La Renarde - Sur les traces de Pauline Julien
Entrevue Publié le

La Renarde, sur les traces de Pauline Julien | Un album et une tournée pour prolonger la vie de ce projet hommage

Tout le monde avait « l’âme à la tendresse » mardi soir à la Maison du Festival pour le lancement d’un album hommage à Pauline Julien, suite au spectacle « La Renarde, sur les traces de Pauline Julien » présenté une seule fois en juin dernier dans le cadre des Francos à la Place des Arts. Ceux qui l’ont manqué pourront se reprendre, car une tournée de 11 villes au Québec jusqu’au 17 mars a été annoncée à ce lancement bouillant d’émotions, à l’image de la chanteuse.

On est d’abord ému en ouvrant l’album par un texte sensible de Pascale Galipeau, la fille de Pauline Julien et du comédien Jacques Galipeau, qui écrit : « Cet automne, j’ai rallumé la petite lampe orange de Pauline. Rallumé, littéralement. C’est une petite lampe sur pied qui diffuse une lumière orangée. Cette lampe était dans sa chambre de la rue Pontiac près du fauteuil, pour réchauffer ses lectures. Maintenant, avec son souvenir qui s’avive, on peut dire que la lumière de Pauline est rallumée ».

Pascale Galipeau, toute en retenue et avec pudeur, confiait pour l’occasion : « Je suis contente. Ça a commencé comme un coup d’épée dans l’eau, une idée simple, mais hardie, d’une fille que je ne connaissais pas, puis ça a déboulé. Je pense à Klô Pelgag, son interprétation d’Urgence d’amour m’a vraiment soufflée. La plupart des chanteuses sont des découvertes pour moi ».

Extrait du spectacle aux Francos. Photo par Éric Carrière

Ines Talbi, initiatrice du projet

La fille dont elle parle est l’auteure-compositrice-interprète Ines Talbi. C’est elle qui a eu l’idée du spectacle, et qui pour le disque est à l’origine du choix des chansons et de son interprète, avec un flair artistique et un exercice d’association remarquable. « C’est parti d’un dialogue entre ma génération et celle de Pauline, tout ça enrobé de son œuvre à elle, disait Ines Talbi. C’est parti aussi de ma propre quête identitaire en tant que chanteuse et comédienne née à Montréal de parents berbères de Tunisie. Pauline appartient à une époque où les Québécois ont décidé de s’appartenir, d’affirmer leur identité.»

J’ai senti un appel très fort envers sa parole, comme un sentiment d’appartenance au chemin qu’elle a suivi. Des chansons comme « L’étranger » et « Mommy » me parlent directement. Maintenant, avec la sortie du disque, j’ai encore les genoux qui lâchent et les mains qui tremblent, mais je n’ai jamais été aussi fière. Tout cela est tellement plus grand que ce que j’aurais pu souhaiter.

Suite au succès du spectacle aux Francos, Spectra Musique lui a proposé d’en faire un album, quelque chose qui allait durer dans le temps, en lui laissant beaucoup de latitude. C’est Ines Talbi qui a choisi chacune des interprètes en la jumelant avec une chanson. « Chacune est là pour une raison précise, selon que telle chanson aurait pu être sa création, ajoute-t-elle. Quand j’entends Fanny Bloom chanter Une sorcière comme les autres, j’ai vraiment le sentiment qu’elle aurait pu écrire ça. »

Il en va de même pour Louise Latraverse, Amélie Mandeville, Queen Ka, Erika Angell, Émilie Bibeau, France Castel, Isabelle Blais, Sophie Cadieux et Frannie Holder, aussi présentes sur cet album où résonnent, démultipliées, les propres paroles de Pauline Julien autant que celles de Réjean Ducharme, Georges Dor, Anne Sylvestre, Claude Gauthier, Gilles Richer et même Aragon, ainsi que les musiques de Jacques Perron, Marc Gélinas ou François Dompierre qu’elle a chantées avec autant de fureur que de sensibilité.

* Photo par Éric Carrière.

 

« C’est comme une continuité en amitié, malgré la mort. Pauline fait encore partie de ma vie »

Louise Latraverse lit en les interprétant trois des lettres publiées dans le recueil La Renarde et le mal peigné – Fragments de correspondance amoureuse, 1962-1993, édité chez Leméac en 2009. Le mal peigné est Gérald Godin, poète et politicien, avec qui Pauline Julien a partagé 30 ans de passion d’une vie mouvementée. Le couple aura marqué, chacun à sa manière, l’histoire du Québec.

Était-elle une amie proche? « Amie? Ah, mon Dieu, Gérald était le parrain de mon fils », répond Louise Latraverse qui comme le couple a habité longtemps au Carré Saint-Louis, à l’instar d’André Gagnon, Michel Tremblay et Gilles Carle plus tard. « C’est difficile, mais en même temps merveilleux, poursuit la comédienne. C’est comme une continuité en amitié, malgré la mort. Pauline fait encore partie de ma vie. Moi, j’habite avec mes morts. Je ne suis pas croyante, mais je ne veux pas me dissocier d’eux dont l’énergie continue à circuler. »

Les quatre musiciennes sur le disque sont les mêmes que sur scène. Mais, il fallait passer de 25 chansons en spectacle à 13 pour l’album. Fort de son expérience avec Douze hommes rapaillés en hommage à Gaston Miron, Spectra a confié la réalisation de l’album à l’auteur-compositeur-interprète Martin Léon, surpris d’être le seul homme dans cette aventure artistique.

« J’ai proposé à Ines un dessin, comme un storyboard au cinéma, explique Martin Léon. J’ai pensé à 32 films brefs sur Glenn Gould de François Girard, à cette mosaïque. On suit Pauline. Les premiers mots de l’album sont : « Quand je suis née à Trois-Rivières ». J’ai monté ça comme les scènes d’un film, avec un fondu au noir après chaque chanson. Je me sens vraiment privilégié d’être associé à ce projet-là. C’est un album qui vient du cœur. »

Le spectacle La Renarde, sur les traces de Pauline Julien sera repris pour une première fois au Théâtre Outremont le 21 février, avant de partir en tournée dans 11 villes, dont Québec au Grand Théâtre et jusqu’à Gatineau en mars. D’autres dates pourraient s’ajouter.

La fougueuse Pauline Julien, devenue aphasique, a fait le dur choix de nous quitter il y a maintenant 20 ans. Celle qu’on appelait la « pasionaria », ne serait pas peu fière de son legs à l’histoire musicale du Québec, son seul pays pour toujours.

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