Je suis là pour revivre des affaires au rythme de ses bonnes vieilles tounes qui ont bercé mon passage de jeune fille à future bonnefemme.  Eille, le nombre de reprises de ses clips que j’ai co-produits avec mon cousin pis ma chumme de fille dans mon sous-sol… je remercie la vie de m’avoir permis de vivre ces années obscures avant l’arrivée des médias sociaux.

#chanterdansunebrosseàcheveuxsurVHS

Ça part avec les danseuses qui entrent en dansant de façon grivoise. Une longue minute et demie de filles parfaites qui me font sentir comme un vieux sac à vidanges. Puis, Samantha fait une entrée en scène que je peux décrire en deux mots: VOYONS MADAME!

VOYONS MADAME! Quelle est cette tenue? Expliquez-moi cette tenue! Quels sont les motivations derrière cette tenue? Présentez-moi un billet du médecin qui justifie cette tenue, madame; VOYONS, MADAME!

Tant de paillettes! Un short rouge pétant composé uniquement de paillettes. Un hoodie mou mi blanc, mi paillettes. Un micro de paillettes. Il manque juste Lise Payette pour compléter le kit. Puisqu’elle n’est pas là, j’ai juste l’impression d’être sur le set de Garden Party pis je cherche Serge Laprade. Pis Lise Payette. Mais surtout MA Samantha Fox. Ma Samantha Fox ne porte pas de paillettes. Elle porte des jeans pis du cuir. VOYONS, MADAME.

Parler en mal de la performance d’un artiste, ça me brise le coeur. Ça me donne l’impression d’être une vieille madame riche de la Caroline du Sud qui pousse des pauvres paysans sur une scène en bois de grange pour leur pitcher des écus en criant « AMUSEZ-MOI! » entre deux éclats de rire épeurants. C’est pourquoi je choisis de conclure la liste des affaires que j’ai pas aimé du show vite vite, en bullet points.

    • J’suis pas mal certaine qu’elle lip sync 80% du show.
    • Elle fait un set d’une demi-heure. UNE DEMI-HEURE.  Et elle trouve le moyen de faire un cover. Tristement, c’est La Isla Bonita qui pète toute.
    • Les chorégraphies ressemblent un peu à ça:

  • Le rappel. Elle feint une sortie de scène précipitée sans avoir chanté Touch me. Y’a un frette. Elle revient en interprétant le début du hit sur une bande de piano pré enregistrée. J’imagine les concepteurs du show, saouls morts, lancer l’idée en balbutiant « Za zrèbo Touch me zudu piano! ». Après la première shot de refrain, le gros beat embarque. La cassure est étrange.
  • Encore, les paillettes.

Mais t’sais… c’est Samantha Fox. J’peux pas ne pas aimer Samantha Fox. Elle a du charisme, elle est smatte, elle est cool, elle a un accent anglais et j’apprends, à deux heures du concert, qu’elle est homosexuelle. Je suis casée depuis dix ans, j’ai deux enfants, mais je ne vous cacherai pas que je me fais les jambes avant de partir, au cas.

Je ne vous cacherai pas non plus que j’ai pris une rose qu’un spectateur a voulu lancer sur la scène sans toutefois atteindre sa cible.

La rose tombe à mes pieds. J’suis accotée sur le catwalk. J’hésite. Je ramasse la rose. Je regarde autour, pour voir si quelqu’un m’a vue faire.

Un monsieur m’a vue faire. Je lui demande « Eille, si t’étais moi, donnerais-tu la rose à Samantha comme si tu l’avais achetée pour elle? ».

Il est toute comme « BEN LÀ, OUI! ».

Il ne m’en faut pas plus pour me convaincre. J’attends que Samantha s’approche pour lui tendre la rose tout en me demandant comment j’allais annoncer à ma famille que je partais en Angleterre pour refaire ma vie en mode lesbien.

Mais je suis ben trop bébé. De mon point de vue, j’ai le feeling d’être dans un tête-à tête super akward avec son pelvis. Pis quand je pense au mot pelvis, j’peux plus arrêter de rire.

 

J’essaie de lui tendre la rose avec intensité, mais je suis absolument crampée.

 

Mon don de rose passe donc dans le beurre.

C’est cette anecdote que je choisis de garder en souvenir de ce spectacle. Le charisme impérissable, les chansons indémodables de Samantha Fox et cette anecdote.

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