Jean Leloup
Critique Publié le

La semaine Jean Leloup en deux points de vue comparés

À moins que vous reveniez tout juste d’une excursion dans le Groenland, vous avez sans doute entendu dire que Jean Leloup venait de lancer un nouvel album. C’est comme ça quand Leloup sort de sa tanière : il arrive comme un cheveu sur la soupe, tout le monde se l’arrache, et il repart Dieu-ne-sait-où, sans doute une dimension parallèle, appelons ça Leloupland. Sur son chemin, il en a profité pour donner du jus rien qu’en masse aux médias, dont nous sommes.

Il était partout, toute la semaine, à faire la promotion de son petit nouveau, L’étrange pays : un disque de 35 minutes rempli de chansons sobrement interprétées guitare-voix, captées dans des configurations de sono variables, mais jamais dans un studio conventionnel. Ça donne lieu à un album résolument axé sur la poésie, hétéroclite mais minimaliste, mais toujours porteur d’ambiances rappelant un bord de feu de camp. Sauf que lui, son feu de camp, c’est un volcan du Costa Rica…

Son équipe a d’abord organisé une écoute privée mardi avec une poignée de journalistes, en sa charmante compagnie. Suivi d’un lancement en bonne et due forme à l’Arsenal mercredi.

Notre rédacteur en chef, Marc-André Mongrain, a participé au premier exercice. Lui qui écoutait L’Amour est sans pitié quand c’est sorti, et dont l’adolescence a été bouleversée par Le Dôme et Les Fourmis.

L’adjoint à la rédac, Victor Perrin, a pour sa part assisté au lancement. Lui qui n’avait jamais entendu parler de Leloup du loin de sa Suisse natale, jusqu’à son arrivée au Québec il y a quelques années.

Discussion, comparaison, impressions.

 

C’était où, dans quel contexte et avec combien de gens?

M-A : Dans un petit local à l’entrée de l’Arsenal, avec des biscuits en forme de coeur, des chandelles qui sentent le gingembre et des faux oiseaux sur les enceintes de son, sur les tables, un peu partout. Avec environ une douzaine de journalistes, photographes, membres de l’équipe du label Dare to Care. Et Leloup, of course.

Victor : Dans une grande pièce de l’Arsenal, avec de la bière et environ 600 personnes dont Cœur de Pirate, Marc Labrèche, Paul Cargnello, Mehdi Cayenne, Maude Audet et sans doute plein d’autres membres importants de l’UDA.

Est-ce qu’il a chanté et joué ?

M-A : Non. Mais il ne pouvait pas s’empêcher de faire des back vocals sur ses propres chansons. Il a chanté presque tout Tes mille peurs en me fixant dans les yeux.

Victor : Il a joué 40 minutes, toutes ses nouvelles chansons, puis un rappel d’une dizaine de minutes offert à quelques privilégiés qui ne s’étaient pas précipités drette vers le bar.

 

C’était comment?

M-A : Au départ, un peu intimidant. Mais tout le monde a apprivoisé le format, y compris Leloup lui-même, qui dansait sur ses propres chansons, et répondait à nos questions avec une relative clarté. Il nous a parlé de son rapport au vieillissement (« Je comprends pas le buzz. Tu le savais en naissant, t’avais tout ton temps pour te préparer »), à la mort (« je la vois comme une conseillère, un personnage »), au voyage, aux studios, au fait de jouer à l’intérieur ou dehors, tout ça avec évidemment 1000 détours très Leloup-esques.

Au final, je suis ressorti de là en l’aimant encore un peu plus, et en voulant vieillir comme lui.

 

Victor : Ça a commencé avec une présentation vidéo d’images apaisantes de la nature sauvage sur un lit de sonorités chill, de bruits d’animaux comme des grillons ou des chiens errants. La vidéo s’est terminée par Jean, face à la caméra, avec des pierres sur la tête en mode méditation. Il nous a présenté « The Jumping Rock Fighter Technique » (ou quelque chose comme ça), un genre de fausse publicité. J’ai pas trop compris. Mais c’était le fun.

Ensuite il est entré sur scène, en douceur, avec un grand chapeau sur sa tête. Comme lui sur une grosse roche, les gens se sont assis par terre tandis que d’autres restaient debout en fond de salle. Et là il a joué ses chansons, entrecoupés d’interventions pas toujours faciles à suivre…

C’était visuellement très sombre et bleuté. Mais beau.

 

 

Comment les gens réagissaient?

M-A : Les journalistes semblaient plutôt charmés. Plusieurs ont souligné que c’est le genre d’album qu’on aimerait écouter en déplacement, en marchant, en errant. (Pour l’avoir essayé depuis, c’est plutôt vrai que ça s’écoute bien en randonnant.)

Victor :  La réaction était plutôt bonne. Les gens étaient visiblement contents et amusés. Ça riait beaucoup lors de ses interventions, créant une sorte de communion avec Jean. J’avais l’impression que les gens retrouvaient vraiment un artiste qu’ils aiment.

 

Quelles étaient tes impressions de l’album et de l’expérience d’écoute?

M-A : C’est visiblement au diapason d’où Jean Leloup est rendu. Il nous disait justement que « normalement, à ce point-ci dans ma carrière, je devrais faire l’orchestre symphonique. Mais j’avais vraiment envie d’entendre mes chansons exactement comme je les compose. C’est la seule chose que j’avais pas faite encore, je trouve ».  C’est là tout le charme de l’album. On peut s’imaginer nos propres arrangements tellement c’est dépouillé. Un peu comme pour Sang d’encre sur Le Dôme, ou encore Raton laveur et Petite fleur sur La Vallée des réputations. C’est peut-être plus efficace en petite dose, par contre…

Mais il faut respecter le processus et l’audace de l’avoir fait. C’est à contre-courant de notre époque aussi. C’est un pied-de-nez (involontaire, peut-être) au trop-beau, trop-propre, trop-parfait des productions modernes.

Victor :  J’y allais dans une disposition assez neutre, ne connaissant pas beaucoup Jean Leloup. Je trouve qu’il a une faculté de poésie assez impressionnante. Même si ce sont des bribes de mots parfois disparates, où on ne sait pas trop où il nous mène, ça demeure très beau. Il fausse parfois, sur deux ou trois chansons, mais je ne sais pas si c’est voulu, puisque c’est très spontané comme moment, et très éclaté. Mais j’ai trouvé ça assez linéaire musicalement, en tout cas sur cet album.

 

 

Quelles chansons vous ont plu?

Victor :  J’ai beaucoup aimé Les Goélands et Flocon de neige. Et Au jardin de ma mère, c’était un très beau moment.

M-A : Flocon de neige est d’une magnifique simplicité. Leloup qualifiait le personnage de cette chanson de « séquelle » : un gars un peu perdu qui se demande où est passé le flocon de neige qui vient de lui fondre dans la main.

Il nous a aussi expliqué le contexte de L’enfant fou, une chanson écrite en Amérique centrale, inspirée d’un enfant guenouilloux qu’il avait rencontré dans un parc, près d’où il habitait. « Les gens avaient peur de la guerre dans le coin où on était. Ils avaient peur de ce qui allait arriver. Et je voyais tout le quartier qui s’occupait de ce flo-là… L’enfant fou, tout le monde en prenait soin dans le coin, mais quand c’est vraiment trop dur, ces enfants-là disparaissent. »

Au jardin de ma mère fera aussi partie des plus belles chansons de Leloup, au bout du voyage…

 

 

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