Pierre Lapointe
Entrevue Publié le

Lancement de La science du cœur de Pierre Lapointe | Portrait social, amoureux et esthétique moderne

Sors-tu.ca a eu l’occasion de rencontrer Pierre Lapointe au Salon Urbain de la Place des Arts cette semaine, la journée même du lancement de son nouvel album La science du cœur, œuvre qui nous permet de ralentir le rythme effréné de nos vies et d’oublier notre cellulaire le temps de quelques précieuses minutes. Entretien poignant sur l’embrouille amoureuse moderne, l’image de soi que l’on falsifie sur nos réseaux sociaux et l’esthétisme musical aussi déstabilisant qu’attrayant de cet artiste haut en couleur.

Un des thèmes de l’album est bien évidemment le sentiment universel le plus humain qui soit : l’amour. Bien que ce soit un sujet exploité maintes et maintes fois par des millions d’artistes tourmentés, Pierre Lapointe nous le présente sous un nouveau jour. En utilisant des sujets très actuels dans une forme musicale traditionnellement française s’inspirant de Brel et d’Aznavour, le portrait amoureux qui nous est brossé est totalement moderne et inusité.

Dans « Sais-tu vraiment qui tu es », je parle de quelqu’un qui a un trouble narcissique, qui est en amour avec sa propre personne, qui se drogue pour vivre dans quelque chose de très planant pour oublier le fait que sa vie est totalement superficielle. Pour moi, c’est une façon très contemporaine d’aborder le thème de l’amour, mais en allant chercher des codes musicaux complètement dépassés – par rapport aux arrangements et à la construction mélodique.

Nous entraînant directement dans son univers, l’artiste nous invite à écouter sa nouvelle création du début à la fin, sans interruption. Bien qu’il ne soit que d’une durée de 36 minutes et 27 secondes, c’est tout de même un sacré contrat considérant qu’on a l’habitude de consommer l’information à la vitesse de l’éclair. Difficile d’écouter un album dans son intégralité lorsque nous nous empressons de survoler notre fil d’actualité à grand coup d’index pour parcourir d’un œil distrait des textes qui dépassent les 40 caractères. Il nous explique ainsi les raisons artistiques de cette proposition :

Aujourd’hui on a tous un déficit d’attention. C’est difficile d’écouter un film sans regarder son téléphone, vérifier si on a des messages. Il y a quelque chose qui m’épuise là-dedans… J’essaie de laisser mon téléphone à la maison plusieurs fois par semaine pour tomber dans un état où je suis obligé de contempler les choses, sinon ça devient très étourdissant. J’ai proposé ça, l’écoute en continu, parce que c’est une forme d’écoute que je trouve intéressante pour faire voyager les gens. Je voulais qu’on écoute le disque comme on le faisait dans le passé, c’est-à-dire du début à la fin comme on mettait le tourne-disque en mettant des écouteurs pis en regardant le plafond en se disant « ah oui, y’est allé là, y’est allé là ».

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Le savoir accessible mais négligé

Défendant le pouvoir du savoir plutôt que la corporation du « like », nous avons aussi discuté du pouvoir du web qui est souvent utilisé à mauvais escient afin de modifier l’image que l’on projette de soi. Cette tribune à l’échelle mondiale devrait, quant à lui, servir davantage à l’érudition qu’à l’individualité. « Avant, le savoir était réservé aux riches, maintenant il est accessible à tout le monde. Le web est un outil de diffusion accessible de connaissances infinies. À mon avis, il faut l’utiliser pour être plus cultivé, plus intelligent, à la place de l’utiliser pour son propre nombril. On s’auto-félicite d’exister alors qu’il y a rien d’extraordinaire au fait d’exister en archivant et en publiant absolument tout. Puis, en effet ça crée une culture du vide. »

Inspiré par l’art contemporain et différents mouvements artistiques, ce marginal parfois provocant et incompris par les yeux du public nous explique ici son goût pour la singularité.

J’ai commencé jeune à m’entourer d’objets étranges, de couleurs et de tissus étranges. J’étais attiré très tôt à jouer avec mon image, dans le but de me créer un genre de personnage pour faire une coupure très claire entre ma personnalité publique et ma personnalité réelle. J’ai peu à peu été obsédé à moi-même transformer mon œil pour ce qui soit beau pour moi ne le soit pas nécessairement pour la majorité des gens. À travers l’architecture, le design, la mode et l’avant-garde. Aujourd’hui j’en suis conscient, et j’ai décidé de transformer ce malaise-là en force et de le présenter aux yeux des autres.

Le lancement a été couronné par une performance au piano de la pièce Le retour d’un amour, jouée avec émotion devant famille, amis et membres de l’industrie. L’album La science du cœur paraît aujourd’hui, vendredi 6 octobre, et peu après débutera sa tournée qui s’arrêtera à Montréal les 14 et 15 décembre au Théâtre Corona.

La science du coeur est une œuvre très personnelle qui nous transporte avec beauté dans le monde nébuleux de Pierre Lapointe. À écouter absolument, dans l’ordre et les temps que vous souhaitez !

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