BELLFLOWER
Entrevue Publié le

Lancement de Bellflower au Centre Phi | Excursion dans l’antre de la campanule


À quelques heures de leur grand spectacle de jeudi soir au Centre Phi, les membres de Bellflower nous ont accueillis dans leur salle de répétition du fameux studio La Traque afin de nous permettre de les écouter pratiquer quelques chansons. S’ensuivit une rencontre avec l’autrice, compositrice, chanteuse et musicienne Em Pompa, au sommet de sa fébrilité.

À notre arrivée, des musiciens quittaient la pièce, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Visiblement, il venait de se passer quelque chose d’intense en ces lieux, la magie flottait encore dans l’air. « On vient de répéter avec les cordes », nous confie Em Pompa, visiblement gonflée à bloc.

Le spectacle de ce soir au Centre Phi permettra à Bellflower d’en rajouter une couche, de faire honneur à leur ambitieux nouvel album Upside Down, disponible depuis le 20 septembre dernier. Pour ce spectacle seulement, Bellflower sera accompagné d’un quatuor à cordes et d’une section de cuivres, rassemblant un mini-orchestre de 14 musiciens.

* Photo par Marie-Noelle Bois.

On ajoute donc six musiciens à une bande déjà assez bien garnie en matière de musiciens chevronnés. Le pianiste Jérôme Beaulieu mène aussi de main de maître le projet jazz Misc, auquel participe également le batteur William Côté qui joue aussi auprès de Les Louanges, tout comme le saxophoniste Félix Petit. Le bassiste Jérémi Roy, lui, fait aussi partie de Chienvoler, alors que la choriste et percussionniste Kathryn Samman oeuvre au sein de Little Misty. Le trompettiste Nicolas Boulay travaille avec Les Cowboys Fringuants, et le saxophoniste et clarinettiste Alexandre Dodier joue dans Shpik. Vous suivez toujours?

La magie de Bellflower, c’est de réunir autant de talent, et de réussir à créer un tout complexe et luxuriant, tout en évitant l’écueil des groupes orchestraux parfois chaotiques et désordonnés. Ici, l’harmonie règne, les instruments s’imbriquent prodigieusement. C’est du moins l’impression que nous laissait l’interprétation de ces quatre chansons qui nous ont été jouées en privé : d’abord Upside Down, la chanson la plus uptempo du répertoire de Bellflower, puis l’exquise Interlude, le single hors-album Hold On et même une chanson de l’album précédent, soit Baby.

* Photo par Marie-Noelle Bois.

À les entendre jouer sans les musiciens supplémentaires, on se demande presque ce qu’il reste à ajouter. « Dès que j’ai commencé à composer les chansons pour les huit musiciens, j’entendais déjà les arrangements orchestraux : les lignes de cordes, les cuivres en extra, nous explique Em Pompa. Je visais quelque chose de plus riche en matière de textures sonores. Je ne me mets pas de barrière; on y va, on le fait, on est là pour ça. En tant qu’artiste, c’est super important de se renouveler. Je crois qu’on a une belle courbe évolutive. »

Le risque avec un tel collectif, c’est que ça parte dans tous les sens sans direction précise. Pour éviter ça, il faut une capitaine à bord. En tout respect de l’équipage hautement qualifié, Em Pompa assume ce rôle, elle qui demeure la principale compositrice du groupe. « Souvent, j’amène le plus de matériel possible, explique-t-elle au sujet de son processus d’écriture pour huit musiciens. J’écris pour tous les instruments, en faisant des maquettes avec un logiciel que j’ai chez moi. Souvent je chante les horns parce que je n’ai pas de sax, ni de trompette chez moi! »

Elle nuance toutefois :

C’est aussi important pour moi de laisser de la place aux gars, parce que leur playing est incroyable. Je veux qu’ils brillent, et ils me donnent des idées aussi. William (le batteur du groupe) m’aide beaucoup aussi au niveau des arrangements, il brise un peu mes réflexes de composition, m’aide à m’ouvrir un peu plus. Au final, c’est assez démocratique comme fonctionnement.

Moins d’introspection, plus d’observation

Au niveau des textes, les chansons abordent « la destruction et le renouvellement », les prises de risques, les décisions difficiles. Mais l’autrice a un peu délaissé l’approche plutôt personnelle des deux premiers albums pour opter davantage pour une posture d’observatrice. « Je me suis un peu plus inspirée de mes amis, de ce qu’ils vivaient. J’ai aussi beaucoup aimé écrire des histoires inventées, mais en me mettant dans la peau du personnage, de le vivre, de me l’approprier. »

Pour adopter cette approche, Pompa a puisé son inspiration chez deux auteurs-compositeurs hors-pairs qui maîtrisent la description de personnages, de lieux et d’ambiances en chansons: Tom Waits (époque Mule Variations tout particulièrement), et Andy Shauf (surtout sur l’album The Bearer of Bad News). Elle évoque deux chansons du nouvel album comme exemples de cette tendance d’écriture plutôt narrative: l’aventureuse Vivian, et December, magnifique conclusion à l’album, qui rappelle par moments une Tori Amos au sommet de son art.


« Ça fait vraiment du bien de parler d’autre chose [que d’elle-même], c’est un exercice qui est super intéressant à faire. Ça me donne plus de défis. Ça me fait lire un peu plus aussi, je vais vraiment puiser ailleurs pour élaborer mon vocabulaire, mes paroles. J’ai vraiment l’intention de plonger davantage dans la littérature, essayer de voir comment les différents écrivains s’expriment, réussissent à capter ton attention. C’est quelque chose qui m’ouvre et qui pique beaucoup ma curiosité. »

Le spectacle de ce soir au Centre Phi en mettra assurément plein la vue (et l’ouïe). Em Pompa souhaite que les spectateurs présents « se sentent remplis, jetés à terre. On veut faire l’effet d’une bombe avec l’énergie qui se dégage de notre spectacle. »

Loin de s’arrêter là, le spectacle de lancement sera le début d’une grande aventure pour Bellflower, qui vise de multiplier les spectacles, à commencer par une présence à Sherbrooke ce samedi, au Théâtre Petit Champlain de Québec le 12 octobre et au Centre National des Arts d’Ottawa le 19 octobre. Plusieurs autres concerts seront ajoutés au Québec, et le groupe compte également tenter sa chance outremer. « On prend tout ce qui passe, on lance ça partout dans l’univers. C’est une musique qui s’exporte vraiment bien, à mon avis… »

Billets et détails au sujet du spectacle de ce soir au Centre Phi par ici.

 

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